«On est crevés, mais on doit tenir»: éprouvés par huit jours de lutte contre un mégafeu qui a dévasté 42 000 hectares en Gironde (sud-ouest de la France), les pompiers voient le bout du tunnel mais les reprises de feu observées ces derniers jours mettent les organismes à cran.
«Ça n’arrête pas, le feu est passé, mais il couve, il ressort partout», constate l’adjudant-chef Nicolas Rivet du Service départemental d’incendie et de secours (Sdis) d’Indre-et-Loire.
Mais «on ne sait jamais où il va ressortir. Il y a eu une saute de feu, on ne sait même pas d’où elle est venue.»
Si l’incendie est désormais «stabilisé» sur fond de météo plus humide jeudi, il reste imprévisible, notamment alimenté par plusieurs mois de sécheresse exceptionnelle, le vent et la présence de zones ayant encore échappé aux flammes.
Mercredi, les reprises se sont multipliées, comme à Lanton, autour d’un élevage de chiens à défendre, mais aussi à travers les 42 000 hectares d’une région dévastée.
«C’est le jeu du chat et de la souris», tranche Théo, sapeur-pompier de Paris qui n’a pas souhaité donner son nom.

«Dragon»
«C’est fatigant, bien sûr, d’autant que cela peut durer. Mais on doit tenir. Il faut venir à bout de «ce monstre, ce dragon».
Les sapeurs-pompiers se retrouvent à intervenir au gré des nouveaux foyers qui se déclenchent, aidés par des Canadairs, des Air Tractor ou des hélicoptères qui tournoient dans un ciel gris de fumée.
«On venait d’intervenir, on devait souffler et au moment de faire une pause, on a remis les tenues de feu et il a fallu attaquer un nouveau feu juste devant nous», résume auprès de l’AFP le lieutenant Cyril Venière.
Après plus d’une semaine de lutte intense, ils sont usés et les interventions restent harassantes, en témoignent les regards noircis et parfois hagards de membres d’une colonne revenue du front.
Dans la nuit de mercredi à jeudi, en forêt de Claouey dans le nord de la presqu’île du Cap-Ferret, des pompiers de Mayenne arrivés vendredi dernier continuent de surveiller le brasier à la nuit tombée. «On laisse brûler ce qui reste pour garantir qu’il n’y aura pas de reprise de feu», explique l’un d’eux dans un épais nuage de fumée qui agresse les yeux et le nez.
Entre deux engagements, les sapeurs-pompiers soufflent.
Ces pauses, qui durent quelques heures, parfois seulement quelques minutes, permettent de faire tomber les casques, de poser les vestes au sol et de faire redescendre un peu la température des corps surchauffés par le brasier, alors que le thermomètre affichait mercredi 40°C, avant de redescendre jeudi.
«On respire, on se pose. On boit, beaucoup, on mange, puis on reconditionne tout, avant de très vite repartir», raconte le lieutenant Venière.
«On connaît nos hommes, ces pauses sont déterminantes pour pouvoir tenir. Il faut les gérer au mieux», à l’image d’un marathon qui n’en finit pas.
Quelques minutes plus tard, un pompier semble en difficulté. «On n’était pas loin de l’hyperthermie», lâche le lieutenant.
«Tenir»
Non loin, un garage a été transformé en poste médical avancé. Sur place: infirmiers sapeurs-pompiers et ambulances, qui accueillent systématiquement les colonnes qui sortent du feu.
«En sortant de l’engagement, ils sont obligés de passer nous voir», explique le médecin-colonel Didier Briemant, chef du soutien sanitaire opérationnel (SSO) pour une colonne venue du Pas-de-Calais.

«On vérifie les intoxications aux fumées, les effets de la chaleur. On les repose vingt à vingt-cinq minutes au calme et on décide ensuite s’ils peuvent repartir ou non.»
«On a eu beaucoup de coups de chaleur», souligne le médecin, qui évoque également des dizaines d’entorses et d’ampoules.
Selon un bilan de la préfecture mercredi soir, quelque 230 pompiers ont été blessés.
Malgré la fatigue, les 3300 sapeurs-pompiers mobilisés au sol disent «tenir» grâce à un élan de solidarité lui aussi «hors norme».
«Les gens nous donnent tout: de l’eau, à manger, l’accès à leurs maisons, leurs villages. Même si on est fatigués, on continue. On doit le faire pour eux», indique le sergent-chef Teddy Rousselet.