International

Trump et l’extrême droite européenne s’emparent des images à Ceuta pour défendre leur politique

«Souvenez-vous de cette image. Ce sera nous dans trois ans si le mauvais camp l’emporte», a prévenu Donald Trump.

Mis à jour le 

Publié le 

Plus de 60 000 migrants traversent la frontière depuis le Maroc vers l’enclave espagnole de Ceuta Environ 60 000 migrants ont traversé la frontière ces derniers jours entre le Maroc et l’enclave espagnole de Ceuta. Il était difficile vendredi de savoir clairement ce qui a provoqué cette soudaine arrivée en masse de migrants en provenance du Maroc, principalement des jeunes hommes et des adolescents.

Donald Trump et ses lieutenants se sont saisi vendredi des images de milliers de migrants rejoignant l’enclave espagnole de Ceuta pour défendre leur politique anti-immigration et attaquer leurs adversaires de gauche, à l’unisson de l’extrême droite européenne.

«Souvenez-vous de cette image. Ce sera nous dans trois ans si le mauvais camp l’emporte», a averti le président américain auprès de Fox News, à quelques mois d’élections législatives de mi-mandat mal embarquées pour les républicains, au pouvoir à Washington.

«Si les démocrates l’emportent, vous ne vivrez pas une vie très agréable,» a déclaré Donald Trump à la chaîne américaine, des propos rapportés sur X par la reporter Jacqui Heinrich.

De l’autre côté de l’Atlantique, l’Italie de Giorgia Meloni s’est emparée dès jeudi soir du dossier en affirmant vouloir suspendre l’Espagne de l’espace Schengen — même si cela n’est pas possible. «L’Italie ne restera pas les bras croisés» a déclaré la première ministre d’extrême droite, en dénonçant les «images choquantes» de Ceuta.

Plus de 60 000 ont rejoint l’enclave espagnole de Ceuta depuis le Maroc en quelques jours, selon les autorités locales, la plus importante vague d’arrivée de migrants depuis 2021 sur ce territoire de la côte nord de l’Afrique.

Un haut responsable européen a affirmé vendredi à Bruxelles qu’il n’y avait «pas aujourd’hui de mouvements vers le continent européen». Mais, de Washington à Prague, les droites et extrêmes droites occidentales y voient l’occasion de défendre leur position anti-immigration, au cœur de leur programme politique.

Repoussoir pour la droite

«Ces images en provenance d’Espagne sont un rappel malheureux des conséquences des migrations de masse et des politiques mondialistes de la gauche radicale qui ont permis l’invasion de l’Occident», a écrit sur X le vice-président américain JD Vance, porte-voix très idéologue de «L’Amérique d’abord».

Lors du mandat de Joe Biden, les images de migrants traversant la frontière depuis le Mexique tournaient en boucle sur Fox News, la chaîne préférée des conservateurs américains. Jusqu’à 300 000 interpellations mensuelles ont eu lieu, avant que ces chiffres ne baissent sur la fin du mandat du démocrate, jusqu’à retomber à des niveaux quasi-nuls au moment où Donald Trump est revenu à la Maison-Blanche, début 2025.

Cette chute drastique de l’immigration clandestine à la frontière sud du pays est régulièrement célébrée comme une victoire par Donald Trump et ses soutiens, en campagne pour les élections législatives de mi-mandat prévues en novembre, scrutin historiquement difficile pour le parti au pouvoir.

Reprenant les images de cette semaine à Ceuta, le très martial conseiller à la Maison-Blanche Stephen Miller a prévenu jeudi sur X: «Les démocrates ont infligé cela à l’Amérique chaque jour pendant quatre ans sous Biden et le referont tout de suite, mais à une échelle infiniment plus grande, s’ils obtiennent la moindre parcelle de pouvoir national.»

L’Espagne dans le viseur

En Europe, l’extrême droite attaque le gouvernement espagnol de Pedro Sánchez.

Le premier ministre tchèque Andrej Babis, un milliardaire nationaliste allié à des partis d’extrême droite, accuse le gouvernement socialiste à Madrid d’avoir laissé entrer ces migrants «uniquement dans le but d’être réélu».

«L’histoire se répète. En 2015, Angela Merkel a invité les migrants en situation irrégulière à venir en Allemagne pour des raisons politiques, afin de battre les libéraux et les Verts. (…) Le gouvernement espagnol fait aujourd’hui exactement la même chose», a-t-il affirmé, selon une déclaration transmise à l’AFP par le porte-parole du gouvernement.

Même son de cloche pour la Française Marine le Pen.

La candidate du Rassemblement national (RN) à la présidentielle a fustigé sur X ces «entrées massives et coordonnées (…) encouragées par le gouvernement espagnol».

«Ceuta a été laissée en ruines du jour au lendemain», a encore dénoncé sur X la codirigeante de l’extrême droite allemande Alice Weidel, appelant les autorités allemandes à «sécuriser» les frontières du pays.