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«Parmi les moins couvertes»: la crise humanitaire au Soudan manque de visibilité

Des groupes déplorent que les pays occidentaux, dont le Canada, ne traitent pas la crise au Soudan comme d’autres guerres.

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Le cinéaste soudano-canadien Mamoun Hassan s'est rendu dans son pays natal en janvier 2026. Le cinéaste soudano-canadien Mamoun Hassan s'est rendu dans son pays natal en janvier 2026.

Les Canadiens d’origine soudanaise, d’anciens responsables politiques et des organisations humanitaires intensifient leurs pressions sur le gouvernement fédéral pour qu’il prenne davantage de mesures en faveur du Soudan — dans ce que les Nations Unies ont qualifié de pire crise humanitaire au monde.

Mais à l’occasion du troisième anniversaire de cette guerre civile brutale, ces mêmes groupes se disent préoccupés par le fait que le Canada et d’autres pays occidentaux n’accordent pas au Soudan la même attention qu’à d’autres pays déchirés par la guerre.

Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.

Selon les experts, ces raisons vont de la sécurité au racisme en passant par les liens politiques.

Le général à la retraite Roméo Dallaire, qui a occupé le poste de commandant de la force des Nations Unies lors du génocide de 1994 au Rwanda, se demande si la sécurité est un problème qui empêche les pays européens et nord-américains d’aider les civils soudanais.

«C’était exactement la même chose en 1994 au Rwanda, quand personne ne voulait venir mettre fin à cela. Pourquoi? Parce que cela n’avait aucun impact sur l’ONU, sur le monde — et donc nous ne considérons pas l’aspect humain», a-t-il dit lors d’une entrevue accordée à CTV News samedi.

«Nous continuons à nous demander si cela a suffisamment d’impact sur nos propres intérêts, et c’est donc le facteur prépondérant. Ces êtres humains dans ces pays ne comptent tout simplement pas», a expliqué M. Dallaire. «La question est donc la suivante: tous les êtres humains sont-ils humains, ou certains sont-ils plus humains que d’autres?»

Le cinéaste canado-soudanais Mamoun Hassan s’est rendu dans son pays natal en janvier pour partager des récits sur le Soudan et a critiqué le manque de couverture médiatique dans d’autres parties du monde, y compris au Canada.

«La couverture médiatique dont nous bénéficions est tout simplement disproportionnée», a-t-il déploré.

Le cinéaste soudano-canadien Mamoun Hassan, qui s'est rendu dans son pays natal en janvier, a critiqué le manque de couverture médiatique dans d'autres régions du monde, y compris au Canada. Le cinéaste soudano-canadien Mamoun Hassan, qui s'est rendu dans son pays natal en janvier, a critiqué le manque de couverture médiatique dans d'autres régions du monde, y compris au Canada.

«Si vous interrogez n’importe quel membre de la communauté soudanaise, il vous dira que cette situation est sous-couverte et sous-représentée dans les médias à cause du racisme», a-t-il ajouté. «Les Soudanais ne sont pas considérés comme des êtres humains à part entière. Je pense sincèrement que c’est simplement le manque de valeur que nous accordons aux personnes noires, et plus particulièrement aux Soudanais.»

Yonah Diamond, conseiller juridique au Centre Raoul Wallenberg pour les droits de l’homme (RWCHR), estime que des liens politiques sont en jeu : les pays d’Amérique du Nord et d’Europe ne souhaitent pas rompre leurs relations avec les pays soutenant l’une ou l’autre des factions belligérantes dans la guerre civile.

«Il s’agit de la plus grande catastrophe humanitaire liée à un conflit — et pourtant la moins couverte et la moins prise en compte pour diverses raisons», a-t-il avancé lors d’une entrevue accordée vendredi à CTV News. «Mais cela tient en grande partie aux grandes puissances qui, soit protègent leurs intérêts, soit ne considèrent pas cette question comme centrale dans leurs objectifs de politique étrangère.»

«Par exemple, l’un des principaux acteurs responsables d’avoir alimenté sur le terrain la milice qui a commis un génocide est les Émirats arabes unis», a-t-il ajouté. «Et cela a particulièrement atteint son paroxysme lorsque les Forces de soutien rapide (RSF) ont commis des massacres et un génocide contre les communautés non arabes du Darfour-Nord en octobre — et quelques semaines plus tard, le premier ministre canadien Mark Carney a rencontré ses homologues des Émirats arabes unis.»

Il ajoute qu’une partie de la raison pour laquelle la guerre civile passe également inaperçue est due au manque d’accès des médias au pays, ce qui empêche la diffusion mondiale de vidéos montrant les atrocités.

Le cinéaste soudano-canadien Mamoun Hassan s'est rendu dans son pays natal en janvier 2026. Le cinéaste soudano-canadien Mamoun Hassan s'est rendu dans son pays natal en janvier 2026.

L’organisation non gouvernementale canadienne a publié un plan d’action en 10 points à l’intention d’Ottawa pour marquer le troisième anniversaire de la guerre civile entre les deux factions du gouvernement militaire du pays, les Forces armées soudanaises (SAF) et les RSF paramilitaires.

Parmi les mesures proposées, elle appelle le gouvernement canadien à reconnaître les actions des RSF au Darfour comme un génocide, à sanctionner les principaux responsables et à élargir les voies d’immigration vers le Canada.

Les Nations unies estiment que plus de 21 millions de personnes sont menacées de famine, qu’environ 14 millions de personnes sont déplacées et que des dizaines, voire des centaines de milliers de personnes auraient trouvé la mort, dont plus de 4000 enfants tués ou mutilés. Plus de 34 millions de personnes, soit environ les deux tiers de la population, ont besoin d’aide humanitaire.

«Prenez toutes les photos que vous pouvez trouver du Rwanda d’il y a 30 ans, puis transposez-les : vous obtenez une destruction humaine, des abus et, en fin de compte, une élimination – ou des tentatives d’élimination – d’une société tout entière, à une échelle similaire», a lancé Roméo Dallaire.

«Cela fait 30 ans, et les Nations unies ont la responsabilité de protéger le Soudan — mais font exactement ce qu’elles ont fait au Rwanda : rien, et aucune décision délibérée d’essayer d’intervenir, ni de tenter d’arrêter cela, ni même d’attirer l’attention du public sur cette situation», a-t-il précisé.

Affaires mondiales Canada n’a pas répondu à temps à la demande de commentaires de CTV News, mais s’est engagé mercredi à verser 120 millions de dollars d’aide humanitaire pour marquer le troisième anniversaire du début de la guerre civile.