Les frappes aériennes américaines visant les rebelles houthistes soutenus par l’Iran au Yémen l’année dernière ont tué plus de 150 civils, selon une analyse du Pentagone portant sur ces attaques.
Ce rapport intervient alors que les inquiétudes grandissent concernant les victimes civiles lors des campagnes militaires menées sous l’administration Trump.
Cette évaluation non classifiée, obtenue par l’Associated Press, a été transmise au Congrès dans le cadre d’un rapport annuel sur les victimes civiles et avait déjà été rapportée par NBC News.
Un responsable du Pentagone, qui n’était pas autorisé à parler publiquement sur le sujet et s’est exprimé sous couvert d’anonymat, a déclaré que le ministère soumettrait le rapport dans les mois à venir, mais n’avait rien d’autre à annoncer.
Les victimes civiles des opérations militaires américaines suscitent des inquiétudes, notamment parmi les législateurs du Congrès, après qu’un missile américain a frappé une école primaire iranienne au début de la guerre de cette année, tuant jusqu’à 168 personnes.
Le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, aurait considérablement réduit les effectifs d’un service chargé de limiter les dommages causés aux civils, a rapporté l’AP.
L’enquête du Pentagone s’est concentrée sur trois frappes aériennes menées en avril 2025 dans le cadre de la campagne américaine contre les Houthistes.
Les militants attaquaient des navires commerciaux en mer Rouge, une voie commerciale mondiale cruciale qui mène au canal de Suez et à la Méditerranée, ainsi qu’à Israël.
Ces frappes visaient des forces hostiles situées à l’intérieur ou à proximité de Sanaa, la capitale yéménite contrôlée par les rebelles, ainsi que le port de Ras Isa, précise le rapport. Au total, 153 civils ont été tués et 243 autres blessés.
La frappe sur le port a été la plus meurtrière, faisant 80 morts et 171 blessés. Elle a provoqué d’énormes boules de feu s’élevant vers le ciel et transformé des camions-citernes en épaves en feu.
Les Houthistes ont diffusé des images choquantes des conséquences de la frappe sur leur chaîne d’information par satellite al-Masirah, montrant des cadavres éparpillés dans le port.
Le Commandement central américain, qui supervise les opérations militaires au Moyen-Orient, a mentionné à l’époque que «cette frappe n’avait pas pour but de nuire à la population yéménite».
«Les forces américaines sont intervenues pour éliminer cette source de carburant destinée aux terroristes houthistes soutenus par l’Iran et les priver des revenus illégaux qui financent depuis plus de dix ans les efforts des Houthistes visant à terroriser toute la région», a indiqué le Commandement central américain dans un communiqué publié en avril 2025.
Le commandement a estimé que les trois frappes avaient «très probablement» causé des dommages à des civils, selon l’enquête. Ces informations s’appuyaient sur des sources des services de renseignement américains, des images et des informations provenant de sources ouvertes.
Pas d’indemnités
Il a été établi que le versement d’indemnités de condoléances n’était pas approprié pour ces trois frappes, selon l’enquête du Pentagone, qui n’a toutefois pas expliqué pourquoi.
De telles indemnités peuvent constituer l’une des nombreuses mesures possibles lorsque des opérations militaires américaines blessent ou tuent un civil, précise le rapport, ajoutant qu’elles ne sont pas exigées par la loi et ne constituent pas un aveu de faute.
De telles indemnités ne sont pas sans précédent. À la suite d’une frappe de drone erronée en Afghanistan qui avait tué dix personnes, dont sept enfants, en 2021, le Pentagone avait déclaré qu’il s’engageait à verser des indemnités de condoléances aux proches.
L’armée américaine a lancé ses premières attaques contre les Houthistes en 2023, sous l’administration Biden, après que les militants eurent commencé à tirer des drones et des missiles sur des navires commerciaux en mer Rouge.
Les Houthistes ont affirmé que leurs attaques visaient à mettre fin à la guerre menée par Israël contre le Hamas à Gaza et à soutenir les Palestiniens, bien qu’elles aient eu lieu alors que les Houthistes tentaient de renforcer leur position au Yémen.
La campagne menée par les États-Unis contre les rebelles houthistes s’est transformée en la bataille navale la plus intense à laquelle la Marine ait été confrontée depuis la Seconde Guerre mondiale, ont déclaré des responsables militaires américains et des experts à l’AP en 2024.
Des avions de chasse américains et des destroyers de la Marine ont abattu des drones et des missiles houthistes lancés contre des navires commerciaux et des navires de guerre américains.
Les Houthistes mènent désormais un nombre croissant d’attaques contre les forces gouvernementales au Yémen, les installations pétrolières de l’Arabie saoudite voisine – qui soutient le gouvernement yéménite – ainsi que le trafic maritime du royaume en mer Rouge.
On craint de plus en plus que cette recrudescence de la violence ne ravive la guerre civile au Yémen, après la trêve de 2022, et n’ouvre un nouveau front dans le conflit au Moyen-Orient.
