Les dirigeants de l’Union européenne n’ont pas réussi à s’entendre sur la mise en place d’un canal de communication parallèle avec Moscou afin de garantir la protection des intérêts de l’Union, au cas où des progrès seraient réalisés dans les négociations visant à mettre fin à la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine, ont déclaré certains d’entre eux, vendredi.
Le président du Conseil européen, António Costa, qui a présidé ce sommet de deux jours, avait chargé son cabinet de prendre contact avec le Kremlin et proposé qu’un haut fonctionnaire se charge de cette démarche.
M. Costa a précisé que son objectif n’était ni de jouer le rôle de médiateur ni de mettre en place un volet de négociation parallèle à celui mené par les États-Unis, qui n’enregistre que peu de progrès.
Un débat fait rage en Europe depuis quelques mois sur l’idée de nommer un médiateur pour les pourparlers avec la Russie afin de relancer le processus, mais cette idée a été largement rejetée, car nombreux sont ceux qui estiment que le président russe Vladimir Poutine ne serait de toute façon pas disposé à négocier.
Au lieu de cela, les 27 pays de l’UE se sont concentrés sur les concessions que la Russie devrait faire pour garantir la paix.
S’adressant aux journalistes, le premier ministre tchèque Andrej Babiš a indiqué que les dirigeants n’étaient pas parvenus à résoudre leurs divergences sur l’approche à adopter au cours de la nuit.
«L’Europe est incapable de s’accorder, ne serait-ce que sur la question de savoir s’il y aura des négociations ou qui les mènera», a-t-il affirmé.
«Ouvrir un canal de communication n’est pas une erreur à nos yeux, et j’ai confiance en António Costa», a mentionné de son côté le premier ministre irlandais Micheál Martin.
«Ce qui est apparu très clairement hier soir, c’est que toute négociation devrait avant tout se dérouler entre l’Ukraine et la Russie, mais rien n’indique que la Russie soit prête à s’asseoir à la table des négociations», a-t-il ajouté.
Le chancelier allemand Friedrich Merz a souligné que les négociations de paix devaient en fin de compte être menées par l’Ukraine, la Russie, l’Europe et les États-Unis.
«Nous n’avons pas besoin de décider aujourd’hui qui parlera au nom de l’Union européenne, a-t-il avancé. Nous en déciderons lorsque les pourparlers auront lieu.»
Il a ajouté que M. Costa avait «un rôle important à jouer» en tant que président du Conseil européen, représentant l’UE, préparant et organisant les sommets, et que «nous n’avons pas besoin de prendre de décisions allant au-delà de cela pour le moment».
M. Merz a mis en avant les efforts de coordination diplomatique menés par le groupe dit «E3», composé de l’Allemagne, de la France et du Royaume-Uni, un format qui, selon lui, a vu le jour «à la demande expresse de l’Ukraine».
Le Kremlin ouvert
M. Poutine a tenté d’écarter l’Europe et Kyiv des négociations avec les États-Unis sur l’avenir de l’Ukraine. Mais le Kremlin a déclaré vendredi qu’il était «prêt à établir le contact» avec l’Europe, à condition que celle-ci renonce à son intention de négocier avec Moscou en position de force.
Dans le même temps, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a fait valoir que l’UE ne pouvait pas jouer le rôle de médiateur impartial pour la paix.
Il a une nouvelle fois rejeté les allégations occidentales selon lesquelles Moscou nourrirait des projets d’attaque contre l’Europe, les qualifiant de «provocation» et d’«absurdité», tout en avertissant que le renforcement militaire de l’Europe constituait une menace croissante pour la sécurité.
«Une confrontation directe entre l’OTAN et la Russie pourrait rapidement dégénérer en un échange de frappes nucléaires, avec des conséquences catastrophiques», a expliqué M. Lavrov dans un essai publié par le ministère russe des Affaires étrangères.
Alors que les dirigeants quittaient leur réunion dans la nuit, le premier ministre belge Bart De Wever a plaisanté en disant que M. Costa serait l’émissaire à Moscou.
«Je parlais justement de toi, António, a déclaré M. De Wever en riant et en serrant la main de M. Costa. Je ne tarissais pas d’éloges à ton sujet, en disant que tu es le seul à pouvoir nous représenter et que nous t’enverrons à Moscou.»
Margus Tsahkna, ministre des Affaires étrangères de l’Estonie, un pays situé sur le flanc oriental de l’UE qui a subi des incursions de drones et a autrefois été occupé par l’Union soviétique, a soutenu que «l’Europe ne doit pas endosser le rôle d’un médiateur neutre» et qu’elle doit au contraire renforcer la position de l’Ukraine afin de «contraindre le Kremlin à entamer des négociations sérieuses».
