L’ancien ministre des Affaires étrangères Stéphane Dion estime que le gouvernement fédéral doit renforcer considérablement les effectifs de ses ambassades en Europe afin de donner suite à la série d’accords qu’il a signés avec Bruxelles.
M. Dion, ancien envoyé extraordinaire pour l’Europe, affirme que les plans ambitieux du gouvernement visant à établir des partenariats avec le continent européen pourraient échouer s’il n’y a pas d’échéances claires et de responsables spécifiques tenus de rendre des comptes pour chaque accord.
Il a notamment souhaité que toutes ces ententes soient mises en œuvre.
«À Ottawa, à Bruxelles et dans les capitales européennes, on a du travail à faire. Il faut veiller à ce que les engagements se traduisent par des mesures concrètes», a lancé M. Dion aux membres du comité sénatorial sur les affaires étrangères, mercredi.
M. Dion a applaudi la décision du premier ministre Mark Carney de nommer un représentant personnel pour la mise en œuvre des engagements pris avec l’Union européenne en matière de défense, de commerce et de recherches. Bruxelles a aussi nommé son propre représentant.
Toutefois, il a souhaité qu’une personne soit nommée de chaque côté qui serait publiquement imputable pour chaque entente signée par le Canada et l’Union européenne, car on ne sait pas exactement combien d’entre elles ont porté leurs fruits.
Il a également noté que les entreprises canadiennes ne profitent pas encore du plein potentiel de l’Accord économique et commercial global entre le Canada et l’Union européenne qui est entré en vigueur en 2017.
«Je suggère donc que pour chaque accord signé, deux hauts fonctionnaires, l’un canadien, l’autre européen, soient responsables de sa mise en œuvre, avec des objectifs et des échéances.»
Il a déploré que le Canada comptât moins de diplomates sur le continent que les autres pays du G-7 et même que des pays comparables ayant moins d’influence. Il a exhorté le gouvernement canadien à concentrer ses réductions dans le service diplomatique sur le personnel travaillant au pays plutôt que sur celui basé à l’étranger.
La Presse Canadienne avait rapporté le moins dernier que les compressions au sein du Service extérieur canadien affectaient de manière disproportionnée les postes basés à l’étranger, ces postes à rotation étant supprimés trois fois plus rapidement que ceux du personnel d’Affaires mondiales Canada basé au Canada.
«Nous sommes rachitiques, comparés même à des pays qui ne sont pas membres du G7», a témoigné l’ancien ministre.
Les commentaires de M. Dion font suite à ceux de l’ancien chef des forces armées canadiennes, Wayne Eyre, qui a déclaré que le gouvernement fédéral devait cesser de réduire ses effectifs diplomatiques pour augmenter les dépenses de défense.
M. Dion a également rejeté l’idée d’une adhésion du Canada à l’Union européenne, une question qui a été soulevée à plusieurs reprises ces derniers mois, mais que Bruxelles juge impossible pour des raisons géographiques.
Adhérer à l’Union européenne est une fausse bonne idée, a-t-il lancé.
Il a fait valoir que certains pays de l’Union européenne n’avaient pas encore ratifié l’accord de 2017. Et que dix autres souhaitent adhérer à l’Union européenne. Si le Canada s’y joint, il devra céder une partie de sa souveraineté à Bruxelles et débattre de la représentation des provinces.
«Nous n’accepterons jamais de perdre notre souveraineté», rappelle-t-il. Il ajoute qu’une telle adhésion nécessiterait d’amender la Constitition.
«Ensuite, le Canada serait la moitié d’un pays. Nous devons donc donner plus que ce que nous avons reçu. Et vous savez à quel point c’est compliqué, les paiements, les transferts entre les provinces et le fédéral. Imaginez commencer cela avec l’Europe.»
M. Dion a déclaré que l’adhésion à l’UE signifierait renoncer à la souveraineté et entraînerait des conflits internes sur la manière dont les responsables et les intérêts provinciaux seraient représentés en Europe.
Geneviève Tuts, l’ambassadrice de l’Union européenne au Canada, a rappelé aux sénateurs que l’Union européenne n’acceptait que des membres situés sur le continent européen.
Achim Hurrelmann, co-directeur du Centre des études européennes à l’Université Carleton, a dit aux sénateurs que l’idée de joindre l’Union européenne était une distraction du travail à réaliser pour améliorer les relations entre le Canada avec cette entité.
«Je trouve le débat médiatique sur l’adhésion du Canada assez irritant, ainsi que la façon dont certains politiciens européens l’ont utilisé sur le ton de la plaisanterie. C’est plutôt irritant. Je crois que ce débat pourrait devenir très dangereux sur le plan politique, surtout dans le contexte du séparatisme en Alberta.»
Stéphane Dion a recommandé que le Canada devienne membre à part entière de la communauté politique européenne, une instance informelle de coopération intergouvernementale visant à renforcer la sécurité, la stabilité et la prospérité du continent.
Selon lui, le gouvernement fédéral pourrait aussi exercer des pressions pour que le Canada soit admis au sein du programme de recherches de l’Union européen qui remplacera l’an prochain le partenariat déjà en place.

