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Les deux camps dans le conflit iranien intensifient leurs attaques

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Le ministre iranien du Renseignement, Esmail Khatib, lors d'une cérémonie d'inauguration de l'Assemblée des experts, à Téhéran, le 21 mai 2024. Photo AP/Vahid Salemi, archive Le ministre iranien du Renseignement, Esmail Khatib, lors d'une cérémonie d'inauguration de l'Assemblée des experts, à Téhéran, le 21 mai 2024. Photo AP (Vahid Salemi)

Israël a poursuivi mercredi sa campagne visant les dirigeants iraniens, tuant le ministre du Renseignement du pays, tandis qu’un gisement iranien de gaz naturel en mer a été touché, signe de la pression croissante exercée par la guerre, de part et d’autre, sur le poumon économique de la région: l’énergie.

Depuis le début de la guerre, le 28 février, l’Iran s’en est pris aux installations énergétiques de ses voisins du golfe Persique et a rendu le détroit d’Ormuz, par lequel transite un cinquième du pétrole mondial, pratiquement impraticable.

Mercredi, l’Iran a frappé une région de l’Arabie saoudite où se trouvent de nombreux champs pétroliers et a menacé d’intensifier ses frappes contre les infrastructures pétrolières et gazières au Qatar et aux Émirats arabes unis.

Deux fortes explosions ont été entendues mercredi soir à Riyad, la capitale saoudienne.

Le prix du pétrole a bondi de 5 % supplémentaires pour dépasser les 108 $ US le baril sur les marchés internationaux, entraînant une hausse du prix de l’essence et d’autres produits en plus d’exercer une pression sur les économies du monde entier. Le prix du Brent, référence internationale pour le pétrole, a augmenté de près de 50 % depuis le début de la guerre.

Alors que l’administration Trump cherche des moyens d’augmenter l’offre de pétrole et de faire baisser les prix, le département du Trésor a assoupli mercredi les sanctions contre le Venezuela, autorisant les entreprises américaines à faire des affaires avec la compagnie pétrolière et gazière publique du pays.

Le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a déclaré que le ministre iranien du Renseignement, Esmail Khatib, avait été tué lors d’une frappe nocturne et a promis des «surprises de taille» à venir. L’Iran a riposté en lançant des attaques contre ses voisins du golfe Persique et contre Israël, où deux personnes ont été tuées près de Tel-Aviv.

La télévision d’État iranienne a confirmé la mort de M. Khatib, que les États-Unis avaient sanctionné en 2022. Le président iranien Masoud Pezeshkian a qualifié le meurtre d’«assassinat injuste».

La veille, Israël avait tué Ali Larijani, haut responsable de la sécurité iranienne, et le général Gholam Reza Soleimani, chef de la force Basij des Gardiens de la révolution, une milice paramilitaire.

Il n’était pas immédiatement clair qui avait mené l’attaque contre l’immense gisement de gaz naturel iranien de South Pars, bien que le Qatar, qui partage ce gisement avec l’Iran, ait accusé Israël.

Frappes contre les installations pétrolières du Golfe

L’Iran a pris pour cible les infrastructures énergétiques de ses voisins du Golfe, ainsi que des bases militaires, dans le cadre d’une stratégie visant à faire grimper les prix du pétrole et à faire pression sur les États-Unis et Israël.

Mercredi, l’Iran a attaqué la vaste province orientale de l’Arabie saoudite, qui abrite bon nombre de ses champs pétroliers, ainsi que le Koweït, Bahreïn, le Qatar et les Émirats arabes unis.

L’Iran a promis de continuer à entraver le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, qui relie le golfe Persique à la haute mer. Depuis le début de la guerre, quelques navires ont réussi à passer, certains iraniens, mais aussi des navires indiens, turcs et d’autres nationalités. L’Iran insiste sur le fait que la voie maritime est ouverte, sauf aux États-Unis et à bon nombre de leurs alliés.

Le président américain Donald Trump a exprimé une frustration croissante face au fait qu’aucun allié ne se soit proposé d’envoyer des navires pour aider à ouvrir le détroit. Mardi, il a publié sur les réseaux sociaux: «Nous n’avons besoin de l’aide de personne!»

