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Minneapolis: un passionné d’aviation traque les vols de migrants vers des centres de détention

Selon ses relevés, 39 vols ont déjà transporté 2282 migrants hors du Minnesota en janvier.

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signature aviation manif Des manifestants se rassemblent lors d'un rassemblement en faveur des immigrants et des travailleurs devant Signature Aviation, près de l'aéroport international de Minneapolis-Saint Paul, le mercredi 3 décembre 2025, à Minneapolis. (Tom Baker | Associated Press)

Avant les opérations anti-immigration lancées par Donald Trump, Nick Benson, passionné d’aéronautique, passait son temps à observer les avions sur le tarmac de l’aéroport Minneapolis-Saint Paul. Aujourd’hui, il recense les vols d’immigrés pour alimenter une base de données.

Depuis le stationnement de l’aéroport, son téléobjectif fixé sur un trépied, cet homme de 41 ans observe la police de l’immigration américaine (ICE) embarquer des migrants menottés dans un avion.

Des scènes qui se répètent depuis plusieurs semaines, à mesure que des milliers d’agents fédéraux sont déployés dans cette ville du nord du pays pour y mener une vaste opération anti-immigration.

«C’est un vol affrété par Global Crossing Airlines pour le compte de ce que nous appelons +ICE air+», explique celui dont l’analyse de données est aussi le métier.

«C’est le réseau d’avions et de compagnies aériennes qui transporte les détenus à travers les États-Unis, depuis des villes situées partout dans le pays vers des centres de détention», précise-t-il.

Selon ses relevés, 39 vols ont déjà transporté 2282 migrants hors du Minnesota en janvier, avec jusqu’à plusieurs vols quotidiens au plus fort des opérations anti-immigration.

Débordant d’enthousiasme lorsqu’il parle de sa passion pour les avions, Nick Benson s’est senti obligé d’agir lorsqu’il a découvert la politique migratoire répressive du président républicain, qu’il juge cruelle.

Il raconte avoir vu embarquer des personnes âgées, nécessitant une aide pour gravir les marches de l’appareil ou encore des personnes portant encore leur uniforme de travail.

«Cela n’a aucun sens», affirme-t-il, observant l’embarquement d’un groupe de 40 personnes mercredi.

Il répertorie chaque vol, mettant à jour une base de données partagée avec le mouvement 50501, une organisation engagée dans la lutte contre les politiques de l’administration Trump.

«C’est la seule source d’informations en temps réel sur le nombre de personnes qui quittent actuellement le Minnesota», assure-t-il.

À échelle nationale, la police de l’immigration affrète des milliers de vols de ce type chaque année, qu’il s’agisse de vols internes, comme celui de mercredi, ou d’expulsions vers d’autres pays.

Le ministère avait auparavant justifié ces vols par la nécessité d’expulser selon eux des sans-papiers ayant commis des crimes, les qualifiant de «pire des pires».

Minneapolis est au centre des tensions depuis la mort samedi d’Alex Pretti, 37 ans, tué par des agents de la police aux frontières américaine (CBP), quelques semaines seulement après le décès dans la même ville de Renee Good, une mère de famille du même âge, sous les balles de la police de l’immigration (ICE).

Peur

Du 20 janvier au 31 décembre 2025, 13 466 vols liés aux opérations anti-immigration ont été recensés, dont 2138 vols d’expulsion selon ICE Flight monitor, un système de suivi de vols liés à ICE opéré par une ONG.

Selon Nick Benson, le ministère de la Sécurité intérieure complique le suivi des vols en ne rendant pas les données de suivi publiques.

Selon lui, la grande majorité des vols sont à destination d’El Paso, dans le Texas, État américain du sud, frontalier avec le Mexique.

Cette ville abrite un centre de détention de fortune qui a fait l’objet de nombreuses plaintes concernant les conditions de vie insalubres. Au moins trois migrants y sont morts depuis son ouverture en août.

Le ministère de la Sécurité intérieure et l’aéroport n’ont pas immédiatement répondu aux sollicitations de l’AFP.

Le ministère avait auparavant justifié ces vols par la nécessité d’expulser selon eux des sans-papiers ayant commis des crimes, les qualifiant de «pire des pires».

L’aéroport a par ailleurs été le théâtre d’une manifestation tendue la semaine dernière lors de laquelle des responsables religieux ont protesté contre ces expulsions. Selon les organisateurs, environ 100 membres du clergé avaient été arrêtés.

«L’ICE a même arrêté des employés de l’aéroport pendant leur service», a rapporté la révérende Mariah Furness Tollgaard, présente lors du rassemblement.

«Ce que l’administration et ICE sont en train de faire dans le Minnesota n’est pas une politique abstraite — cela détruit des familles, traumatise des enfants et répand la peur dans nos quartiers», a-t-elle affirmé.