Le guide suprême iranien a insisté samedi sur le fait que «les émeutiers devaient être remis à leur place» après une semaine de manifestations qui ont secoué la République islamique, donnant ainsi vraisemblablement le feu vert aux forces de sécurité pour réprimer violemment les manifestations.
Ces premières déclarations de l'ayatollah Ali Khamenei, âgé de 86 ans, surviennent alors que les violences liées aux manifestations, déclenchées par la crise économique iranienne, ont fait au moins 15 morts. Les protestations ne montrent aucun signe d'apaisement et font suite à l'avertissement lancé vendredi par le président américain Donald Trump à l'Iran voulant que si Téhéran «tue violemment des manifestants pacifiques», les États-Unis «viendront à leur secours».
Bien que l'on ignore encore comment M. Trump interviendra, ses propos ont suscité une vive réaction, des responsables iraniens menaçant de cibler les troupes américaines au Moyen-Orient. Ils prennent également une nouvelle dimension après l'annonce, samedi, par le président Trump de la capture par l'armée américaine du président vénézuélien Nicolás Maduro, allié de longue date de Téhéran.
Les manifestations sont devenues les plus importantes en Iran depuis 2022, année où la mort de Mahsa Amini, 22 ans, en garde à vue, avait déclenché un mouvement de protestation national. Cependant, elles n'ont pas encore atteint l'ampleur et la violence des manifestations qui ont suivi la mort de Mme Amini, arrêtée pour ne pas avoir porté le hijab selon les exigences des autorités.
La télévision d'État a diffusé un discours de l'ayatollah Khamenei à Téhéran, dans lequel il cherchait à dissocier les préoccupations des Iraniens manifestant, exaspérés par l'effondrement du rial, de celles des «émeutiers».
«Nous parlons aux manifestants, les autorités doivent leur parler, a affirmé Ali Khamenei. Mais il est inutile de parler aux émeutiers. Il faut remettre les émeutiers à leur place.»
Il a réitéré une accusation constamment formulée par les autorités iraniennes selon laquelle des puissances étrangères, comme Israël ou les États-Unis, fomentaient les manifestations, sans apporter la moindre preuve. Il a également imputé la chute du rial iranien à «l'ennemi».
«Un groupe de personnes incitées ou engagées par l'ennemi se mêlent aux commerçants et aux boutiquiers et scandent des slogans contre l'islam, l'Iran et la République islamique, a-t-il déclaré. C'est cela qui compte le plus.»
Les rangs du Corps des Gardiens de la révolution islamique, corps paramilitaire, comprennent la milice Bassidj, composée exclusivement de volontaires, dont les membres, circulant à moto, ont violemment réprimé des manifestations, telles que le Mouvement vert de 2009 et les manifestations de 2022. Les Gardiens de la révolution ne répondent qu'à l'ayatollah Khamenei.
Des responsables conservateurs du pays auraient fait pression pour une réponse plus agressive aux manifestations, tandis que le président Massoud Pezeshkian a cherché à dialoguer pour répondre aux revendications des manifestants.
De telles manifestations sont souvent suivies de répressions sanglantes. Les manifestations contre la hausse du prix de l'essence en 2019 auraient fait plus de 300 morts. La répression des manifestations concernant Mme Amini en 2022, qui a duré des mois, a fait plus de 500 morts et plus de 22 000 arrestations.
«L'Iran ne dispose pas d'une opposition intérieure organisée; les manifestants agissent probablement de manière spontanée», a fait valoir le groupe Eurasia, dans une analyse publiée vendredi.
«Bien que les manifestations puissent se poursuivre ou prendre de l'ampleur (d'autant plus que les perspectives économiques de l'Iran restent sombres), le régime conserve un important appareil sécuritaire et serait vraisemblablement capable de réprimer une telle dissidence sans perdre le contrôle du pays.»
Morts lors des manifestations dans la nuit
Deux morts dans la nuit de samedi à dimanche témoignent d'une nouvelle vague de violence. À Qom, ville abritant les principaux séminaires chiites du pays, une grenade a explosé, tuant un homme, a rapporté le journal d'État IRAN. Ce dernier cite des responsables de la sécurité affirmant que l'homme transportait la grenade pour attaquer des habitants de la ville, située à environ 130 kilomètres au sud de la capitale, Téhéran.
Des vidéos en ligne, en provenance de Qom, montreraient des incendies dans les rues pendant la nuit.
Le deuxième décès est survenu dans la ville de Harsin, à quelque 370 kilomètres au sud-ouest de Téhéran. Selon le journal, un membre du Bassidj, la branche entièrement composée de volontaires des Gardiens de la révolution iraniens, a été tué lors d'une attaque à l'arme à feu et à l'arme blanche dans cette ville de la province de Kermanshah.
Des manifestations ont touché plus de 170 localités dans 25 des 31 provinces iraniennes, a rapporté dimanche matin l'agence de presse américaine Human Rights Activists News Agency, basée aux États-Unis.
Le bilan s'élève à au moins 15 morts et plus de 580 arrestations. Ce groupe, qui s'appuie sur un réseau de militants en Iran pour ses reportages, a fait preuve d'exactitude lors des précédents troubles.
L'agence de presse officielle IRNA a par ailleurs fait état de violences dans le comté de Malekshahi, dans la province d'Ilam, à environ 515 kilomètres au sud-ouest de Téhéran. Elle n'a fourni aucun détail précis.
Hengaw, une organisation kurde de défense des droits de l'homme, et Iran Human Rights, basée à Oslo, ont fait état de quatre morts lors des violences survenues dans la région. Les deux organisations ont accusé les forces de sécurité iraniennes d'avoir ouvert le feu sur les manifestants.
L'agence de presse semi-officielle Fars, réputée proche des Gardiens de la révolution, a affirmé, sans apporter de preuves, que les manifestants étaient armés. Si les armes à feu sont plus répandues dans l'ouest de l'Iran, le long de la frontière irakienne, le gouvernement n'a fourni aucune preuve tangible pour étayer ces allégations.
Ces protestations, liées à des problèmes économiques, ont également été l'occasion pour les manifestants de scander des slogans contre la théocratie iranienne. Téhéran a eu du mal à relancer son économie depuis la guerre de juin contre Israël, au cours de laquelle les États-Unis ont également bombardé des sites nucléaires iraniens.
L'Iran a récemment déclaré qu'il n'enrichissait plus d'uranium sur aucun site du pays, cherchant ainsi à signaler à l'Occident qu'il reste ouvert à d'éventuelles négociations sur son programme nucléaire afin d'alléger les sanctions. Cependant, ces pourparlers n'ont pas encore eu lieu, car M. Trump et le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou ont mis en garde Téhéran contre la reconstitution de son programme atomique.
Jon Gambrell, The Associated Press

