L’enquête judiciaire sur la mort d’un militant nationaliste en France a identifié mardi plusieurs suspects, mais sans interpellation à ce stade, alors que le gouvernement a vilipendé la gauche radicale, à un mois des élections municipales.
L’affaire, qui fait la Une des médias depuis l’agression jeudi de Quentin Deranque, a encore tendu le climat politique en France où La France insoumise (LFI), de l’ancien candidat à la présidentielle Jean-Luc Mélenchon, s’insurge de son côté contre une «récupération» politique.
Le procureur de Lyon chargé du dossier Thierry Dran s’efforce lui de mettre à distance la forte pression politique, alors que des ministres et l’extrême droite mettent en cause depuis plusieurs jours le collectif antifasciste dissous La Jeune Garde dans la mort du jeune homme.
Après avoir expliqué lundi qu’«au moins six individus» masqués et encagoulés avaient frappé jeudi à Lyon (centre-est) l’étudiant de 23 ans, qui a succombé deux jours plus tard à ses blessures, le procureur a dit mardi à l’AFP que certains suspects avaient été identifiés, «mais pas tous».
Parmi les identifiés, certains sont liés à «l’ultragauche», a indiqué à l’AFP une source proche du dossier, mais M. Dran n’a lui pas souhaité détailler de profil.
Et aucune interpellation n’a eu lieu à ce stade. «On ne peut pas faire des interpellations si l’enquête n’a pas encore permis de réunir un certain nombre de preuves, sinon la procédure ne tiendra pas», a-t-il souligné.
Devant les députés, le premier ministre Sébastien Lecornu a demandé mardi que «la vérité judiciaire passe», sans «aucune pression».
Peu avant, une minute de silence avait été observée à l’Assemblée nationale, avec l’accord de tous les groupes politiques.
Les coups mortels ont été portés à M. Deranque en marge d’une manifestation du collectif identitaire Némésis, proche de l’extrême droite, contre la conférence de l’eurodéputée LFI Rima Hassan dans un établissement d’enseignement supérieur lyonnais.
Depuis plusieurs années, Lyon est connu comme un repaire de groupuscules d’extrême droite - dont plusieurs ont été dissous -, et le théâtre d’affrontements très fréquents avec des militants antifascistes.
Décrit par sa famille comme un «militant pacifique», M. Deranque a gravité dans la mouvance de l’extrême droite radicale, et plusieurs de ses chapelles.
Selon les médias Le Figaro et Mediapart, il a notamment pris part, le 10 mai 2025 à Paris, au défilé d’environ 1000 militants d’ultradroite, certains arborant de l’iconographie nazie.
Après la minute de silence à l’Assemblée, les mises en cause ont plu sur LFI.
Le chef du gouvernement a invité le parti à «faire le ménage» dans ses «rangs», mais aussi dans ses «propos» et ses «idées».
Les liens de LFI avec La Jeune Garde ont été particulièrement pointés du doigt, le collectif ayant été fondé par Raphaël Arnault, devenu ensuite député LFI.
«La Jeune Garde tue, et La France insoumise devrait le condamner», a déclaré devant les députés le ministre de la Justice Gérald Darmanin, reprochant à LFI de la considérer comme «une organisation alliée».
Cette proximité était une «erreur», a dit à la presse un des porte-parole du groupe socialiste à l’Assemblée, Arthur Delaporte, rappelant que le PS n’avait pas soutenu au premier tour la candidature de M. Arnault aux élections législatives de 2024.
«Nous n’acceptons pas que la violence physique, d’où qu’elle vienne, soit employée pour régler les conflits. Ceux qui instrumentalisent ce drame pour nous salir doivent cesser», a dit à l’Assemblée la cheffe des députés Insoumis, Mathilde Panot.
Elle a reproché à l’exécutif un «silence», notamment après la mort à Paris en 2022 de l’ex-rugbyman argentin Federico Martin Aramburu, assassinat dont le principal suspect d’un futur procès en septembre est un ancien du mouvement d’ultradroite GUD.
Deux enquêtes ont par ailleurs été ouvertes à Paris, la première après le rassemblement d’une cinquantaine de personnes faisant des saluts nazis, la seconde après la découverte de croix gammées et de tags antisémites place de la République.
