Le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio est attendu mardi en Colombie, première étape d’une tournée en Amérique latine où il entend prêter main forte à des dirigeants proches de Donald Trump et asseoir la nouvelle domination des États-Unis sur le continent sud-américain.
L’élection du président colombien Abelardo de la Espriella, partisan d’une droite dure et grand admirateur du président américain, a changé la donne pour Washington qui entretenait des relations exécrables avec l’ancien président de gauche Gustavo Petro.
M. de la Espriella, avocat et homme d’affaires millionnaire de 48 ans, a été élu en juin avec un discours antisystème.
«Je pense que cela s’inscrit dans une tendance que l’on observe dans l’hémisphère occidental, celle d’un alignement avec les États-Unis et les intérêts américains», a déclaré M. Rubio en partant de Miami.
Il doit s’entretenir avec le nouveau président colombien dans son fief de Barranquilla, grande ville portuaire dans le nord-ouest de la Colombie située sur la côte caraïbe.
Son homologue colombien Omar Bula s’est réjoui d’une visite qui «marquera le début de la reconstruction de l’alliance stratégique avec les États-Unis, notre principal partenaire dans la région».
La Colombie connaît une nouvelle vague de violences, attisées par la confrontation entre des guérillas et des cartels qui se disputent le contrôle des corridors du narcotrafic dans ce pays, le premier producteur mondial de cocaïne.
Depuis son investiture le 7 août, le président de la Espriella a lancé plusieurs opérations militaires contre les groupes armés.
Bogota a en outre récemment intégré le «Bouclier des Amériques», la coalition de pays dirigée par Trump pour lutter contre le trafic de drogue dans la région.
Marco Rubio a annoncé dans une tribune publiée mardi que le Pérou avait fait de même. «Nous synchronisons nos efforts pour protéger notre hémisphère des menaces transnationales et régionales», s’est-il félicité.
À Barranquilla, M. Rubio évoquera aussi la reconstruction après le séisme qui a frappé le sud-ouest du pays le 10 août et fait plus de 330 morts, selon le porte-parole du département d’État, Tommy Pigott.
Le nouveau président a demandé l’aide des États-Unis et notamment une suspension des droits de douanes pour aider la reconstruction.
Visées hégémoniques
La tournée du plus haut diplomate américain en Colombie, en Équateur et au Pérou de mardi à jeudi s’inscrit dans le sillage d’une vague conservatrice en Amérique latine ayant porté au pouvoir des dirigeants de droite proches du président américain.
Depuis le retour du républicain à la Maison Blanche en janvier 2025, plusieurs pays d’Amérique latine — parmi lesquels l’Argentine, la Bolivie, le Chili, la Colombie, le Costa Rica, l’Équateur et le Honduras — ont amorcé ou confirmé un virage conservateur.
«Nous ne pouvons pas aller partout», a déclaré mardi Marco Rubio, mais cette mini-tournée «renforcera notre présence dans l’hémisphère», a-t-il assuré.
L’objectif affiché de ce déplacement: «apporter le soutien des États-Unis», «renforcer la coopération dans la lutte commune contre le narcoterrorisme» et «approfondir les relations commerciales», selon le département d’État.
Washington affiche clairement sa volonté d’hégémonie sur le continent sud-américain, au nom de la «doctrine Donroe», une contraction du prénom de Donald Trump et du nom de James Monroe, le cinquième président américain qui avait, il y a plus de deux siècles, désigné l’Amérique latine comme la chasse gardée des États-Unis.
Cette ambition est aussi étayée dans la nouvelle Stratégie de sécurité nationale des États-Unis. M. Rubio, qui est d’origine cubaine, en est le principal artisan.
Cette tournée en Amérique latine survient par ailleurs quelques jours après que les États-Unis ont conclu, sept mois après la capture de Nicolas Maduro, un accord qui verrait Washington prendre le contrôle majoritaire de plus de 65 milliards de barils des réserves de pétrole du Venezuela.
Ces réserves «étaient sous le contrôle de la Chine, de la Russie et de l’Iran», a affirmé M. Rubio, jugeant qu’elles «seront bien mieux entre les mains des États-Unis».
Après la Colombie, le secrétaire d’État américain se rendra en Équateur, dirigé par Daniel Noboa, un proche allié. Washington et Quito mènent des opérations contre des bateaux liés selon eux au groupe criminel Los Choneros, impliqué dans le trafic de drogue.
Dernière étape: le Pérou, qui est dirigé depuis fin juillet par la présidente de droite Keiko Fujimori, alignée sur la politique du président américain.
