Le président français Emmanuel Macron a dénoncé dimanche la résurgence des «démons de l’antisémitisme» qui ont assombri le passé et le présent de la France.
Le chef de l’État français et d’autres personnalités inauguraient une statue en l’honneur du capitaine Alfred Dreyfus, dont la condamnation injustifiée pour trahison au XIXe siècle avait mis au jour des préjugés antisémites profondément enracinés en France.
Dimanche marquait le 120e anniversaire de la réhabilitation de Dreyfus par la plus haute juridiction française, où se dresse désormais la statue.
Quelques heures avant la cérémonie, la police a évacué environ 300 personnes de la banlieue parisienne de Sarcelles, car les services de renseignement avaient repéré un véhicule suspect contenant une arme militaire à proximité d’une synagogue. Sarcelles compte une importante population juive, et le parquet a ouvert une enquête pour terrorisme.
Le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nunez, a rapporté que le véhicule contenait une «arme militaire longue» et qu’il n’était pas certain que cette arme fût destinée à la communauté juive.
La France abrite la plus grande communauté juive d’Europe et a connu une recrudescence des actes antisémites, notamment des menaces, des actes de vandalisme et des violences physiques, à la suite des attaques du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023 et de la guerre qui s’en est suivie à Gaza.
Le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou et l’ambassadeur des États-Unis en France, Charles Kushner, ont accusé Emmanuel Macron d’attiser davantage l’antisémitisme en décidant de reconnaître la Palestine l’année dernière.
«Nous savons que les vieux démons de l’antisémitisme n’ont jamais complètement disparu de notre pays», a déclaré le président français lors de la cérémonie en hommage à Dreyfus dimanche, appelant à une vigilance constante pour prévenir les actes qui «visent des personnes en raison de ce qu’elles sont».
Alfred Dreyfus, qui était juif, a été reconnu coupable de trahison en 1894 après avoir été faussement accusé d’avoir transmis des secrets militaires à l’Allemagne, et condamné à la prison à perpétuité. Des intellectuels de premier plan, dont le romancier Émile Zola, ont fait valoir que le capitaine Dreyfus avait été désigné comme bouc émissaire par l’armée française.
Il a été innocenté de toutes les accusations le 12 juillet 1906 par la Cour de cassation, la plus haute juridiction française. M. Macron a déclaré le 12 juillet «Journée nationale de commémoration de l’innocence d’Alfred Dreyfus», à compter de cette année.
Après avoir été innocenté, le capitaine Dreyfus réintégra l’armée française et servit pendant la Première Guerre mondiale. Il mourut en 1935.
Charles, le petit-fils du capitaine Dreyfus, figurait parmi les personnes présentes à la cérémonie de dimanche.
«Je dois malheureusement admettre que je n’aurais jamais imaginé, à mon âge, voir l’antisémitisme refaire surface avec une telle virulence dans notre pays», a commenté Charles Dreyfus.
Sa tristesse a toutefois été tempérée par ce qu’il a qualifié de «joie profonde» à la vue de la statue de son grand-père érigée devant le Palais de Justice, représentant Alfred Dreyfus brandissant fièrement une épée brisée.
