Le capitaine du traversier dont le naufrage dimanche au large de la République turque de Chypre du Nord (RTCN) a fait huit morts, tandis que 20 personnes sont portées disparues, a été placé lundi en garde à vue, cependant que les recherches se poursuivent en eaux profondes.
Les autorités de cette république autoproclamée, qui ont décrété trois jours de deuil national, ont précisé que les huit personnes ayant péri et dix-huit de celles portées disparues — dont des enfants — étaient toutes de nationalité turque, les deux autres étant originaires de la RTCN.
Selon l’agence de presse étatique turque Anadolu, le capitaine, arrêté avec 15 autres personnes dont des membres de l’équipage, a déclaré à un juge que la proue de son navire s’était brisée sous l’effet des vagues peu après son départ dimanche de Kyrenia (Girne, en turc), sur la côte nord de la RTCN.
Un total de 267 personnes (passagers et équipage) se trouvaient au moment du drame à bord du Filo Jet, un catamaran dit «perce-vagues» qui se dirigeait vers le port turc de Tasucu (sud), selon les autorités locales. 239 d’entre elles ont pu être secourues dimanche avant que le traversier ne coule à plus de 500 mètres de profondeur.
Le président de la RTCN, reconnue par la seule Turquie, Tufan Erhürman, a fait état lundi du déploiement de plongeurs dans la zone du naufrage. Deux navires turcs spécialisés, dont l’un arrivera mardi, permettront de descendre jusqu’à l’épave afin d’y prendre des images et de remonter d’éventuelles victimes, a-t-il ajouté.
«Nous avons contacté toutes les familles, aussi bien celles des personnes qui ont perdu la vie que celles des personnes que nous n’avons pas encore pu localiser», a-t-il déclaré à la presse, promettant de faire «toute la lumière» sur la catastrophe.
Aucun bilan définitif ne sera communiqué lundi, a-t-il souligné.
«Ma fille m’a glissé des mains»
Le traversier, parti à la mi-journée dimanche, a commencé à prendre l’eau à quatre milles marins (7,4 km) des côtes chypriotes. Le capitaine a alors tenté de regagner le port de Kyrenia, avant que le bateau ne chavire.
Des témoins ont dit avoir entendu un bruit semblable à une explosion à l’avant du traversier, tandis que des vidéos amateurs ont montré le navire couché, à demi-immergé, des passagers juchés sur un flanc en attendant les secours, avant qu’il ne coule.
Plusieurs passagers ont affirmé que le bateau ne comptait pas suffisamment de gilets de sauvetage. «Certaines personnes ont dû sauter sans bouée ni gilet. C’était une lutte pour la survie!», a affirmé un jeune homme, Efe Mültici, à la chaîne de télévision CNN Türk.

Selon le quotidien turc Sabah, l’une des victimes, un gendarme turc nommé Fahri Ates, est retourné à l’intérieur du navire pour tenter de trouver des gilets de sauvetage pour sa femme et leur enfant, avant d’être pris au piège. Son épouse et leur enfant ont quant à eux pu être sauvés.
«J’ai perdu deux de mes enfants. Ma fille m’a glissé des mains, juste sous mes yeux», a raconté en larmes à l’agence de presse turque DHA Ayten Biçer, dont le fils de six ans, Mehmet, et la fille de 12 ans, Saliha, sont portés disparus.
Le navire a été construit au tournant des années 2000 par Iris Catamarans, une filiale du groupe français Fountaine Pajot liquidée en 2008, a expliqué lundi à l’AFP le fondateur de ce chantier naval Jean-François Fountaine. Il a dit ne disposer d’aucune information sur le naufrage.
La RTCN a proclamé son indépendance en 1983, neuf ans après l’invasion par l’armée turque du nord de Chypre, à la suite d’un coup d’État nationaliste chypriote soutenu par la Grèce. Elle occupe environ un tiers de l’île.
