L’ex-mannequin américaine Carré Otis a déposé vendredi une plainte auprès d’un tribunal parisien, affirmant avoir été violée et victime de traite par Gérald Marie, l’ancien directeur européen de l’agence Elite Model. Selon son avocat, cette démarche vise à encourager d’autres victimes potentielles à se manifester.
M. Marie a nié ces accusations et ne peut être poursuivi dans le cadre de l’affaire Otis en raison du délai de prescription en vigueur en France. Mais cette plainte pourrait permettre à d’autres femmes, que leurs dossiers soient prescrits ou non, de se joindre à la procédure, a indiqué l’avocat de Mme Otis, Mathias Darmon, dans un communiqué transmis à l’Associated Press.
La plainte, consultée par l’AP, fait état de viol sur mineure et de traite d’êtres humains.
Envoyée à Paris en 1986 par l’agence Elite Model, Mme Otis, alors âgée de 17 ans, a été hébergée dans l’appartement de M. Marie, «croyant à tort qu’il souhaitait soutenir sa carrière de mannequin», selon la plainte.
«Alors qu’elle vivait dans cet appartement, elle affirme avoir été violée à plusieurs reprises par l’accusé, qui s’est ensuite arrangé pour qu’elle soit mise à la disposition d’autres hommes fortunés à travers l’Europe», peut-on lire dans le document.
Carré Otis n’a jamais été rémunérée pour son travail de mannequin, précise la plainte.
«L’objectif est de donner à d’autres victimes l’occasion de trouver le courage de se joindre à notre plainte, a expliqué son avocat. Nous ouvrons la porte à toutes les personnes touchées par cette affaire d’importance internationale afin qu’elles puissent se manifester et faire entendre leur voix.»
Mme Otis, âgée de 58 ans, est devenue mannequin à la fin des années 1980 et au début des années 1990, apparaissant en couverture d’«Elle», de «Vogue» et de «Vanity Fair» et figurant dans le calendrier Pirelli.
Gérald Marie, un ressortissant français de 76 ans, a supervisé les activités chez Elite de 1985 à 2010, à une époque où l’agence dominait le secteur du mannequinat. Il a contribué à lancer la carrière de certains des mannequins les plus célèbres au monde.
La chaîne française France Info a rapporté vendredi que Carré Otis voulait «dénoncer tout un système d’abus sexuels sur des mannequins qui a perduré pendant des années dans l’industrie de la mode», établissant un parallèle avec les retombées de l’affaire Jeffrey Epstein.
Une plainte déposée précédemment en 2021 par Mme Otis et plusieurs autres anciennes mannequins, alléguant des viols et des agressions sexuelles commis par M. Marie dans les années 1980, avait été rejetée car les faits dépassaient la limite prescrite.
En vertu de la loi française, les victimes qui étaient mineures au moment des abus sexuels présumés peuvent porter plainte jusqu’à 30 ans après avoir atteint l’âge adulte, ce qui leur permet de le faire jusqu’à l’âge de 48 ans.
