Les employés de l’aéroport de Denver n’ont pas immédiatement détecté l’intrusion d’un homme qui avait escaladé une clôture de 2,4 mètres de haut et traversé une piste, où il a été percuté et tué lors d’une collision avec un avion transportant 231 personnes, ont déclaré mardi les autorités.
Cet accident mortel sur la piste souligne le défi de longue date que représente la prévention de l’intrusion de personnes non autorisées dans les grands aéroports. L’aéroport international de Denver s’étend sur 138 kilomètres carrés — soit deux fois la superficie de Manhattan — dans une prairie ouverte au nord-est du centre-ville.
L’intrus, âgé de 41 ans, a déclenché une alarme alors qu’il pénétrait dans l’aéroport dans une zone isolée située à environ 3 km du terminal, tard vendredi soir. Mais le personnel de sécurité a attribué par erreur cette alarme à un troupeau de cerfs qui se trouvait à proximité.
Les autorités ont indiqué que l’homme s’était suicidé. Cependant, aucune note de la victime n’a été retrouvée immédiatement. La cause du décès a été déterminée à partir de l’enquête sur les lieux, d’un examen des dossiers et d’une autopsie, a précisé Sterling McLaren, médecin légiste en chef de la ville et du comté de Denver.
La collision impliquant l’avion de Frontier Airlines alors qu’il décollait à destination de Los Angeles a provoqué un incendie de moteur qui a contraint les passagers à évacuer par les toboggans. Douze personnes ont subi des blessures légères et cinq ont été transportées à l’hôpital. Quatre d’entre elles ont depuis reçu leur congé, a indiqué le directeur général de l’aéroport, Phillip Washington.
Une vidéo en noir et blanc diffusée par l’aéroport montre, de loin, une silhouette marchant vers la piste en balançant les bras. La personne traverse la piste en formant un léger angle et, quelques secondes plus tard, on voit l’avion passer à toute vitesse. Il percute la personne avec son moteur droit, qui s’enflamme.
Les autorités fédérales ont averti l’aéroport
Quelques minutes avant que l’homme n’escalade la clôture, un système de radar au sol s’est activé dans la zone, déclenchant une alarme. Un employé de l’aéroport a vérifié une caméra de surveillance et a vu un troupeau de cerfs dans la même zone, mais n’a pas vu l’intrus au départ, a expliqué M. Washington.
«L’image de la caméra alternait entre la faune et l’individu. Il y a quelques fossés dans la zone, donc la personne a également été hors de vue pendant un moment», a souligné M. Washington.
Il a indiqué que les autorités fédérales avaient averti l’aéroport de la présence de l’intrus. En raison de l’éloignement du site et du laps de temps très court entre le moment où l’homme a escaladé la clôture et celui où il a traversé la piste, M. Washington a affirmé que le personnel de l’aéroport n’avait pas pu intervenir.
L’homme a parcouru environ 200 mètres (650 pieds) entre la clôture et la piste avant d’être heurté et tué par l’avion de Frontier Airlines qui roulait à 240 km/h au moment du décollage.
C’est le moteur de l’avion qui a causé la mort de l’homme, a précisé Mme McLaren. Elle a qualifié cet acte de «geste délibéré dont l’issue fatale était prévisible».
Le chef de la police de Denver, Ron Thomas, a déclaré que les enquêteurs contactaient la famille de l’homme et ses proches afin d’obtenir plus d’informations sur ses motivations.
Les intrusions dans le périmètre des aéroports constituent un problème récurrent, avec peut-être des dizaines de cas chaque année à l’échelle nationale, a expliqué l’expert en sécurité Jeff Price, qui était directeur adjoint de la sécurité à l’aéroport de Denver dans les années 1990. L’aéroport est entouré d’une clôture périphérique d’environ 58 kilomètres, qui, selon les responsables de l’aéroport, est inspectée en permanence.
La grande majorité des intrus dans les aéroports sont en état d’ébriété ou «s’amusent simplement pour voir s’ils en sont capables», a dit M. Price, ajoutant qu’ils ne constituent généralement pas une menace réelle. Denver accueille également de rares individus qui franchissent la clôture pour tenter de prouver une théorie du complot de longue date selon laquelle une base d’OVNI serait installée à l’aéroport, a-t-il précisé.
L’Administration de la sécurité des transports (TSA) supervise les programmes de sécurité aéroportuaire, y compris les exigences en matière de sécurité du périmètre.
«Ce n’est vraiment pas si difficile de franchir la clôture périphérique d’un aéroport», a soutenu M. Price. «Elles répondent aux normes de la TSA, mais ces normes ne sont pas très rigoureuses.»
Les clôtures mesurent généralement entre 1,80 et 2,40 mètres de haut et sont surmontées de fil barbelé, a-t-il précisé. Elles doivent être approuvées par des inspecteurs fédéraux, mais il n’existe pas de règles fixes concernant leur construction. Les grands aéroports comme celui de Denver disposent généralement de systèmes de détection d’intrusion comprenant des caméras et des détecteurs de mouvement, a-t-il ajouté. Certains systèmes détectent l’impact sismique provoqué par une personne tombant au sol, a expliqué M. Price.
L’évacuation sous la loupe
La personne a été tuée sur la piste nord-sud la plus à l’est de l’aéroport, à au moins 2 kilomètres de tout bâtiment de l’aéroport. Des champs vides et des terres agricoles entourent l’aéroport international de Denver dans la plupart des directions. Les arbres et les structures lointaines visibles sur la vidéo montraient que la personne se dirigeait vers l’aéroport lorsqu’elle a traversé la piste.
L’Administration de la sécurité des transports (TSA) assure la surveillance réglementaire des programmes de sécurité aéroportuaire, y compris les exigences en matière de sécurité du périmètre.
Par ailleurs, le Bureau national de la sécurité des transports (NTSB) a indiqué dimanche qu’il recueillait des informations sur l’évacuation.
Un porte-parole de l’agence a indiqué qu’une enquête serait ouverte s’il était déterminé que les blessures répondaient à la définition de « graves » de l’agence. Cela peut inclure une personne nécessitant une hospitalisation de plus de 48 heures, souffrant d’une fracture ou de brûlures au deuxième ou troisième degré affectant plus de 5 % de son corps.
Si vous êtes en crise ou si vous connaissez quelqu’un qui l’est, voici quelques ressources disponibles:
- Les résidants du Québec peuvent composer le 1-866-277-3553, envoyer un message texte au 535353, ou consulter la page suicide.ca pour obtenir du soutien par clavardage.
- Ligne de prévention du suicide au Canada (1-833-456-4566)
