Le département américain de la Sécurité intérieure souhaite acquérir un bâtiment appartenant à la branche immobilière du conglomérat Jim Pattison Group, une entreprise située à Vancouver, afin d’y installer un «centre de traitement» pour la police de l’immigration des États-Unis (ICE).
Mercredi dernier, le département a envoyé une lettre au service d’urbanisme du comté de Hanover, en Virginie, faisant part de son intention d’acquérir, d’occuper et de rénover cet entrepôt.
Selon les registres fonciers, Jim Pattison Developments a acquis le bâtiment pour environ 10,4 millions $ CA en 2022 et, après les travaux d’amélioration, sa valeur devrait avoisiner les 69 millions $ CA cette année.
Ni Jim Pattison Group ni Jim Pattison Developments n’avaient répondu aux demandes de commentaires au moment d’écrire ses lignes.
Une page web archivée de la compagnie indique que l’entreprise proposait à la location, en 2024, un site de 17,6 hectares comprenant un entrepôt industriel de 51 100 mètres carrés.
Dans sa lettre, le département américain a déclaré son intention d’apporter des modifications à la propriété, notamment des travaux de construction, d’équipement et de renforcement de la sécurité.
«L’intérieur du bâtiment pourrait être rénové ou reconstruit afin de répondre aux besoins opérationnels de l’ICE. Ces modifications pourraient inclure, entre autres, la construction d’espaces de détention et de traitement, de bureaux, d’espaces d’accueil du public et l’installation de commodités telles que des cafétérias, des salles de bain et des espaces de soins», précise le document.
D’autres ajouts pourraient inclure «des abris et un poste de garde», ajoute la lettre.
Les activités de l’ICE ont été critiquées à la suite de la répression menée à Minneapolis, au cours de laquelle deux personnes ont été tuées par balle par ses agents.
Dans un communiqué de presse publié jeudi dernier, le comté de Hanover a dit ne pas être à l’origine du projet et avoir été informé par le département de la Sécurité intérieure qu’il disposait de 30 jours pour répondre à la lettre.
Le département a indiqué avoir invité plusieurs communautés autochtones reconnues par le gouvernement fédéral à participer à une «consultation» concernant l’acquisition prévue.
Le comté a précisé que son conseil de superviseurs se réunirait mercredi pour examiner les prochaines étapes. L’ordre du jour de la réunion mentionne notamment la consultation d’avocats concernant les lois de zonage relatives aux «usages par le gouvernement fédéral».
Emily Lowan, cheffe du Parti vert de la Colombie-Britannique, a déclaré sur les réseaux sociaux que les entreprises du milliardaire Jimmy Pattison devraient être boycottées en raison de cette vente imminente.
«Ceci nous rappelle brutalement comment la classe des milliardaires soutient et encourage les forces fascistes», a-t-elle écrit dimanche sur Instagram.
Les registres des marchés publics américains montrent qu’une autre entreprise de Vancouver, HootSuite, fournit des services de médias sociaux au département de la Sécurité intérieure, qui supervise l’ICE.
Le contrat liant le département de la Sécurité intérieure à la société new-yorkaise Seneca Strategic Partners porte sur la fourniture de la plateforme de gestion des médias sociaux Hootsuite et de services d’assistance. Sa valeur pourrait atteindre 2,8 millions $ US, selon un site web des marchés publics américains.
Hootsuite, qui n’a pas répondu aux demandes de commentaires, a refusé l’accès à un journaliste de La Presse Canadienne à son siège social de Vancouver lundi. Les agents de sécurité ont indiqué qu’une prise de rendez-vous était nécessaire pour s’entretenir avec qui que ce soit.
Une manifestation devant le bâtiment est prévue vendredi par le groupe Democracy Rising, qui exhorte Hootsuite à annuler ses contrats et à présenter des excuses publiques.
Kalifi Ferretti-Gallon, cofondatrice de Democracy Rising, s’est dite préoccupée de voir des entreprises canadiennes comme Hootsuite continuer à offrir des services à l’ICE.
«Ce qui nous préoccupe, ce n’est pas de savoir si l’ICE respecte techniquement les termes du contrat de licence. C’est de savoir s’il est responsable de continuer à fournir des services à une agence impliquée dans des violations massives des droits civiques, et s’il est éthique de tirer profit de ces atrocités, de la répression», a déclaré Mme Ferretti-Gallon.
Certains agents fédéraux en poste à Minneapolis devraient quitter leurs fonctions dès mardi, après que le président américain Donald Trump a adouci son discours lundi sur la politique de répression de l’immigration, se félicitant de discussions constructives avec le gouverneur du Minnesota, Tim Walz, et le maire de Minneapolis, Jacob Frey.
- Avec des informations de Nono Shen, à Vancouver, et de l’Associated Press, à Minneapolis
