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Ottawa ne commente pas la possible présence de l'ICE à la Coupe du monde

Le bureau du ministre fédéral de la Sécurité publique, Gary Anandasangaree, a affirmé que les forces de l’ordre canadiennes sont «seules responsables de l’application de la loi au Canada».

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Des agents de l'ICE à l'aéroport international de Washington-Dulles, à Cantilly, en Virginie, le 24 mars 2026. Photo AP/Manuel Balce Des agents de l'ICE à l'aéroport international de Washington-Dulles, à Cantilly, en Virginie, le 24 mars 2026. (Manuel Balce Ceneta/The Associated Press)

Le gouvernement fédéral n’a pas réagi directement à une requête du conseil municipal de Toronto s’opposant à l’intervention de l’ICE lors des prochains matchs de la Coupe du monde de la FIFA.

La requête, présentée par la mairesse de Toronto, Olivia Chow, et adoptée la semaine dernière, demande aux ministres fédéraux de la Sécurité publique et des Affaires étrangères de rejeter tout déploiement à Toronto de l’ICE, le Service de l’immigration et des douanes des États-Unis.

Toronto accueillera le match d’ouverture canadien du tournoi, dans lequel le Canada affrontera la Bosnie-Herzégovine, le 12 juin.

Le bureau du ministre fédéral de la Sécurité publique, Gary Anandasangaree, a affirmé que les forces de l’ordre canadiennes sont «seules responsables de l’application de la loi au Canada».

«Le ministre Anandasangaree reste en contact régulier avec ses partenaires fédéraux et locaux pour assurer la sécurité de tous les événements de la Coupe du monde de la FIFA à Toronto et à Vancouver», a déclaré le porte-parole Simon Lafortune dans un communiqué envoyé par courriel.

En réponse à une question complémentaire visant à savoir si le ministre de la Sécurité publique s’opposait à un éventuel déploiement de l’ICE à Toronto, M. Lafortune a déclaré: «L’ICE n’a aucune autorité ni compétence sur le sol canadien.»

Une porte-parole de la ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, n’a pas répondu directement à une question à ce sujet.

«Le Canada se réjouit d’accueillir le monde entier pour la Coupe du monde de la FIFA. Toutes les questions relatives à la sécurité publique intérieure relèvent de la compétence des forces de l’ordre canadiennes», a indiqué Myah Tomasi, porte-parole de Mme Anand.

Le Canada coorganise ce tournoi de 39 jours avec les États-Unis et le Mexique. Treize matchs sont prévus à Toronto et à Vancouver.

Les conseillers municipaux de Vancouver avaient également présenté en février une requête s’opposant au déploiement de l’ICE lors des matchs de la Coupe du monde, mais celle-ci n’avait pas abouti.

L’ICE dispose actuellement de cinq bureaux au Canada, dont des bureaux à Toronto et à Vancouver.

L’agence a joué un rôle dans la sécurité lors des Jeux olympiques qui se sont déroulés cet hiver en Italie. Le département américain de la Sécurité intérieure avait alors indiqué dans un message publié sur les réseaux sociaux que «l’ICE ne mène de toute évidence pas d’opérations de contrôle de l’immigration dans les pays étrangers».

Un porte-parole de l’Agence des services frontaliers du Canada a déclaré que l’agence «n’était pas au courant des détails organisationnels de l’ICE».

Les risques de la présence de l’ICE

Un rapport d’Amnistie internationale publié en début de semaine sur les droits de la personne et la Coupe du monde indique que toute présence de l’ICE au Canada pendant le tournoi serait risquée.

«Des manifestations contre l’ICE et d’autres politiques de l’administration Trump ont déjà eu lieu dans les deux villes canadiennes hôtes de la Coupe du monde, Vancouver et Toronto, et pourraient se reproduire pendant le tournoi, notamment si l’équipe américaine est tirée au sort pour jouer au Canada lors des phases finales et que du personnel de l’ICE est déployé pour assurer la sécurité», indique le rapport.

Julia Sande, chargée de campagne pour les litiges stratégiques, les droits des réfugiés et des migrants chez Amnistie internationale Canada, a déclaré que les Canadiens auraient droit de s’inquiéter à l’idée de voir des agents de l’ICE au Canada.

«Je pense qu’il est important que nous envoyions un message fort pour dire que nous n’acceptons pas de coopérer avec l’ICE. Nous ne voulons pas que le Canada suive leurs traces», a affirmé Mme Sande.

«Leur présence pourrait certainement envoyer un message dissuasif et susciter la peur au sein des communautés quant à la participation aux matchs ou aux événements.»

Le rapport d’Amnistie internationale indique que l’ICE et d’autres agences «se sont transformées en une opération de type paramilitaire, impliquant des agents fédéraux masqués et armés qui enfoncent les portes et pénètrent dans les maisons sans mandat. Ils arrêtent, détiennent, maltraitent et tuent arbitrairement des membres de la communauté à travers les États-Unis».

L’ICE se trouve au cœur de controverses et fait l’objet de poursuites judiciaires en raison des tactiques agressives de ses agents et des violations présumées des droits civils commises lors de la rafle d’un grand nombre d’immigrants en vue de leur expulsion.

Des agents fédéraux ont tué deux citoyens américains par balles lors d’opérations de contrôle de l’immigration dans le Minnesota.

Depuis janvier 2025, au moment de l’investiture de M. Trump, des dizaines de personnes, dont un Canadien, sont mortes alors qu’elles étaient détenues par l’ICE.

Mark Kersten, professeur adjoint en criminologie et justice pénale à l’Université de la Vallée de Fraser, en Colombie-Britannique, a soutenu que le gouvernement fédéral devrait expliquer pourquoi l’ICE est autorisée à opérer au Canada, compte tenu de ses activités aux États-Unis.

Il a affirmé que les requêtes présentées aux conseils municipaux de Toronto et de Vancouver étaient «bien intentionnées» mais «n’amènent pas vraiment au cœur de la question, à savoir pourquoi l’ICE existe-t-elle encore au Canada ?»

MacIntosh Ross, chercheur au Centre Scott McCain et Leslie McLean pour le sport, les affaires et la santé de l’Université Saint Mary’s, a affirmé que ces requêtes visaient «principalement à rassurer la population».

Il a ajouté que si cela continuait à poser problème, il serait logique que le gouvernement fédéral «se contente de faire une déclaration sur la souveraineté du Canada et de préciser que les citoyens n’ont pas à s’inquiéter de la présence de l’ICE à l’intérieur de nos frontières, que ce soit pour dire qu’ils ne sont pas les bienvenus ici ou que nous les avons sous contrôle».

M. Ross a ajouté qu’il comprenait pourquoi des Canadiens se méfient de la présence de l’ICE lors de compétitions «qui réuniront des pays du monde entier, compte tenu de la manière dont ils ont réprimé les gens aux États-Unis, de la manière dont les États-Unis, en tant que (…) gouvernement, ont réprimé leur propre peuple et attaqué d’autres pays à l’étranger».

Avec des informations de Kyle Duggan pour La Presse canadienne

Anja Karadeglija

Anja Karadeglija

Journaliste