Un témoin de la défense dans le procès de l’homme accusé d’avoir tué Charlie Kirk a indiqué vendredi que les conjectures relayées par les médias concernant son comportement au tribunal et ses prétendus aveux empêchaient Tyler Robinson d’avoir droit à un procès équitable.
Le témoignage de Bryan Edelman, consultant de la défense, est intervenu alors que les avocats de Robinson faisaient pression sur un juge de l’Utah pour qu’il interdise les caméras dans cette affaire.
Ils affirment que les retransmissions en direct des audiences alimentent les spéculations et influencent négativement les jurés potentiels.
Les parents de Robinson étaient assis derrière lui dans la salle d’audience à moitié pleine. Son père a baissé la tête et a fixé ses mains tandis que les procureurs diffusaient un extrait de Fox News dans lequel un commentateur, présenté comme un ancien agent de la police fédérale américaine (FBI), affirmait que Robinson était un sociopathe.
«Cela crée, en dehors de la salle d’audience, une émission de téléréalité, a avancé M. Edelman, un psychologue social qui dirige un cabinet de conseil en matière de procès établi en Californie. Je pense que la présence de caméras ici met tout le monde sous pression, du jury à toutes les personnes impliquées.»
Les médias, les procureurs et la veuve de la victime, Erika Kirk, souhaitent que le tribunal autorise les caméras. Ils font valoir que la transparence est le meilleur moyen de lutter contre la désinformation et les théories du complot qui inquiètent l’équipe de défense de Robinson.
Les procureurs ont l’intention de requérir la peine de mort contre Robinson s’il est reconnu coupable du meurtre de Charlie Kirk, un militant conservateur qui s’adressait à une foule de plusieurs milliers de personnes sur le campus de l’Utah Valley University à Orem lorsqu’il a été touché à la nuque le 10 septembre dernier.
Robinson, qui a souligné son 23e anniversaire jeudi, n’a pas encore enregistré de réponse à l’accusation. La date du procès n’a pas encore été fixée.
Les caméras au fond de la salle
Le sensationnalisme médiatique autour de l’affaire a eu des effets contradictoires.
Dans un titre du 30 mars, le Daily Mail, établi au Royaume-Uni, a rapporté que la balle qui a tué Kirk «ne correspondait PAS» au fusil qui aurait été utilisé par Robinson.
L’article s’appuyait sur une affirmation préliminaire non concluante d’experts en balistique et a donné lieu à des spéculations sur un possible acquittement de Robinson.
Le FBI procède à des tests supplémentaires, selon des documents judiciaires.
Le procureur du comté d’Utah, Chad Grunander, a fait remarquer que la quasi-totalité des extraits présentés par M. Edelman comme exemples de partialité médiatique ne provenaient en réalité pas de la diffusion en direct depuis la salle d’audience.
Pourtant, la diffusion en direct par les médias a mis à rude épreuve la patience du juge Tony Graf.
Lors d’une audience en décembre, le juge a temporairement interrompu la diffusion en direct après que celle-ci eut montré les menottes de l’accusé, en violation d’une ordonnance relative au décorum de la salle d’audience.
Une audience en janvier a été interrompue lorsque les avocats de Robinson ont déclaré que les gros plans de Robinson diffusés en direct par une chaîne de télévision locale pourraient à nouveau donner lieu à des allégations fondées sur la lecture labiale. Cela constituait également une violation de l’ordonnance de décorum du juge, qui a ordonné au caméraman de ne plus filmer Robinson pour le reste de l’audience.
Lors des récentes audiences et à nouveau vendredi, les caméras du groupe médiatique étaient postées à l’arrière de la salle d’audience, derrière Robinson. Le juge Graf a également demandé aux caméramans de se présenter devant lui pour confirmer qu’ils comprenaient les règles.
Mike Judd, avocat d’une coalition d’organismes de presse, dont l’Associated Press, qui se bat pour préserver l’accès à l’audience, a mentionné que le juge Graf s’était jusqu’à présent concentré sur le respect des règles à l’intérieur de la salle d’audience, et non sur ce que les médias disaient à l’extérieur.
«La cour peut prendre toutes ces mesures pour tenter de contrôler ce qui alimente cet écosystème médiatique, a souligné M. Judd. Vous réduisez ainsi le risque que quelqu’un publie des informations qui, selon vous, pourraient susciter des inquiétudes quant à un éventuel parti pris ultérieurement.»
Les politiques relatives aux caméras et à la diffusion en direct varient d’un État à l’autre. Les caméras sont généralement interdites dans les tribunaux fédéraux.
«Il existe un précédent de la Cour suprême selon lequel les tribunaux doivent généralement être ouverts au public, mais ce n’est pas un droit absolu, a expliqué Teneille Brown, professeure de droit à l’Université de l’Utah. Même s’ils autorisent l’accès du public, cela ne signifie pas pour autant un droit de diffusion ou d’enregistrement.»
Vidéo de surveillance et aveux manuscrits
L’audience préliminaire prévue en mai permettra aux procureurs de démontrer qu’ils disposent de preuves suffisantes pour passer en jugement.
Les autorités ont déclaré que de l’ADN correspondant à celui de Robinson avait été trouvé sur la gâchette du fusil, sur la douille tirée, sur deux cartouches non tirées et sur une serviette utilisée pour envelopper le fusil.
Mais la défense a fait valoir vendredi qu’elle ne pouvait pas aller de l’avant avec l’audience tant que les forces de l’ordre n’auraient pas fourni plus de détails sur leur analyse ADN des preuves.
Les procureurs ont répondu qu’ils disposaient de preuves suffisantes, au-delà de l’ADN, pour lier Robinson au meurtre de Kirk. Cela inclut une vidéo de surveillance montrant Robinson près de l’université le matin de la fusillade, vêtu des mêmes habits que lorsqu’il s’est rendu.
Robinson a laissé une note manuscrite dans laquelle il avouait le crime avant qu’il ne soit commis, et s’est également confessé à des amis sur la plateforme de chat Discord, selon les procureurs.
Le report de l’audience préliminaire pourrait retarder la procédure de six mois, a précisé Ryan McBride, procureur adjoint du comté d’Utah.
«Une justice différée est une justice refusée», a-t-il ajouté.
