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L'Indonésie réduit ses émissions de méthane, entraînant des changements

«Ce qui n’avait jamais été prévu pour être un déversement à ciel ouvert est devenu un véritable déversement à ciel ouvert.»

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Une femme jette un sac-poubelle dans une décharge à ciel ouvert à Jakarta, en Indonésie, le vendredi 17 juillet 2026. Photo AP Une femme jette un sac-poubelle dans une décharge à ciel ouvert à Jakarta, en Indonésie, le vendredi 17 juillet 2026. Photo AP (Tatan Syuflana)

Bien avant que l’aube ne se lève sur la plus grande décharge d’Indonésie, Nur Wencih rejoint les milliers de récupérateurs qui escaladent des montagnes d’ordures, à la recherche de tout ce qu’ils peuvent vendre.

Cette veuve de 35 ans travaille sur ce site situé à la périphérie est de Jakarta depuis deux décennies, suivant les traces de ses parents, qui y gagnent encore leur vie.

La décharge de Bantargebang lui a permis de subvenir à ses besoins alimentaires et de payer son loyer, tout en aidant ses deux filles adolescentes qui vivent chez un proche dans un village rural. Elle espère que ses filles n’auront jamais à suivre le même chemin.

Vivant seule dans une chambre louée près de la décharge, Mme Wencih gagne environ 12 $US les bons jours en ramassant des jouets jetés, du carton et des bouteilles en plastique avant que les bulldozers ne les enfouissent sous de nouveaux déchets. De temps en temps, elle trouve des bijoux en or.

«C’est comme si j’avais touché le jackpot», explique Mme Wencih en profitant d’une pause pour échapper à la chaleur étouffante de juillet.

Cependant, ces trouvailles chanceuses, et peut-être même son gagne-pain, pourraient bientôt se faire beaucoup plus rares.

À compter du 1er août, l’Indonésie prévoit de transformer ce site de décharge à ciel ouvert en un système plus contrôlé, dans le cadre d’un plan national de gestion des déchets.

Le gouvernement a annoncé le mois dernier qu’il mettrait fin aux opérations de décharge à ciel ouvert sur 343 des 550 sites d’élimination des déchets du pays, en exigeant qu’ils passent à des systèmes de décharges contrôlées ou sanitaires et n’acceptent progressivement plus que les déchets ne pouvant être recyclés ou compostés, tels que les couches, les essuie-tout sales et les autocollants.

Parallèlement, les habitants sont invités à trier leurs déchets organiques et leurs matières recyclables en vue d’un traitement séparé, une pratique que de nombreux foyers n’ont jamais appris à mettre en œuvre à grande échelle.

Dudi Gardesi Asikin, directeur de l’Agence de l’environnement de Jakarta, a expliqué que cette politique visait à améliorer la santé environnementale, à réduire la pollution et à limiter les émissions de méthane générées par la décomposition des déchets.

Le méthane est responsable d’environ un tiers du réchauffement climatique et retient davantage de chaleur que le dioxyde de carbone, ce qui en fait un enjeu central des efforts mondiaux en matière de climat

Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, par exemple, exhorte les gouvernements à réduire fortement les émissions de méthane, y voyant l’un des moyens les plus rapides de ralentir le réchauffement climatique.

Une décharge au cœur du débat

Selon les chercheurs, Bantargebang émet plus de méthane que presque n’importe quelle autre décharge au monde, ce qui la place au cœur des réformes indonésiennes en matière de gestion des déchets.

M. Asikin a expliqué que Bantargebang avait ouvert ses portes en 1989 en tant que décharge contrôlée équipée pour capter le méthane. Contrairement aux décharges à ciel ouvert, les décharges contrôlées recouvrent également les déchets de terre.

Mais, après l’expiration d’un contrat avec le secteur privé en 2016, le site s’est progressivement transformé en décharge à ciel ouvert.

«Ce qui n’avait jamais été prévu pour être un déversement à ciel ouvert est devenu un véritable déversement à ciel ouvert», a souligné M. Asikin.

Seuls deux des douze puits d’extraction de méthane d’origine de la décharge sont encore opérationnels, a précisé M. Asikin.

Dans le cadre du nouveau plan, certaines parties de Bantargebang sont déjà recouvertes de bâches, et les responsables espèrent en recouvrir une bien plus grande partie. M. Asikin a estimé que la couverture du reste de la zone de stockage pourrait coûter jusqu’à 12 millions $US.

Avenir incertain pour les récupérateurs de déchets

L’Indonésie est confrontée à un dilemme: elle tente de mener l’une de ses plus grandes réformes en matière de gestion des déchets depuis des décennies, tout en protégeant les moyens de subsistance d’environ 600 000 récupérateurs de déchets.

Rien qu’à Bantargebang, les autorités estiment que plus de 4000 récupérateurs enregistrés travaillent chaque jour au milieu des camions, des pelleteuses et des montagnes de déchets.

