Frappée à son tour de plein fouet par les incendies de forêts, de maquis et de terres agricoles, la Grèce est sans doute confrontée à «l’une des pires crises liées aux incendies» de la décennie, estime Théodore Giannaros, météorologue à l’Observatoire national grec.
«Je dirais qu’il s’agit sans aucun doute de l’une des pires crises liées aux incendies auxquelles nous ayons dû faire face au cours des 8 à 10 dernières années», déclare-t-il à l’AFP.
«Il faudra cependant attendre la fin de la saison des incendies pour effectuer une comparaison quantitative» et directe en termes de superficies brûlées ou de nombre de foyers d’incendie, explique M. Giannaros.
À qui la faute?
Des centaines de pompiers luttent contre de multiples incendies à travers la Grèce, qui ont fait cinq victimes et brûlé plus de 12 000 hectares de forêts et terres agricoles au cours des deux dernières semaines. Le plus virulent menace depuis vendredi la périphérie nord-ouest d’Athènes, et continuait de flamber lundi, malgré l’accalmie des vents.
Sur l’origine des feux, M. Giannaros estime un peu trop facile de rejeter la faute uniquement sur le changement climatique et les conditions météorologiques.
«Le changement climatique crée en effet des conditions très propices à ce type d’incendies, leur permettant de se propager très facilement et de devenir incontrôlables».
Mais, fait-il valoir, la situation générale en Grèce et dans toute l’Europe met en évidence des défaillances en matière de gestion des terres.
«Ce n’est ni le changement climatique ni les conditions météorologiques qui déclenchent les feux. Malheureusement, 95%, voire davantage, des départs de feu sont dus à l’activité humaine, qu’il s’agisse d’incendies volontaires, de négligence ou d’une mauvaise gestion des terres», souligne le chercheur, spécialiste des feux au sein de l’Observatoire national.
La Grèce a longtemps négligé bon nombre de ses zones rurales et forestières, fait-il remarquer.
«Nous avons abandonné nos zones rurales. Nos forêts ne sont pas gérées efficacement (…). La crise climatique ne fait qu’aggraver le bilan».
«Mégafeu»
Pour M. Giannaros, les incendies au nord-ouest d’Athènes pourraient probablement être classés comme un «mégafeu».
Le terme n’a pas de définition scientifique et est utilisé différemment par les autorités selon les pays, mais il est généralement repris lorsqu’un incendie atteint une ampleur extrême, est incontrôlable, dévastateur, et favorisé par la sécheresse et les fortes chaleurs.
Aux États-Unis, un feu de forêt est ainsi classé «mégafeu» lorsqu’il a brûlé plus de 10 000 hectares.
«D’après une évaluation préliminaire des données satellitaires, il semble que cet incendie particulier, dans l’ouest de l’Attique, va dépasser ce seuil», observe le chercheur, qui juge «très probable que nous finissions par le classer comme un mégafeu».
Du terrible incendie de Mati en 2018 à l’énorme incendie de l’Evros en 2023, la Grèce a subi une succession de catastrophes incendiaires dévastatrices entre 2018 et 2025, consolidant ainsi le statut de la Méditerranée orientale comme l’une des régions d’Europe les plus vulnérables aux feux de forêt.
Le pays a été frappé par une vague de chaleur exceptionnelle en 2021, qui a déclenché des incendies de forêt ayant ravagé une grande partie du nord de l’île d’Eubée, dans la région d’Athènes, et détruit des dizaines de milliers d’hectares de forêt. Ce sinistre a par la suite été qualifié de «mégafeu».
L’arme législative
Interrogé sur les systèmes grecs de prévision et d’alerte des risques d’incendie, M. Giannaros juge que des progrès significatifs ont été réalisés ces dernières années.
«La dernière avancée qui me rend quelque peu optimiste est que la Grèce dispose désormais d’une nouvelle loi sur la protection civile», précise-t-il, en référence à la loi «Active Battle» (Bataille active) adoptée par le Parlement ce printemps.
«Malheureusement, le délai entre l’adoption de la loi et le début de la saison des incendies a été très court, de sorte qu’elle n’a pas encore été pleinement mise en œuvre».
La Grèce est-elle mieux préparée aujourd’hui que les années précédentes? «Je veux croire que la réponse est oui», répond le chercheur, tout en soulignant qu’il reste encore beaucoup à faire.
Selon lui, la nouvelle loi constitue un outil supplémentaire important en instaurant un plan intégré de gestion des incendies sur dix ans. «Elle garantit que notre approche de la gestion des feux de forêt ne changera pas en cas de changement de gouvernement, ce qui est vraiment essentiel».
