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Mark Carney arrive à Pékin en vue d’une rencontre très attendue avec Xi Jinping

«Il s’agit notamment de créer un environnement extérieur géopolitique et économique favorable»

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Le premier ministre Mark Carney est officiellement accueilli à Pékin, en Chine, le mercredi 14 janvier 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Sean Kilpatrick Le premier ministre Mark Carney est officiellement accueilli à Pékin, en Chine, le mercredi 14 janvier 2026. LA PRESSE CANADIENNE (Sean Kilpatrick)

Le premier ministre Mark Carney est arrivé mercredi à Pékin alors que son gouvernement cherche à rebâtir les relations entre le Canada et la Chine dans le cadre de ses efforts pour développer le commerce hors du marché américain.

Ce voyage marque la première visite d’un premier ministre canadien en Chine depuis huit ans, après une longue période de tensions diplomatiques et commerciales.

Ces enjeux ont incité les libéraux, en 2022, à qualifier la Chine de «puissance mondiale perturbatrice» ne partageant pas les valeurs du Canada, mais le Canada revoit désormais sa politique à l’égard de la Chine face au bouleversement de l’ordre économique mondial causé par les droits de douane du président américain Donald Trump.

M. Carney est à Pékin avec plusieurs membres de son cabinet, dont le ministre de l’Énergie, Tim Hodgson, et la ministre des Affaires étrangères, Anita Anand.

«Il s’agit d’un nouveau gouvernement avec un nouveau premier ministre, une nouvelle politique étrangère et un nouvel environnement géopolitique», a déclaré Mme Anand aux journalistes à Pékin, interrogée à savoir si elle considérait toujours la Chine comme une «puissance mondiale perturbatrice». 

«En cette période de tensions économiques pour notre pays, il est nécessaire pour nous de diversifier nos partenaires commerciaux et d’augmenter nos échanges commerciaux hors des États-Unis d’au moins 50 % au cours des dix prochaines années.»

Depuis son élection, M. Carney décrit Pékin comme un partenaire stratégique et a récemment conseillé à deux députées libérales d’écourter leur visite à Taïwan afin d’éviter toute confusion quant à la politique d’Ottawa de ne pas reconnaître l’île autonome comme un pays indépendant.

M. Carney passera deux jours à Pékin, où il rencontrera plusieurs hauts dirigeants du parti communiste, notamment lors d’une discussion bilatérale vendredi avec le président Xi Jinping. 

M. Carney et M. Xi se sont rencontrés pour la première fois l’automne dernier lors du sommet du forum de coopération économique Asie-Pacifique en Corée.

Cette visite à Pékin est la première d’un premier ministre canadien depuis 2017. Les relations entre le Canada et la Chine se sont détériorées en 2018 après la détention par la Chine de deux Canadiens pendant près de trois ans en représailles à l’arrestation à Vancouver d’une dirigeante chinoise du secteur technologique en vertu d’un mandat d’extradition américain.

La visite de M. Carney fait suite à des années d’avertissements concernant l’ingérence électorale chinoise au Canada, les préoccupations croissantes relatives aux droits de la personne concernant la minorité ouïghoure et la liberté d’expression à Hong Kong, ainsi que les actions militaires visant à étendre le territoire chinois au-delà de la zone maritime définie par les Nations unies.

Un enjeu majeur cette semaine sera les droits de douane élevés imposés par la Chine sur le porc, le canola et les fruits de mer canadiens. La Chine a imposé ces droits de douane après qu’Ottawa a ordonné des droits de douane sur les véhicules électriques, l’acier et l’aluminium chinois.

Mme Anand a rapporté mercredi aux journalistes à Pékin que les discussions avec les responsables chinois avaient été productives et que les négociations se poursuivaient. 

«Nous sommes ici pour représenter tous les secteurs de l’économie canadienne et le travail se poursuivra au cours des prochains jours. Comme je l’ai dit, nous veillerons à ce que tous les secteurs de l’économie canadienne qui sont en difficulté soient pris en compte dans les négociations et les discussions», a-t-elle affirmé. 

Les premiers ministres des provinces de l’Ouest et de l’Atlantique espèrent que la Chine lèvera ces droits de douane. Le premier ministre de la Saskatchewan, Scott Moe, se rendra en Chine pendant le séjour de M. Carney, mais le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, s’est dit mardi «très inquiet» que le Canada puisse abandonner des politiques qu’il juge nécessaires à la protection du secteur automobile.

Des experts considèrent ce voyage comme une visite courte, mais lourde de conséquences, alors que la Chine et le Canada tentent de surmonter des années de tensions diplomatiques et qu’Ottawa s’efforce de doubler ses échanges commerciaux avec les pays hors États-Unis d’ici 2035.

«C’est la politique étrangère pragmatique de M. Carney en action», a indiqué Vina Nadjibulla, vice-présidente de la Fondation Asie Pacifique.

