Les pompiers français et espagnols affrontent dimanche un «orage de feu» et de gigantesques incendies qui ont forcé plus de 325 000 personnes à fuir, près de Bordeaux, dans le sud-ouest de la France, où 240 maisons ont brûlé et où les flammes sont à 15 km de l’agglomération, mais aussi dans plusieurs régions espagnoles.
Les pourtours du bassin d’Arcachon, très fréquenté par les touristes, font face à un redoutable «pyrocumulonimbus» appelé «orage de feu» : la chaleur intense monte en colonne et rencontre des masses d’air plus froides au sommet, «avec une auto-combustion de tout ce qui passe sur son chemin. Des éclairs se forment à l’intérieur, qui attaquent les braises au sol et continuent à alimenter l’incendie», explique à l’AFP le lieutenant-colonel Éric Brocardi.
Les pompiers jouent en défense, selon une image de ce porte-parole de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers: «c’est une stratégie de guerre, on n’arrête pas de se faire bombarder et il faut mettre tout le monde à l’abri».
Le brasier géant a englouti 240 habitations, dont 170 dans la seule commune du Porge, et quelque 220 000 personnes ont été évacuées depuis mercredi.
De nombreux bénévoles assistent ces réfugiés du feu, comme Yannick Poulet. «Il faut aider tous ceux qu’on peut aider pour sauver les habitants, sauver nos bois, nos villages et nos villes. C’est une petite aide dans cet océan de besoins», décrit ce fonctionnaire territorial de 59 ans.
Ils réconfortent aussi une trentaine de pompiers venus en renfort du département voisin des Deux-Sèvres, en pause en bordure d’un lac où se ravitaillent des Canadair, «pour prendre une bouffée d’air», après une autre longue nuit, explique leur chef de groupe, le lieutenant Nicolas Bouvet.
«On est très bien accueillis, les gens nous soutiennent, et c’est important», ajoute ce soldat du feu qui n’a dormi que quatre heures depuis vendredi soir et avoue n’avoir jamais eu à combattre un si grand incendie.
En Gironde, sur la côte atlantique française, les flammes ont parcouru à ce jour 42 000 hectares (quatre fois la superficie de Paris). Elles sont désormais «à 15 kilomètres» de la métropole bordelaise (850 000 habitants), mais une évacuation de la ville n’est «pas à l’ordre du jour», a réaffirmé son maire Thomas Cazenave.
Dans cette zone réputée dans le monde entier pour son vignoble, il est «très probable» qu’il s’agisse de l’opération d’évacuation de civils la plus importante jamais menée en France, hors conflit, selon le gouvernement. Le feu figure déjà parmi les plus importants en France depuis la Deuxième Guerre mondiale.
Une fumée orangée obscurcit le ciel de Bordeaux et l’odeur de brûlé atteignait les rues.
Situation «très défavorable»
Au Porge, entre la station balnéaire chic du Cap Ferret et Bordeaux, les images aériennes de l’AFP témoignent de la violence du feu : des rangées de maisons ravagées, des voitures carbonisées et des bâtiments entièrement détruits.
Non loin, le tissu d’industries de défense et de sites scientifiques autour de l’aéroport de Bordeaux-Mérignac, avec poudrerie, usine de missiles et centres de recherches, est désormais sous haute surveillance, exposé à l’incendie massif.
Dans cette région qui compte le plus de campings en France, 45 établissements ont été évacués, représentant environ 40 000 campeurs.
L’incendie perturbe également fortement les transports, une autoroute est fermée sur 60 kilomètres et le trafic ferroviaire interrompu.
Dans le département voisin des Landes, où le feu est «mieux contenu mais pas fixé», il y a déjà eu 30 000 évacuations.
«La situation demeure très défavorable» sur le front des incendies en Gironde, mais aussi dans les Landes et le Var (sud-est), a affirmé le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez.
Une inquiétude renforcée par les prévisions météorologiques. Une nouvelle vague de canicule s’annonce et les pompiers approchent d’un «impossible opérationnel», explique le lieutenant-colonel Éric Brocardi.
Les forêts s’enflamment d’autant plus facilement que la végétation et les sols européens sont très secs depuis des mois, phénomène accentué par les canicules exceptionnelles qui ont traversé le continent en juin et en juillet et fait évaporer davantage d’eau.
C’est bien le changement climatique, causé principalement par la combustion continue du pétrole, du charbon et du gaz, qui rend la sécheresse actuelle plus sévère, ont conclu des climatologues du groupe World Weather Attribution dans une étude publiée jeudi.
«Heures difficiles» en Espagne
De terribles incendies font également rage en Espagne, où le premier ministre, Pedro Sánchez a affirmé dimanche que des «heures difficiles» étaient à venir, mais a noté des évolutions positives dans la nuit dans la maîtrise des feux autour de Madrid.
Il a aussi renouvelé son appel à un «pacte» national pour lutter contre les effets du changement climatique.
Mais Juan Manuel Moreno, 71 ans, originaire du village d’Aldea del Fresno, dans la région de Madrid, ne veut pas entendre parler de fatalité. Il montre à l’AFP des photos sur son téléphone des inondations qui ont submergé sa cour en 2023 et de la tempête Filomena qui a recouvert sa maison de neige en 2021.
Aujourd’hui, à l’autre extrémité du spectre des catastrophes naturelles, les feux de forêt l’ont obligé à évacuer son village et à se réfugier dans un gymnase de la ville voisine de Villamanta.
«Nous accumulons ici une quantité de problèmes. Mais ces choses peuvent être évitées, estime-t-il. La plus grande partie de l’Espagne est boisée, qu’on ne me dise pas qu’elle est propice aux incendies : c’est parce que rien n’est nettoyé.»
Si l’incendie d’Avila près de Madrid est le plus grand de l’histoire récente du pays (25 000 ha ravagés, 60 000 personnes évacuées), le feu a fait une première victime samedi près de Valence dans l’est de l’Espagne, dans un autre incendie.
La secrétaire générale de la Protection civile Virginia Barcones a évoqué «un incendie monstre» sur un périmètre de 280 km qui s’étale de la région de Madrid aux provinces d’Ávila (Castille-et-León) et de Tolède (Castille-La Manche) que «l’ensemble de l’appareil d’État combat de toutes ses forces», a-t-elle déclaré à la télévision publique espagnole.