Les tentatives de la Russie de s’ingérer dans la politique européenne montrent pourquoi le Royaume-Uni doit nouer des relations plus étroites avec l’Union européenne (UE), a déclaré lundi le premier ministre Andy Burnham, affirmant que «le statu quo n’est pas suffisant».
M. Burnham a affirmé que la «campagne d’attaques hybrides» menée par Moscou et les efforts déployés par la Russie pour déstabiliser les démocraties et s’ingérer dans les scrutins, notamment lors du référendum de 2016 sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’UE, soulignent l’importance de renforcer les liens du Royaume-Uni avec ses voisins, plusieurs années après qu’ils ont été affaiblis par le Brexit.
Il a dit aux députés que ne pas chercher à renforcer les liens avec le bloc des 27 pays que le Royaume-Uni a quitté en 2020 reviendrait à «manquer à ses devoirs».
Cette déclaration fait suite aux propos tenus par M. Burnham lors du congrès annuel du Parti travailliste le mois dernier, selon lesquels «le Brexit a fait plus de mal que de bien» et que l’accord commercial minimaliste conclu entre le Royaume-Uni et l’UE freine le pays. Il a indiqué qu’il chercherait à obtenir un consensus politique sur une nouvelle relation, les options futures pouvant inclure une réintégration de l’Union.
Le Royaume-Uni et l’UE ont annoncé lundi qu’ils tiendraient un sommet à Bruxelles le 20 novembre afin de renforcer leurs liens. Le premier ministre Burnham a indiqué que les deux parties discuteraient d’un accord commercial sur les produits alimentaires et les boissons, d’accords sur l’énergie et le marché du carbone, ainsi que d’«un nouveau programme d’expérience pour les jeunes et d’une coopération plus étroite en matière d’immigration».
Il a ajouté qu’après le sommet, le Royaume-Uni devrait engager «un dialogue sérieux sur les différentes options concernant nos relations à long terme».
«Si nous voulons réellement promouvoir la croissance, contrôler l’immigration, défendre nos valeurs et assurer notre sécurité, c’est une conversation que nous devons avoir», a-t-il soutenu.
L’approche de M. Burnham marque un tournant après des années durant lesquelles les gouvernements, tant conservateurs que travaillistes, ont évité de rouvrir le douloureux débat sur le Brexit. M. Burnham reste lié par l’engagement pris par son prédécesseur travailliste, Keir Starmer, de ne pas réintégrer le marché unique sans barrières ni l’union douanière de l’Union européenne.
Mais cela pourrait changer lors de la campagne pour les prochaines élections du pays, qui devront se tenir d’ici 2029.
L’UE a salué le ton plus conciliant adopté par le Royaume-Uni, mais ses dirigeants se méfient des tentatives du Royaume-Uni visant à obtenir certains des avantages réservés seulement aux membres. Le sommet de Bruxelles devait initialement se tenir en juillet, mais il a été reporté en raison de désaccords sur les règles «Made in Europe» de l’Union, qui, selon le Royaume-Uni, porteront préjudice à ses producteurs.
Tentative d’ingérence russe
Les législateurs et les services de renseignement du Royaume-Uni ont mis en garde contre la menace croissante d’une ingérence russe dans les institutions démocratiques du Royaume-Uni, et M. Burnham a affirmé dimanche que Moscou avait tenté d’influencer le vote sur le Brexit.
Interrogé dans le balado «The Rest is Politics», il a expliqué que lorsqu’il est devenu premier ministre en juillet, il avait demandé à ses conseillers si la Russie s’était ingérée dans le référendum de 2016, et qu’on lui avait répondu par l’affirmative.
Le gouvernement a par la suite précisé que les tentatives d’ingérence de Moscou avaient échoué. Le porte-parole de M. Burnham, Tom Wells, a déclaré que le gouvernement considérait le résultat du référendum de 2016 comme légitime.
Pressé par la présidente du Parti conservateur, Kemi Badenoch, de préciser de quelles preuves il disposait pour affirmer que la Russie avait tenté d’influencer le référendum, le premier ministre Burnham a répondu aux députés qu’«il est avéré que des acteurs russes ont cherché à s’ingérer» dans les élections britanniques de 2019, et qu’«il est inconcevable que ce fût la première fois».
La Russie affirme depuis longtemps qu’elle ne s’ingère pas dans les élections ou les référendums d’autres pays. Le chef du parti Reform UK, Nigel Farage, l’un des principaux partisans du Brexit, a qualifié l’affirmation de M. Burnham d’«outrageante».
«Il n’y a pas eu d’ingérence russe, et ce canular sur la Russie a été présent tout au long de ce processus», a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse lundi.
