International

Carney affirme que la participation militaire au Moyen-Orient ne peut être exclue

«Nous soutiendrons nos alliés, lorsque cela sera justifié.»

Publié le 

Le premier ministre Mark Carney et le premier ministre australien Anthony Albanese participent à une conférence de presse conjointe à Canberra, en Australie, le jeudi 5 mars 2026. Le premier ministre Mark Carney et le premier ministre australien Anthony Albanese participent à une conférence de presse conjointe à Canberra, en Australie, le jeudi 5 mars 2026. (Adrian Wyld)

Le premier ministre Mark Carney affirme que le Canada ne peut pas encore exclure une participation militaire au conflit qui s’intensifie au Moyen-Orient.

S’adressant aux journalistes lors d’une conférence de presse conjointe avec le premier ministre australien Anthony Albanese à Canberra, M. Carney a déclaré que la question d’une éventuelle implication future du Canada est une «hypothèse fondamentale», ajoutant que le conflit pourrait s’étendre considérablement.

«On ne peut jamais exclure catégoriquement une participation, a-t-il affirmé. Nous soutiendrons nos alliés, lorsque cela sera justifié. Il y a une distinction entre les actions offensives menées et menées par les États-Unis et Israël, actions entreprises sans consultation du Canada ni d’autres alliés, et auxquelles nous ne participons pas.»

«Mais nous défendrons toujours les Canadiens, nous soutiendrons toujours nos alliés et les défendrons lorsqu’ils feront appel à nous», a-t-il ajouté.

Au cours de la fin de semaine, M. Carney a déclaré appuyer l’action américaine en Iran, mais que le Canada ne s’impliquerait pas directement dans le conflit après l’attaque militaire américaine et israélienne contre ce pays du Moyen-Orient qui a coûté la vie à son dirigeant.

«Le Canada appuie l’action des États-Unis visant à empêcher l’Iran d’acquérir l’arme nucléaire et à empêcher son régime de menacer la paix et la sécurité internationales», a déclaré M. Carney samedi en Inde.

Depuis, M. Carney a nuancé ses propos, s’éloignant de son soutien initial sans équivoque aux frappes aériennes américaines contre l’Iran, et a revu ses déclarations lors d’un déplacement en Australie.

«Le Canada prend le monde tel qu’il est, sans attendre passivement un monde idéal.Nous adoptons toutefois cette position avec regret, car le conflit actuel est un nouvel exemple de l’échec de l’ordre international, a-t-il dit. Il semble que ces actions soient contraires au droit international.»

M. Carney et M. Albanese ont tenu une conférence de presse conjointe après l’intervention de M. Carney au Parlement australien à Canberra, jeudi.

Interrogé par un journaliste sur son appel à un cessez-le-feu en Iran, M. Carney a expliqué qu’il fallait d’abord une désescalade des hostilités et la fin des attaques contre les civils et les infrastructures civiles.

À la question de savoir s’il aurait dû appeler à la désescalade dès sa première déclaration, M. Carney a répondu par la négative.

«La situation est très instable et extrêmement complexe, et elle se complexifie avec le temps. Mais nous maintenons fermement le principe fondamental selon lequel l’Iran ne doit pas être autorisé à posséder l’arme nucléaire», a indiqué M. Carney.

Un expert estime que le Canada pourrait encore être entraîné dans le conflit sous la pression du président américain Donald Trump ou des pays du Golfe.

«Plus on parle, plus on s’expose à des conséquences», a-t-il expliqué.

«Avec un président aussi imprévisible, vous vous mettez dans un piège», a déclaré Fen Osler Hampson, professeur de relations internationales à l’Université Carleton.

Une «ambiguïté calculée»

M. Hampson a accusé M. Carney d’utiliser une «ambiguïté calculée» pour tenter de nuancer son soutien à une guerre qui embrase rapidement les pays de la région, tout en essayant de ne pas froisser M. Trump.

Stephen Saideman, expert en défense à Carleton, a indiqué que M. Carney réagissait également aux «déclarations très contradictoires» de Washington concernant les objectifs de la campagne américaine, qui sont passés du changement de régime à la pacification ces derniers jours.

«M. Carney a compris que les Américains ne savent pas vraiment ce qu’ils font et souhaite s’en distancer, a-t-il affirmé. Le Canada ne veut sans doute pas être associé à de nombreux crimes de guerre.»

Il se pourrait aussi que Mark Carney observe les réactions à sa première déclaration — à savoir que les frappes aériennes ont été très impopulaires au Canada et que d’autres pays font preuve de beaucoup plus de courage.

Le Canada s’oppose depuis longtemps au régime iranien en raison de ses nombreuses violations des droits de la personne et de ses actes d’ingérence à l’étranger. Il a également toujours insisté sur l’approbation des Nations Unies pour tout recours à la force contre une nation souveraine, a déclaré M. Hampson, même lorsque ces missions ont pour but déclaré de protéger les civils.

La guerre «ne fait que commencer» disent les É.-U., l’Iran promet une «destruction totale» Israël et les É.-U. ont continué à bombarder Téhéran et plusieurs villes iraniennes, alors que la guerre entrait dans son cinquième jour.

Mais M. Hampson a affirmé qu’il est clair que les libéraux orientent leur politique étrangère de manière à éviter un conflit ouvert avec Washington qui pourrait mener à la dénonciation de l’ACEUM, accord commercial continental dont dépend l’économie canadienne.

«Ce gouvernement est très inquiet quant à l’avenir des relations bilatérales avec les États-Unis, aux conséquences d’un ACEUM moribond ou à son démantèlement», a-t-il dit, en faisant référence à l’accord commercial.

Il a ajouté que Donald Trump pourrait utiliser le sort de l’accord commercial comme moyen de pression pour impliquer des militaires canadiens dans le conflit.

La guerre perturbe déjà l’approvisionnement mondial en carburant. Un cinquième de la production mondiale est affectée par cette situation. Le pétrole et le gaz naturel liquéfié du monde transitent par le détroit d’Ormuz, un passage maritime étroit que l’Iran a déclaré vouloir bloquer. Donald Trump a réagi en suggérant que les États-Unis effectueraient des patrouilles pour escorter les pétroliers dans le détroit.

«Il pourrait bien s’appuyer sur des pays comme le Canada, qui disposent de moyens navals, pour ces opérations — pas nécessairement pour déployer des avions de chasse et bombarder les Iraniens», a expliqué M. Hampson.

Il a souligné que les États-Unis ont déjà fait pression sur le Royaume-Uni pour obtenir l’autorisation d’utiliser des bases britanniques pour leur campagne de bombardements, tandis que Donald Trump n’a pas hésité à menacer d’imposer des droits de douane exorbitants aux pays qui ne se soumettent pas à sa volonté.

Avec la collaboration de Dylan Robertson et Catherine Morrison à Ottawa

Dylan Robertson

Dylan Robertson

Journaliste