Les autorités iraniennes ont inauguré dimanche une nouvelle fresque murale sur un panneau d’affichage géant d’une place du centre de Téhéran. Ce panneau adresse un avertissement direct aux États-Unis: toute tentative de frappe militaire contre le pays est proscrite, alors que des navires de guerre américains se dirigent vers la région.
L’image représente un porte-avions, vu du ciel, avec des avions de chasse endommagés et en explosion sur son pont d’envol. Le pont est jonché de corps et maculé de sang qui se répand dans l’eau derrière le navire, formant un motif rappelant les rayures du drapeau américain. Un slogan est inscrit dans un coin: «Qui sème le vent récolte la tempête.»
L’inauguration de cette fresque sur la place Enghelab intervient alors que le porte-avions USS Abraham Lincoln et les navires de guerre qui l’accompagnent se dirigent vers la région. Le président américain Donald Trump, a déclaré que le déplacement des navires était motivé par la nécessité de prévoir une intervention militaire.
«Nous avons une flotte importante qui se dirige vers cette direction, et peut-être n’aurons-nous pas à l’utiliser», a-t-il affirmé jeudi.
La place Enghelab accueille des rassemblements officiels et les autorités modifient sa fresque murale en fonction des festivités nationales. Le commandant des Gardiens de la révolution iraniens a averti samedi que ses forces étaient «plus prêtes que jamais, le doigt sur la gâchette».
Les tensions entre les États-Unis et l’Iran se sont exacerbées à la suite de la répression brutale des manifestations nationales, qui ont fait des milliers de morts et des dizaines de milliers d’arrestations. Donald Trump avait menacé d’une action militaire si l’Iran continuait de tuer des manifestants pacifiques ou de procéder à des exécutions massives de personnes détenues.
Aucune manifestation n’a eu lieu depuis plusieurs jours et Donald Trump a récemment dit que Téhéran avait suspendu l’exécution prévue d’environ 800 manifestants arrêtés — une allégation que le procureur général iranien a qualifiée de «totalement fausse». Cependant, M. Trump a indiqué qu’il n’excluait aucune option, déclarant jeudi que toute action militaire rendrait les frappes américaines de juin dernier contre les sites nucléaires iraniens «insignifiantes».
Le Commandement central américain a annoncé sur les réseaux sociaux que ses F-15E Strike Eagle de l’US Air Force sont désormais présents au Moyen-Orient, précisant que l’avion de chasse «renforce la capacité opérationnelle et contribue à la sécurité et à la stabilité régionales».
De même, le ministère britannique de la Défense a indiqué jeudi avoir déployé ses avions de chasse Typhoon au Qatar «à des fins défensives».
Les manifestations en Iran ont débuté le 28 décembre, déclenchées par la chute du rial, la monnaie iranienne, et se sont rapidement propagées à travers le pays. Elles ont été violemment réprimées par la théocratie iranienne, qui ne tolère aucune dissidence.
Le bilan des victimes, rapporté par les militants, continue de s’alourdir depuis la fin des manifestations, alors que les informations filtrent au compte-gouttes malgré une coupure d’internet de plus de deux semaines — la plus importante de l’histoire de l’Iran. L’agence de presse américaine Human Rights Activists News Agency a annoncé dimanche un bilan de 5848 morts, un chiffre qui devrait encore augmenter. Elle indique également que plus de 41 280 personnes ont été arrêtées.
Les chiffres de l’agence se sont avérés exacts lors des précédents troubles et s’appuient sur un réseau de militants en Iran pour vérifier les décès. Ce bilan dépasse celui de toutes les autres vagues de protestation ou de troubles qu’a connues le pays ces dernières décennies et rappelle le chaos qui a entouré la révolution islamique iranienne de 1979. L’Associated Press n’a pas été en mesure de vérifier ce bilan de manière indépendante.
Le gouvernement iranien avance un bilan bien inférieur, celui de 3117 morts, dont 2427 civils et membres des forces de sécurité, et qualifie les autres de «terroristes».
Par le passé, la théocratie iranienne a sous-estimé, voire omis de déclarer, le nombre de victimes des troubles.