«Il n’existe pas de mot pour décrire cette relation, mais la communication publique à ce sujet doit demeurer lucide et tenir pleinement compte de sa complexité», a-t-elle ajouté.

Un contexte particulier en Chine

Dylan Loh, professeur à l’Université technologique de Nanyang à Singapour et spécialiste de la politique étrangère chinoise, a mentionné que Pékin a besoin de meilleures relations diplomatiques avec les autres pays et espère tirer profit des réactions suscitées par la politique étrangère agressive de Washington.

Les dirigeants chinois sont également confrontés à un taux de chômage des jeunes élevé et à des difficultés sur le marché immobilier, a-t-il ajouté.

«Du point de vue de Pékin, la situation n’est pas perçue isolément. Le Canada est considéré comme faisant partie intégrante d’un contexte plus large, a-t-il expliqué. Il s’agit notamment de créer un environnement extérieur géopolitique et économique favorable» pour que la Chine se sente en sécurité.

M. Loh s’attend à ce que MM. Carney et Xi signent des accords «faciles à conclure» et fassent «allusion à une réinitialisation des relations ou à un nouveau départ», mais cela aura un prix.

«Il est clair qu’en échange d’une normalisation des relations économiques, Pékin exigera une position moins antagoniste du Canada vis-à-vis de ses intérêts», a-t-il affirmé.

Pékin a demandé à plusieurs reprises à Ottawa de reconnaître sa responsabilité dans la rupture des relations diplomatiques. M. Loh a estimé qu’Ottawa pourrait se montrer plus conciliant en privé sans «céder publiquement aux pressions» et sans pour autant satisfaire pleinement la Chine.

«Ils veulent voir que le Canada a tiré les leçons de cette expérience, et cela doit se manifester d’une manière ou d’une autre», a-t-il souligné.

Mark Carney a évoqué la nécessité de renforcer la coopération commerciale et environnementale avec la Chine, tout en évitant d’impliquer Pékin dans les secteurs touchant à la sécurité nationale ou à l’Arctique.

Faire preuve de prudence

Mme Nadjibulla estime que des avancées pourraient être réalisées dans le domaine de l’énergie, notamment un accord pour exporter davantage de pétrole et de gaz canadiens vers la Chine et, éventuellement, des énergies propres. 

Elle a ajouté que, quels que soient les progrès concrets, le Canada doit résister à toute tentative de la Chine de laisser entendre qu’Ottawa est en «alignement stratégique» avec la Chine, alors que le seul objectif de M. Carney est un «engagement économique pragmatique».

«Pékin tentera d’exploiter ce voyage comme une victoire diplomatique, et de l’intégrer à son discours stratégique plus large visant à présenter la Chine comme une grande puissance plus responsable, en la contrastant avec les États-Unis, et, bien sûr, en attirant l’attention sur les difficultés que le Canada rencontre actuellement avec les États-Unis», a-t-elle avancé.

«Nous devons faire preuve de beaucoup plus de prudence à cet égard», a-t-elle précisé.

Mme Nadjibulla a ajouté que toute initiative du Canada sera scrutée de près par Washington en vue des négociations prévues cette année sur l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM). 

L’enjeu des droits de douane

Les experts affirment que les droits de douane sur les automobiles répondent aux préoccupations canadiennes concernant la production subventionnée de la Chine, qui inonde le marché et désindustrialise les secteurs locaux. Les droits de douane canadiens ont cependant suivi de près des mesures quasi identiques prises par Washington, qui soutient depuis longtemps que les voitures chinoises pourraient représenter un risque pour la sécurité nationale.

Pékin perçoit Ottawa comme complice des efforts américains visant à freiner l’essor économique de la Chine. Le comité de rédaction du China Daily — connu pour refléter les opinions du Parti communiste chinois — a déclaré lundi que le Canada avait adopté «des politiques visant à contenir la Chine, en phase avec les États-Unis».

Il a déclaré que M. Carney devait montrer que sa nouvelle approche envers la Chine «n’était pas seulement une mesure provisoire visant à réduire la facture présentée par les États-Unis. Si Ottawa choisit à nouveau à l’avenir de soumettre sa politique chinoise à la volonté de Washington, cela ne fera que rendre vains ses efforts précédents pour rétablir ses relations avec Pékin».

L’éditorial a également déclaré que la Chine souhaitait «un environnement commercial équitable, ouvert et non discriminatoire pour les entreprises chinoises», ce que beaucoup considèrent comme un appel à abandonner les restrictions en matière d’investissement et de recherche mises en place par Ottawa pour des raisons de sécurité nationale.

M. Loh a souligné l’importance pour les Canadiens de modérer leurs attentes concernant la visite de M. Carney.

«Il existe de profonds désaccords entre le Canada et Pékin, et une seule visite ne suffira pas à les résoudre», a-t-il rappelé.

—Avec des informations fournies par Dylan Robertson, à Ottawa.