L’Irak, qui a suspendu la semaine dernière les opérations de son principal terminal pétrolier sur le golfe Persique, a affirmé mercredi avoir conclu un accord avec l’administration autonome kurde du nord de l’Irak pour commencer à exporter quotidiennement 250 000 barils de pétrole brut par oléoduc vers un port en Turquie.

L’Arabie saoudite contourne également le détroit d’Ormuz, acheminant une partie de son pétrole par oléoduc à travers le pays pour l’expédier depuis un port de la mer Rouge.

Frappes sur Israël

En réponse à l’assassinat de M. Larijani, les Gardiens de la révolution ont déclaré mercredi avoir pris pour cible le centre d’Israël avec des missiles à ogives multiples, qui sont plus propices d’échapper aux systèmes de défense. Des images filmées par l’Associated Press ont montré au moins un de ces missiles larguant une grappe de munitions au-dessus d’Israël.

M. Larijani était un conseiller politique de haut rang auprès du défunt guide suprême Ali Khamenei sur la stratégie à adopter dans les négociations nucléaires avec l’administration Trump.

Il a été sanctionné par le Trésor américain en janvier pour son rôle dans la «coordination» de la répression violente par l’Iran des manifestations nationales. Le général Soleimani a également été sanctionné par les États-Unis et d’autres pays pour son rôle dans la répression de la dissidence pendant des années.

L’autorité aéroportuaire israélienne a déclaré mercredi que trois avions privés avaient été endommagés à l’aéroport international Ben Gourion par des éclats d’obus après l’interception de missiles iraniens. Le trafic aérien dans toute la région a été fortement réduit depuis le début de la guerre.

Nouvelles frappes en Iran

L’agence de presse Mizan, proche du pouvoir judiciaire iranien, a indiqué qu’une frappe aérienne avait touché un complexe judiciaire à Larestan, au sud de l’Iran, et qu’au moins huit personnes avaient été tuées. Selon le Croissant-Rouge iranien, plus de 1300 personnes ont été tuées en Iran depuis le début du conflit.

Mizan a également rapporté que l’Iran avait exécuté un homme accusé d’espionnage pour le compte des services de renseignement israéliens. Le rapport l’identifie comme étant Kourosh Keyvani et affirme qu’il «a fourni des images et des informations sur des sites sensibles» à Israël.

Le ministère suédois des Affaires étrangères a condamné «l’exécution d’un citoyen suédois» mercredi en Iran. Ce citoyen, dont le nom n’a pas été rendu public, avait été arrêté l’année dernière, mais aucun autre détail n’était disponible.

Pression sur le Hezbollah

Au Liban, Israël a maintenu une forte pression sur les militants du Hezbollah soutenus par l’Iran, frappant plusieurs immeubles d’habitation à Beyrouth et tuant au moins une douzaine de personnes. Le Hezbollah a commencé à tirer des roquettes sur le nord d’Israël après le début de la guerre en Iran.

Israël a rasé un immeuble d’habitation dans le centre de Beyrouth environ une heure après avoir diffusé un avis d’évacuation. Il s’agissait de la quatrième fois que ce bâtiment était pris pour cible. L’armée israélienne a affirmé qu’il était utilisé par le Hezbollah pour stocker «des millions de dollars destinés à financer ses activités», sans fournir de preuves.

Au total, 10 personnes ont été tuées lors de frappes aériennes israéliennes dans le centre de Beyrouth, selon le ministère libanais de la Santé. Deux autres personnes ont été tuées lors d’une frappe aérienne dans la vallée de la Bekaa, à l’ouest du Liban, a-t-il indiqué.

Les frappes israéliennes ont déplacé plus d’un million de Libanais, soit environ 20 % de la population, selon le gouvernement libanais, qui fait état de 912 morts et 2221 blessés.

En Israël, 14 personnes ont été tuées par des tirs de missiles iraniens. Au moins 13 militaires américains ont été tués.