Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a déclaré qu’il serait prêt à retirer ses troupes du cœur industriel de l’est du pays dans le cadre d’un plan visant à mettre fin à la guerre menée par la Russie — à condition que Moscou se retire également et que la région devienne une zone démilitarisée surveillée par les forces internationales.
Cette proposition offre une nouvelle réponse potentielle à la question du contrôle de la région du Donbass, qui a été un point de discorde majeur dans les négociations de paix.
M. Zelensky a indiqué que les États-Unis avaient proposé la création d’une «zone économique libre», qui, selon lui, devrait être démilitarisée. Les implications de ce projet quant à la gouvernance et le développement de la région ne sont cependant pas claires.
Un accord similaire pourrait être envisagé pour la zone autour de la centrale nucléaire de Zaporijia, actuellement sous contrôle russe, a noté M. Zelensky. Il a ajouté que tout plan de paix devrait être soumis à un référendum.
M. Zelensky s’est adressé mardi aux journalistes pour décrire le plan global en 20 points que les négociateurs ukrainiens et américains ont élaboré ces derniers jours en Floride, tout en précisant que de nombreux détails étaient encore en cours de discussion.
La Russie n’a donné aucune indication quant à l’idée de se retirer des territoires qu’elle a conquis. En fait, Moscou a insisté pour que l’Ukraine renonce au territoire qu’elle détient encore dans le Donbass, un ultimatum que l’Ukraine a rejeté. La Russie a conquis la majeure partie de Louhansk et environ 70 % de Donetsk, les deux régions qui composent le Donbass.
Interrogé sur ce plan, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a indiqué que Moscou exposerait sa position en fonction des informations reçues par l’envoyé spécial du président russe, Kirill Dmitriev, qui a rencontré des émissaires américains en Floride le week-end dernier.
M. Peskov a refusé de donner plus de détails.
Les négociateurs américains ont engagé une série de pourparlers séparés avec l’Ukraine et la Russie depuis que le président américain Donald Trump a présenté le mois dernier un plan visant à mettre fin à la guerre. Sa proposition est considérée pas plusieurs comme favorable à Moscou. L’Ukraine et ses alliés européens ont depuis tenté de raccorder ce plan à la position de Kyiv.
M. Zelensky a déclaré que la question du contrôle de la région du Donbass était «le point le plus difficile».
La gestion de la centrale nucléaire de Zaporijia, la plus grande d’Europe et actuellement sous occupation russe, constitue un autre sujet de discorde. Les États-Unis proposent un consortium avec l’Ukraine et la Russie, chaque partie détenant une participation égale dans l’entreprise.
Mais M. Zelensky a répliqué en proposant une coentreprise entre les États-Unis et l’Ukraine, dans laquelle les Américains pourraient décider de la répartition de leur part, en supposant qu’elle reviendrait à la Russie.
«Nous n’avons pas trouvé de consensus avec la partie américaine concernant le territoire de la région de Donetsk et la centrale nucléaire de Zaporijia, a déclaré le président Zelensky. Mais nous avons considérablement rapproché nos positions sur la plupart des points. En principe, tous les autres points de consensus de cet accord ont été trouvés entre nous et eux.»
Une zone économique spéciale
Le point 14, qui concerne les territoires traversant la ligne de front orientale, et le point 12, relatif à la gestion de la centrale de Zaporijia, seront probablement les principaux points de discorde des négociations.
M. Zelensky a affirmé: «Nous sommes dans une situation où les Russes veulent que nous quittions la région de Donetsk, et les Américains cherchent une solution qui ne soit pas une véritable sortie, car nous sommes opposés à un départ. Ils souhaitent créer une zone démilitarisée ou une zone économique spéciale, c’est-à-dire un format qui prenne en compte les points de vue des deux parties.»
Le projet d’accord prévoit le gel de la ligne de contact, qui traverse cinq régions ukrainiennes, une fois l’accord signé.
L’Ukraine maintient que toute tentative de création d’une zone économique spéciale doit être ratifiée par référendum, affirmant ainsi que le peuple ukrainien détient en dernier ressort le pouvoir de décision, a soutenu M. Zelensky. Ce processus nécessitera 60 jours, a-t-il précisé, période pendant laquelle les hostilités devront cesser.