Les matériaux qu’ils récupèrent sont triés et vendus à un réseau de négociants et d’entreprises de recyclage qui s’est développé autour de la décharge.

«Ce qui m’inquiète le plus, c’est de savoir comment je vais nourrir ma famille», a commenté Mme Wencih à propos du nouveau projet, tandis que derrière elle, des pelles mécaniques poussaient de nouveaux déchets sur les pentes à ciel ouvert.

M. Asikin a déclaré que le gouvernement souhaitait améliorer les conditions de travail des ramasseurs de déchets, qui bénéficient déjà d’une certaine protection au travail et d’une couverture médicale grâce à un programme national de sécurité sociale.

Il estime que cette nouvelle politique permettra à terme de créer des emplois formels plus sûrs dans les secteurs du recyclage et du compostage.

«Aujourd’hui, ils font pratiquement la course contre nos pelleteuses pour récupérer les matériaux recyclables. C’est extrêmement dangereux», a-t-il assuré.

M. Bunin, un chef de quartier âgé de 53 ans qui habite à proximité, a énoncé que si la décharge était source de pollution, elle créait également des opportunités commerciales, notamment des logements locatifs et des stands de restauration destinés aux ramasseurs de déchets.

«La décharge n’a pas que des répercussions négatives, elle présente également des avantages économiques», a souligné M. Bunin, qui, comme de nombreux Indonésiens, n’utilise qu’un seul nom.

Une décharge à la limite de ses capacités

Couvrant environ 110 hectares, Bantargebang s’est transformée en une montagne artificielle atteignant 60 mètres de haut, soit à peu près la hauteur d’un immeuble de 20 étages. Environ 7500 tonnes de déchets y sont acheminées chaque jour depuis la capitale.

«Les déchets que les gens produisent ne disparaissent pas. Ils sont rassemblés en un seul endroit et ont formé une montagne», a expliqué Agung Pujo Winarko, qui dirige le site.

En mars, un effondrement provoqué par de fortes pluies à Bantargebang a coûté la vie à sept personnes, soulignant les risques liés à l’ampleur même de cette décharge.

«La situation est extrêmement urgente, a assuré M. Winarko. Sa capacité d’accueil atteint, voire dépasse, ses limites.»

Les données satellitaires analysées par l’initiative STOP Methane de l’UCLA classent Bantargebang, en 2025, comme le deuxième plus grand émetteur mondial de méthane issu des décharges, après un site situé en Argentine.

Evan George, de l’Institut Emmett sur le changement climatique et l’environnement de l’UCLA, a déclaré que la réduction des déchets organiques mis en décharge pourrait diminuer les émissions, mais que les décharges existantes nécessiteraient encore des décennies de surveillance et de captage des gaz.

Dans le cadre de cette nouvelle approche, les habitants de Jakarta sont invités à trier les restes alimentaires et autres déchets organiques des matières recyclables et des déchets résiduels avant la collecte.

De nouvelles usines de production de combustible dérivé des déchets font également partie du plan.

Cependant, de nombreux foyers commencent tout juste à se familiariser avec ce système, ce qui soulève des questions quant à savoir si la sensibilisation du public a été suffisante.

«Tout ce que nous savons, c’est jeter les déchets dans la poubelle, pas les trie, a dit Rukasih Wanti, une habitante du centre de Jakarta. La nouvelle règle nous déconcerte. C’est peu pratique, cela crée du travail supplémentaire et nous fait perdre du temps.»

Les défenseurs de l’environnement soulignent que de nouvelles infrastructures de recyclage et de compostage sont également nécessaires.

La transition s’annonce difficile, car les données gouvernementales montrent qu’à l’heure actuelle, seul un quart environ des déchets quotidiens de l’Indonésie est traité par des systèmes officiels, le reste étant mis en décharge, incinéré ou géré de manière non contrôlée.

David Sutasurya, directeur exécutif de l’organisation environnementale YPBB, a déclaré qu’environ la moitié des déchets de Jakarta sont compostables et 30 % supplémentaires recyclables, ce qui signifie que jusqu’à 80 % pourraient être détournés des décharges.

«Nous avons trop longtemps repoussé la transformation de notre système de gestion des déchets, et nous n’avons pris conscience du problème que lorsque les décharges étaient déjà presque pleines», a déclaré M. Sutasurya.

Dans un quartier de Jakarta-Ouest, Monica T. Anggriani a passé plus d’une décennie à convaincre ses voisins de trier leurs déchets ménagers, créant ainsi une banque communautaire des déchets qui traite désormais environ une tonne de déchets organiques par jour grâce au compostage, à l’élevage d’asticots et à l’agriculture urbaine.

«Notre génération n’a jamais appris à trier les déchets, a commenté Mme Anggriani. Si nous ne commençons pas dès maintenant, rien ne changera à l’avenir.»