Les ossements de Saint François d’Assise ont été exposés dimanche au public pour la première fois. Cette exposition couronne 800 ans d’histoire et confirme l’attrait durable que suscite auprès des chrétiens la vénération des reliques d’un saint.
Près de 400 000 personnes s’étaient inscrites à l’avance pour voir les fragments d’os, conservés dans une fine vitrine en verre acrylique pare-balles, dans la basilique inférieure Saint-François, située dans la ville ombrienne perchée sur une colline et rendue célèbre par le moine médiéval.
Les Franciscains ont décidé d’exposer les reliques pendant un mois, jusqu’au 22 mars, afin de célébrer le 800e anniversaire de la mort de saint François en 1226. L’objectif est de raviver son message de paix et de fraternité qui a fait de lui l’un des saints chrétiens les plus aimés et qui a inspiré le pape François à prendre son nom, le premier pape à le faire.
L’exposition de sa dépouille est particulièrement remarquable compte tenu de l’histoire mouvementée du corps de saint François, fils d’un riche marchand, né en 1182, qui a renoncé à tous ses biens pour vivre comme moine mendiant.
À la fin de sa vie, le corps de saint François aurait reçu les stigmates, premier cas documenté d’un saint portant les marques du Christ en croix.
Après sa mort, sa dépouille fut perdue pendant des siècles, après avoir été secrètement enterrée par l’un de ses disciples qui craignait qu’elle ne soit volée lors des conflits autour des reliques, fréquents dans la chrétienté du Moyen Âge. Cette histoire est retracée dans une exposition installée au couvent franciscain, jouxtant la basilique, que les pèlerins peuvent visiter lors de leur pèlerinage devant les reliques.
Une fascination pour les reliques qui n’a rien de macabre
Frère Giulio Cesareo, porte-parole des Franciscains d’Assise, a déclaré que l’exposition n’était pas une célébration morbide. Elle s’inscrit plutôt, a-t-il expliqué, dans la longue tradition chrétienne de vénérer les restes physiques des saints pour ressentir l’esprit qui les habitait.
«Il ne s’agit pas tant de vénérer François, mais plutôt de rencontrer François en vénérant l’Esprit saint qui a rempli cette humanité et l’a rendue capable de se donner, a-t-il affirmé. Et c’est, du moins pour un croyant, une manière de se renouveler dans cette vie.»
Au fil des siècles, la fascination pour les reliques a bien sûr engendré des abus: vols, contrefaçons et ventes en ligne font partie intégrante de leur histoire. Mais cela n’enlève rien à leur emprise sur les fidèles, explique Sean Pilcher, directeur de “Sacra: Reliques des Saints”, une entreprise qui propose des services de conseil et d’authentification à l’Église catholique.
Si les saints sont nos frères et sœurs au ciel, «il est donc logique que nous ayons des objets auxquels nous sommes attachés», dit-il. «Le rôle de l’Église est simplement de canaliser ce désir naturel de connexion et d’appartenance que nous avons tous et de le conduire vers le Christ.»
Ce qui est frappant de nos jours, c’est la petite taille apparente de saint François: sa santé fragile et sa malnutrition sont connues, et la finesse de son squelette semble confirmer cette impression.
Pour Fiorella Farina, habitante du nord de Reggio Emilia, si dévouée à saint François qu’elle a acheté une maison de campagne à Assise et prénommé ses enfants Francesco et Francesca, cette exposition est une occasion unique.
«Rien que d’en parler, j’en ai la chair de poule, confie-t-elle devant la basilique. C’est un événement que je ne pouvais pas manquer.»
Saint François, a-t-elle expliqué, a bravé toutes les normes sociales pour vivre le message évangélique de paix, de compassion envers les pauvres et de respect de l’environnement.
«En ce moment historique, nous avons besoin de lui», a-t-elle ajouté.
Un dispositif de sécurité important mais discret
La sécurité était renforcée, mais discrète dimanche matin, alors que les premiers pèlerins passaient les portiques de sécurité avant d’entrer dans la basilique. La police n’a pas souhaité donner de détails, mais a indiqué que des effectifs supplémentaires, des chiens renifleurs, des policiers en civil, des caméras de télévision et d’autres mesures étaient déployés pour protéger les reliques.
Compte tenu de l’histoire du corps de saint François, de telles mesures semblent tout à fait appropriées.
Avant sa mort, saint François avait acquis une telle réputation de sainteté qu’il voyageait avec une escorte armée lors de son dernier retour à Assise, a expliqué frère William Short, professeur de spiritualité chrétienne à la Faculté de théologie franciscaine de l’Université de San Diego.
Des récits contemporains font également état de personnes tendant la main pour saisir des fragments de sa tunique lorsqu’il passait à cheval, croyant que ses reliques pouvaient guérir les malades ou conjurer le mauvais sort, a relaté M. Short lors d’un entretien à la résidence franciscaine de Rome, où il dirige un centre international d’études franciscaines.
À sa mort, le 3 octobre 1226, saint François fut d’abord inhumé dans la petite église San Giorgio d’Assise. Deux ans plus tard, le pape Grégoire IX le canonisa et posa la première pierre d’une basilique destinée à abriter son tombeau.
À la veille du transfert, frère Élie, fidèle serviteur de saint François, a emporté le corps et l’a inhumé secrètement dans la basilique, craignant qu’il ne soit dérobé, a expliqué M. Short. Le corps y est demeuré, dissimulé dans une colonne sans inscription, jusqu’en 1818. C’est alors que des fouilles ont mis au jour les restes et que le pape Pie VII a confirmé qu’il s’agissait bien des ossements de Saint François.
«C’était une question de sécurité et d’économie», a conclu M. Short.
Certaines personnes se sont inscrites pour visiter les reliques dès l’annonce de l’exposition en octobre, et les visites ont été organisées par créneaux de dix minutes à partir de dimanche matin.
Silvanella Tamos a fait le voyage depuis Pordenone, au nord de Venise, jusqu’à Assise avec un groupe de 54 personnes de son diocèse. Ils avaient réservé l’un des premiers créneaux horaires dimanche, à 9 h 30.
«C’est un corps vivant, a-t-elle assuré. Ce n’est pas un corps mort. Il a encore beaucoup à nous dire aujourd’hui.»