Des discussions plus délicates devront porter sur la question du retrait des troupes, conformément à la proposition ukrainienne, et sur le déploiement des forces internationales. M. Zelensky a conclu en affirmant que, finalement, «le peuple pourra choisir: cette issue nous convient-elle ou non ?»
Le projet propose également le retrait des forces russes des régions de Dnipropetrovsk, Mykolaïv, Soumy et Kharkiv, ainsi que le déploiement de forces internationales le long de la ligne de contact afin de surveiller la mise en œuvre de l’accord.
«Puisqu’il n’y a plus confiance dans les Russes, et qu’ils ont maintes fois manqué à leurs promesses, la ligne de contact actuelle se transforme de facto en zone économique spéciale. La présence de forces internationales est donc nécessaire pour garantir que personne n’y pénètre sous quelque prétexte que ce soit», a déclaré M. Zelensky.
La centrale de Zaporijia
L’Ukraine propose également que la ville occupée d’Enerhodar, reliée à la centrale électrique de Zaporijia, devienne une zone économique spéciale démilitarisée, a indiqué M. Zelensky. Ce point a nécessité 15 heures de discussions avec les États-Unis, a-t-il précisé.
Pour l’instant, les États-Unis proposent une exploitation conjointe de la centrale par l’Ukraine, les États-Unis et la Russie, chaque partie percevant des dividendes.
«Les États-Unis offrent 33 % contre 33 %, ou 33 %, et les Américains seraient le principal gestionnaire de cette coentreprise, a-t-il expliqué. Il est clair que pour l’Ukraine, cette proposition paraît peu réaliste et peu susceptible de mener des échanges commerciaux avec les Russes après tout ce qui s’est passé.»
L’Ukraine a proposé une autre solution: une coentreprise avec les États-Unis, dans laquelle les Américains pourraient décider librement de la répartition de leur participation de 50 %.
M. Zelensky a indiqué que des milliards d’investissements seraient nécessaires pour remettre la centrale en marche, notamment pour la restauration du barrage adjacent.
«Nous avons discuté de la centrale pendant une quinzaine d’heures. Ce sont des sujets très complexes.»
Les garanties de sécurité
Ce document garantit à l’Ukraine des garanties de sécurité «solides», similaires à l’article 5 de l’OTAN, qui obligerait ses partenaires à intervenir en cas de nouvelle agression russe.
M. Zelensky a dit qu’un accord bilatéral distinct avec les États-Unis détaillerait ces garanties. Cet accord précisera les conditions de mise en œuvre de la sécurité, notamment en cas de nouvelle offensive russe, et établira un mécanisme de surveillance du cessez-le-feu.
Ce mécanisme s’appuiera sur la technologie satellitaire et des systèmes d’alerte précoce pour assurer une surveillance efficace et une capacité de réaction rapide.
«Les États-Unis considèrent qu’il s’agit d’une mesure sans précédent prise à l’égard de l’Ukraine. Ils estiment apporter de solides garanties de sécurité», a-t-il déclaré.
Le projet d’accord contient d’autres éléments, notamment le maintien des effectifs de l’armée ukrainienne à 800 000 hommes en temps de paix et la fixation d’une date précise pour l’adhésion à l’Union européenne.
Élections et relance économique
Le document propose d’accélérer la conclusion d’un accord de libre-échange entre l’Ukraine et les États-Unis dès sa signature. Les États-Unis souhaitent un accord similaire avec la Russie, a fait valoir M. Zelensky.
L’Ukraine veut bénéficier d’un accès privilégié à court terme au marché européen et d’un solide programme de développement international, couvrant un large éventail d’intérêts économiques, notamment un fonds de développement destiné à investir dans des secteurs tels que les technologies, les centres de données, l’intelligence artificielle et le gaz.
Des fonds sont également prévus pour la reconstruction des territoires détruits par la guerre.
L’objectif est de mobiliser 800 milliards $ grâce à des prises de participation, des subventions, des prêts et des contributions du secteur privé.
Le projet de proposition prévoit également la tenue d’élections en Ukraine après la signature de l’accord. «C’est la vision des partenaires», a dit M. Zelensky.
L’Ukraine demande également la libération immédiate de tous les prisonniers détenus depuis 2014, ainsi que le retour en Ukraine des détenus civils, des prisonniers politiques et des enfants.
