Les employeurs américains ont ralenti le rythme de leurs embauches le mois dernier et n’ont créé que 57 000 emplois, soit moins de la moitié du total du mois précédent, ce qui témoigne de la prudence qui continue de prévaloir chez les entreprises quant aux perspectives économiques.
Le ministère du Travail a indiqué jeudi que le taux de chômage avait baissé à 4,2 %, son plus bas niveau, contre 4,3 % en mai, même si cette baisse s’explique principalement par le fait que de nombreuses personnes sans emploi ont cessé de chercher du travail et ne sont donc plus comptabilisées comme chômeurs.
Ces chiffres suggèrent que les entreprises restent méfiantes quant à la santé de l’économie, alors que l’inflation atteint son plus haut niveau depuis trois ans et que la confiance des consommateurs est proche de ses plus bas niveaux depuis la fin de la pandémie.
Le marché de l’emploi est enlisé dans une ornière caractérisée par «peu d’embauches et peu de licenciements», dans laquelle les salariés bénéficient d’une certaine sécurité de l’emploi grâce à un faible taux de licenciements, mais où les chômeurs peinent à trouver un emploi.
La forte vague d’embauches observée au printemps avait laissé espérer que l’économie sortait de cette dynamique, mais le rapport publié jeudi suggère que la création d’emplois reste modérée.
«Nous sommes dans un marché qui reste très fragile et toujours vulnérable aux chocs», a mentionné Nicole Bachaud, économiste du travail chez ZipRecruiter, une plateforme d’emploi en ligne.
«Il y a encore beaucoup d’hésitation de la part des employeurs et des travailleurs eux-mêmes à prendre des initiatives», a-t-elle ajouté.
Elle a souligné que d’autres données gouvernementales montrent que les entreprises publient davantage d’offres d’emploi, mais ne les pourvoient pas.
La situation de l’emploi s’est améliorée par rapport à l’année dernière, où les employeurs créaient en moyenne moins de 10 000 emplois par mois.
Au cours du premier semestre de cette année, ce rythme s’est accéléré pour atteindre 92 000. Cependant, les hausses d’emploi satisfaisantes initialement annoncées en avril et en mai ont été revues à la baisse, passant de 172 000 à 129 000 en mai et de 179 000 à 148 000 en avril.
Les restaurants, les bars et les hôtels ont supprimé 61 000 emplois, ce qui constitue une vive déception pour ceux qui s’attendaient à ce que la Coupe du monde, qui se déroule actuellement dans plusieurs villes américaines, entraîne au moins des créations d’emplois temporaires.
Le secteur de la vente au détail a également supprimé 7500 emplois.
Chad Moutray, économiste en chef de la National Restaurant Association, a précisé que les entreprises membres constataient des signes indiquant que les consommateurs réduisaient leurs sorties au restaurant, en particulier en dehors des ménages à revenus élevés.
De nombreux Américains s’inquiètent de l’impact de l’intelligence artificielle sur l’emploi, mais, pour l’instant, l’IA pourrait en réalité créer des emplois.
Le mois dernier, les services professionnels et aux entreprises, une catégorie qui inclut l’architecture, l’ingénierie et le développement de logiciels — des métiers censés être vulnérables à l’IA — ont créé 36 000 emplois.
Le secteur de la santé, qui est le plus grand créateur d’emplois de l’économie, a créé près de 47 000 postes.
Les secteurs de l’industrie ont créé un nombre modeste d’emplois, les entreprises manufacturières ayant créé 3000 postes et les entreprises de construction 11 000.
La Réserve fédérale pourrait rester en retrait
Le rapport publié jeudi suggère que la création d’emplois et la hausse des salaires ne s’accélèrent pas suffisamment pour aggraver les pressions inflationnistes dans l’économie, ce qui pourrait permettre à la Réserve fédérale de maintenir son taux directeur inchangé à son niveau actuel d’environ 3,6 %.
Auparavant, de nombreux investisseurs de Wall Street s’attendaient à ce que la banque centrale relève son taux directeur cette année, alors que les embauches semblaient s’accélérer.
La perspective d’une absence de hausse des taux a stimulé le marché boursier en milieu de matinée, l’indice S&P 500 progressant de 0,7 %.
«Les données d’aujourd’hui tombent à point nommé pour les marchés: elles sont suffisamment solides pour apaiser les inquiétudes concernant la croissance, mais suffisamment modérées pour réduire la probabilité d’une hausse des taux», a déclaré Eric Winograd, économiste en chef pour les États-Unis chez AB Global, une société de gestion d’actifs.
Le président de la Fed, Kevin Warsh, a réaffirmé mercredi au Portugal qu’il s’efforcerait de ramener l’inflation à l’objectif de 2 % fixé par la Fed, sans toutefois se prononcer sur la question de savoir si la Fed relèverait ses taux lors de sa prochaine réunion, prévue plus tard ce mois-ci.
