Près de 55 % des électeurs suisses ont rejeté dimanche une initiative défendue par le principal parti de droite visant à plafonner à 10 millions la population de ce riche pays alpin.
L’Union démocratique du centre (UDC), parti populiste qui détient la majorité des sièges au Parlement, a attisé et encouragé le sentiment anti-immigration au fil des ans, notamment en ce qui concerne l’afflux de travailleurs en provenance de l’Union européenne voisine.
Certains ont qualifié cette proposition de «Brexit suisse», car elle pourrait compromettre les liens étroits qui unissent la Suisse à l’Union européenne, ancrés dans des accords favorisant notamment la croissance économique, les liens culturels et les déplacements transfrontaliers. La Suisse ne fait pas partie des 27 États membres de l’UE, mais elle est pratiquement entourée par 4 d’entre eux.
Un récent sondage de l’agence gfs.bern laissait prévoir un résultat serré.
Le taux de participation s’est élevé à 58,86% selon les données du Conseil fédéral suisse.
Une partie de la droite affirme que le mode de vie suisse est mis à mal par la croissance démographique
Le nombre de personnes vivant en Suisse a bondi de près d’un quart au cours de la dernière génération, et les étrangers représentent aujourd’hui près d’un tiers de la population.
L’UDC affirme que les infrastructures, le logement, les programmes sociaux, les ressources naturelles et le mode de vie des Suisses sont mis à rude épreuve par la forte croissance démographique.
Les opposants au plafonnement affirment que l’essor de l’immigration a apporté de la main-d’œuvre et des compétences étrangères dans des secteurs tels que la santé, la finance, l’industrie pharmaceutique et la technologie.
Le gouvernement fédéral, le Parlement et Economiesuisse, une importante association patronale, s’opposent à cette idée de plafonnement démographique.
À Genève, deuxième ville de Suisse et plaque tournante des institutions de l’ONU et des organisations humanitaires, environ les deux tiers des électeurs ayant voté se sont opposés à cette mesure.
La démocratie suisse permet aux électeurs de s’exprimer directement sur les décisions politiques au moyen de référendums organisés généralement quatre fois par an. La plupart des votes se font par correspondance, et le vote en personne s’est achevé dimanche à midi, heure locale.
Un «oui» aurait contraint le gouvernement suisse à prendre des mesures pour plafonner la population d’ici 2050.
Si la population atteint 9,5 millions d’habitants avant cette date, le gouvernement serait contraint de restreindre l’asile, le regroupement familial et les permis de séjour, et pourrait devoir renoncer à l’accord entre la Suisse et l’UE sur la libre circulation des personnes.
L’Organisation de coopération et de développement économiques a indiqué que la Suisse comptait 32 % de population née à l’étranger en 2024, juste derrière le Luxembourg et l’Australie parmi les 38 pays membres du groupe.
Les électeurs suisses se sont penchés à plusieurs reprises sur la question de l’immigration au cours des cinquante dernières années. Un seul référendum de ce type — «Contre l’immigration de masse» en 2014 — a été adopté de justesse, après que les militants eurent attisé les craintes concernant la surpopulation et l’augmentation du nombre de musulmans dans le pays.
Si de nombreux pays imposent des limites à l’immigration, aucun n’a jamais voté pour limiter sa population, affirment des experts suisses.
