Le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, a défendu vendredi la décision de l’administration Trump d’imposer de nouvelles sanctions à Cuba, dont la plus importante vise GAESA, ou Grupo de Administración Empresarial, un conglomérat d’entreprises géré par les Forces armées révolutionnaires cubaines.
Outre GAESA et sa dirigeante, les sanctions annoncées jeudi visaient également Moa Nickel, une coentreprise cubaine avec la société canadienne Sherritt International, qui a immédiatement annoncé son retrait de l’activité, mettant fin à 32 ans de présence sur l’île.
Le décret du 1er mai et les nouvelles désignations annoncées le 7 mai élargissent considérablement l’autorité légale permettant au gouvernement américain d’imposer des sanctions à des ressortissants et des entreprises de pays tiers, a expliqué Lee Schlenker, chercheur associé au programme Global South du Quincy Institute.
«Non seulement leurs avoirs sont susceptibles d’être gelés, mais leurs comptes aux États-Unis ainsi que leurs déplacements vers les États-Unis, ceux de leurs actionnaires, investisseurs ou employés, sont également concernés, a souligné M. Schlenker. Cela aura inévitablement un impact extrêmement important sur la présence des entreprises étrangères (à Cuba)».
L’économiste Pavel Vidal, spécialiste de Cuba à l’Université pontificale Javeriana, a mentionné à l’Associated Press que ces mesures étaient «très préoccupantes» pour une économie déjà «pratiquement paralysée».
Les États-Unis bloquent les livraisons de carburant à Cuba depuis janvier, aggravant encore la crise économique que traverse l’île depuis des années.
M. Vidal a fait remarquer que les nouvelles sanctions risquaient de dissuader les partenaires restants de GAESA, affirmant que «très peu d’entre eux prendront le risque de les défier».
Ces nouvelles mesures équivalent à un «isolement total», a estimé M. Vidal, motivées par la crainte qu’elles inspirent aux banques, assureurs et entreprises internationales.
En tant qu’expert ayant analysé les documents internes de GAESA, M. Vidal a noté que la présence profonde du conglomérat dans presque tous les secteurs de l’économie cubaine fait de tout lien avec l’île un risque au regard des nouvelles règles américaines.
Selon les rapports analysés par M. Vidal, GAESA contrôle près de 40 % du produit intérieur brut de Cuba. Début 2024, le conglomérat détenait 14,5 milliards $ de réserves liquides, avec des revenus annuels représentant le triple du budget total de l’État cubain.
Des liens familiaux avec les Castro
Créée dans les années 1990 sous contrôle militaire, GAESA constituait la réponse stratégique des forces armées cubaines à l’effondrement économique qui a suivi la chute de l’Union soviétique et le durcissement des sanctions américaines en vigueur à l’époque.
Bien qu’elle soit détenue par l’État, GAESA n’est pas soumise aux audits du Bureau du contrôleur général. Gladys Bejerano, directrice de l’entité, a reconnu cette absence de contrôle lors d’une entrevue en 2024 ; peu après, elle a pris sa retraite.
Pendant des années, jusqu’à sa mort en juillet 2022, Luis Alberto Rodríguez López-Calleja a occupé le poste de directeur général de la GAESA. Gendre de l’ancien président Raúl Castro, il était un pilier de la famille, un héritage perpétué par son fils, Raúl Guillermo Rodríguez Castro.
Alors que le jeune Castro occupe officiellement le poste de chef de la garde rapprochée de son grand-père, il s’est récemment imposé comme un intermédiaire clé dans les discussions sensibles avec les États-Unis.
Les sanctions de cette semaine ont également ajouté Ania Guillermina Lastres à la liste noire américaine. En tant que successeure de López-Calleja, elle occupe actuellement le poste de présidente exécutive de GAESA, supervisant les vastes intérêts financiers internationaux du conglomérat.
D’après les informations limitées disponibles, GAESA supervise des dizaines de points de vente au détail, proposant tout, de l’alimentation et des vêtements aux appareils électroménagers, ainsi qu’un vaste réseau de services comprenant des agences de location de voitures et des agences de voyages.
Elle gère notamment les institutions financières cubaines, les bureaux de change et l’administration des principaux hôtels du pays.
Dans des déclarations à la presse vendredi, M. Rubio a affirmé que les sanctions ne visaient pas le peuple cubain et a qualifié GAESA d’entreprise qui «s’accapare tout ce qui rapporte de l’argent à Cuba et le met illégalement dans les poches de quelques initiés du régime».
Les autorités cubaines soutiennent que ces sanctions constituent une «punition collective» visant à étrangler l’économie de l’île, arguant que les politiques de l’administration Trump témoignent d’un mépris pour le bien-être du peuple cubain au profit d’un levier politique.
Ces nouvelles sanctions contre La Havane s’ajoutent au poids du blocus énergétique américain, qui a provoqué des coupures généralisées d’eau et d’électricité ainsi que de graves pénuries de gaz et d’eau.
