La cheffe de l’opposition bélarusse en exil s’est rendue lundi à Kyiv, alors que la capitale ukrainienne se remettait de la plus importante attaque de missiles menée par la Russie cette année, et que les dirigeants mondiaux observaient de près l’ampleur du soutien que le gouvernement bélarusse est prêt à apporter à l’invasion de Moscou.
La Russie et son allié, le Bélarus, ont mené des exercices nucléaires communs la semaine dernière. Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a multiplié les mises en garde ces derniers jours, craignant que le Bélarus ne serve de base arrière à la Russie pour ouvrir un nouveau front dans le nord de l’Ukraine. Lors de l’invasion du 24 février 2022, des troupes russes ont pénétré en Ukraine depuis le territoire biélorusse.
Autre signe des inquiétudes croissantes quant au rôle du Bélarus: le président français, Emmanuel Macron, s’est entretenu par téléphone dimanche avec le président biélorusse, Alexandre Loukachenko. Il s’agissait de leur premier échange téléphonique depuis le début du conflit.
Alors que l’invasion à grande échelle dure depuis plus de quatre ans, l’armée russe est engagée dans une lutte acharnée et coûteuse sur une ligne de front de 1250 kilomètres qui serpente principalement à travers l’est et le sud de l’Ukraine.
«La Russie est dans une impasse sur le champ de bataille, alors elle terrorise l’Ukraine en lançant des frappes délibérées sur les centres-villes», a déploré Kaja Kallas, cheffe de la diplomatie européenne, dans la foulée des bombardements de la fin de semaine qui ont fait deux morts et endommagé des bâtiments dans la capitale ukrainienne.
Avec une pénurie de missiles de défense aérienne de fabrication américaine due au conflit contre l’Iran, il est plus difficile pour l’Ukraine d’intercepter les missiles russes. Parallèlement, les efforts américains pour mettre fin aux combats n’ont guère progressé et sont désormais au point mort.
Les yeux rivés sur le Bélarus
La cheffe de l’opposition bélarusse, Sviatlana Tikhanovskaïa, est arrivée en train à Kyiv pour sa première visite dans la ville, au lendemain d’un entretien téléphonique entre le président français Emmanuel Macron et le président du Bélarus, Alexandre Loukachenko.
Le dirigeant français «a souligné les risques pour le Bélarus de se laisser entraîner dans la guerre d’agression menée par la Russie en Ukraine», selon un conseiller présidentiel du bureau de M. Macron qui s’est exprimé sous le couvert de l’anonymat, conformément aux pratiques de l’Élysée.
M. Macron s’est également entretenu dimanche avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky.
Un communiqué laconique publié par le service de presse de la présidence du Bélarus indique que l’entretien a eu lieu «à l’initiative de la partie française» et que les deux dirigeants ont discuté de «questions régionales», ainsi que des relations du Bélarus avec l’Union européenne et la France.

«L’objectif principal est d’avertir Loukachenko que l’entraînement du Bélarus dans la guerre serait inacceptable», a indiqué Mme Tikhanovskaïa à l’Associated Press.
«Le régime Loukachenko sait très bien ce qu’il faut faire pour améliorer les relations avec l’Union européenne, mais cela ne se produit pas; au contraire, les attaques hybrides, le chantage nucléaire et les menaces pesant sur toute la région se poursuivent», a-t-elle déploré.
M. Loukachenko, qui dirige son pays d’environ 9,5 millions d’habitants d’une main de fer depuis plus de 30 ans, dépend du Kremlin pour l’énergie à bas prix, les prêts et d’autres formes de soutien. Les pays occidentaux ont imposé à plusieurs reprises des sanctions contre le Bélarus, notamment pour la répression des droits de la personne et pour avoir permis à Moscou d’utiliser son territoire pour envahir l’Ukraine.
Plus récemment, M. Loukachenko s’efforce d’améliorer ses relations avec l’Occident. Depuis le retour du président Donald Trump à la Maison-Blanche, il a libéré des centaines de prisonniers politiques dans le cadre d’accords qui ont levé certaines sanctions américaines.
Un missile hypersonique sur l’Ukraine
Les bombardements intensifs de dimanche incluaient notamment le puissant missile balistique hypersonique russe Oreshnik, capable de transporter plusieurs ogives. Le président russe, Vladimir Poutine, s’est vanté de sa capacité à atteindre une vitesse dix fois supérieure à celle du son et à déjouer les systèmes de défense aérienne.
Le président Zelensky a déclaré que les services de renseignement ukrainiens avaient reçu des informations des États-Unis et de pays européens selon lesquelles la Russie se préparait à lancer un Oreshnik.
Hormis les deux morts, au moins 91 personnes ont été blessées lors du bombardement de dimanche, selon Tymur Tkachenko, directeur de l’administration municipale de Kyiv.
Cette attaque intense a endommagé des bâtiments dans toute la ville, notamment à proximité de bureaux gouvernementaux, d’immeubles résidentiels, d’écoles et d’un marché, selon les autorités ukrainiennes. Des éclats de verre jonchaient encore les trottoirs, lundi.
Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andrii Sybiha, a conduit lundi une délégation d’ambassadeurs de plus de 70 pays sur les lieux des frappes à Kyiv. Il a exhorté la communauté internationale à accentuer la pression sur Moscou et à veiller à ce que l’Ukraine reçoive un soutien accru en matière de défense aérienne.
