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L'ex-chef de cabinet de Volodymyr Zelensky mis en cause dans une enquête

Andriy Yermak est soupçonné d’être impliqué dans un présumé système de blanchiment d’argent de 460 millions de hryvnias.

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Andrii Yermak, chef de la présidence ukrainienne, s'exprime lors d'une conférence de presse à Davos, en Suisse, le 14 janvier 2024. (Photo AP) Andrii Yermak, chef de la présidence ukrainienne, s'exprime lors d'une conférence de presse à Davos, en Suisse, le 14 janvier 2024. (Photo AP) (Markus Schreiber)

Deux agences responsables de la lutte contre la corruption en Ukraine ont désigné l’ancien chef de cabinet du président Volodymyr Zelensky comme suspect officiel dans le cadre d’une vaste enquête pour corruption. Elles ont précisé mardi que le dirigeant ukrainien n’était pas mis en cause dans cette affaire.

Andriy Yermak est soupçonné d’être impliqué dans un présumé système de blanchiment d’argent de 460 millions de hryvnias (14,4 millions $ CA), ont annoncé les agences lundi soir.

Le Bureau national anticorruption ukrainien et le Parquet spécialisé dans la lutte contre la corruption ont déclaré dans un communiqué publié sur Telegram que l’enquête sur M. Yermak était en cours.

Cette décision est la dernière étape avant l’inculpation officielle de M. Yermak, qui a démissionné en novembre. Il était le principal négociateur du pays dans les pourparlers avec les États-Unis et a quitté ses fonctions au cours du scandale qui a constitué la plus grande menace pour l’administration Zelensky depuis l’invasion à grande échelle de la Russie.

Cette enquête est extrêmement embarrassante pour le dirigeant ukrainien alors qu’il milite pour l’adhésion de son pays à l’Union européenne, un processus qui prendra probablement des années. La corruption endémique est l’un des obstacles qui ralentissent l’adhésion de l’Ukraine.

Rustem Umerov, chef du Conseil national de sécurité et de défense ukrainien et négociateur clé dans les efforts diplomatiques de paix menés par les États-Unis, a été interrogé et est témoin dans l’affaire concernant un projet immobilier de luxe près de la capitale, ont indiqué les procureurs lors d’une conférence de presse à Kyiv.

Plusieurs autres hauts responsables, dont l’ancien vice-premier ministre Oleksii Chernyshov, sont «impliqués» dans cette affaire, selon les procureurs, tout comme l’éminent homme d’affaires ukrainien Tymur Mindich.

L’enquête pour corruption porte également sur des faits présumés d’irrégularités dans le secteur énergétique ukrainien, l’industrie de la défense et l’acquisition de drones et d’autres équipements militaires, ont-ils précisé.

Une situation «provoquée par la pression publique»

M. Yermak était un confident de confiance de M. Zelensky, qui a résisté aux pressions persistantes visant à le remplacer, et une figure puissante au sein du gouvernement. Les enquêteurs ont perquisitionné à son domicile en novembre.

Le président Zelensky n’a fait aucun commentaire public sur l’annonce des agences anticorruption, mais son attaché de presse, Dmytro Lytvyn, a affirmé: «L’enquête est en cours, il est trop tôt pour tirer des conclusions.»

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky s'exprime lors d'une entrevue accordée à l'Associated Press, à Istanbul, en Turquie, le samedi 4 avril 2026. Photo AP/Khalil Hamra Le président ukrainien Volodymyr Zelensky s'exprime lors d'une entrevue accordée à l'Associated Press, à Istanbul, en Turquie, le samedi 4 avril 2026. (Khalil Hamra/Associated Press)

L’avocat de M. Yermak, Ihor Fomin, a qualifié l’avis de suspicion d’infondé et a nié l’implication de son client dans le blanchiment présumé de 460 millions de hryvnias, par l’entremise d’un projet de construction de luxe à l’extérieur de Kyiv.

«À mon avis, toute cette situation a été provoquée par la pression publique», a déclaré M. Fomin lors d’une entrevue accordée à la chaîne publique ukrainienne Suspilne.

La décision de poursuivre ou non officiellement M. Yermak pourrait encore prendre des mois.

Une entreprise américaine courtisée

Pendant ce temps, M. Zelensky a rencontré le président et directeur général de Palantir Technologies, dans le cadre de la coopération croissante de l’Ukraine avec le secteur américain de la défense.

L’invasion de la Russie chez son voisin en est désormais à sa cinquième année, sans qu’aucun accord de paix ne semble en vue.

M. Zelensky a annoncé mardi avoir rencontré à Kyiv Alex Karp, affirmant que l’Ukraine et Palantir pouvaient se rendre «mutuellement service».

«Nous avons discuté des orientations du développement technologique tant dans le contexte des opérations de combat que des besoins civils», a indiqué le président Zelensky sur l’application de messagerie Telegram.

Palantir Technologies est une entreprise de logiciels d’intelligence artificielle (IA) qui aide les organismes de défense du monde entier. Elle est spécialisée dans les plateformes logicielles qui collectent et analysent de grands volumes de données et travaille en partenariat avec l’Ukraine depuis plusieurs années.

L’IA peut aider les combattants à trier et déchiffrer rapidement un volume considérable d’informations sur le champ de bataille, permettant notamment des attaques plus précises.

Le ministre ukrainien de la Défense, Mykhailo Fedorov, a déclaré après sa rencontre avec M. Karp que la coopération avec cette entreprise conférait à l’Ukraine un avantage technologique dans la guerre.

La Russie lance des frappes sur l’Ukraine

L’Ukraine a proposé de prolonger la trêve, selon le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andrii Sybiha. Mais il a rapporté mardi que la Russie avait lancé plus de 200 drones contre l’Ukraine pendant la nuit, frappant des infrastructures civiles et tuant au moins une personne et en blessant six autres.

«Il est temps de renforcer nos positions et de forcer Moscou à mettre fin à la guerre», a souligné le ministre.

Le président russe Vladimir Poutine «doit se rendre compte que la situation ne fera qu’empirer pour lui».

Selon des analystes occidentaux, la situation de l’Ukraine sur le champ de bataille s’est récemment améliorée grâce au déploiement d’une technologie de drones de pointe permettant de tenir à distance l’armée russe, plus importante en nombre.

Le ministère russe de la Défense a déclaré mardi que ses défenses aériennes avaient intercepté 30 drones ukrainiens au-dessus des régions russes situées à la frontière avec l’Ukraine.