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Les Britanniques insultés par Donald Trump sur leur rôle en Afghanistan

«J’ai toujours dit: seront-ils là si nous avons besoin d’eux ? C’est le test ultime et je n’en suis pas sûr.»

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ARCHIVES - Des proches du soldat Douglas Halliday, du 1er bataillon du régiment Mercian, l'un de sept soldats britanniques tués en Afghanistan, se rassemblent le long d'une rue de Wootton Bassett, en Angleterre, au passage de son cercueil, après son rapatriement, le mardi 29 juin 2010. ARCHIVES - Des proches du soldat Douglas Halliday, du 1er bataillon du régiment Mercian, l'un de sept soldats britanniques tués en Afghanistan, se rassemblent le long d'une rue de Wootton Bassett, en Angleterre, au passage de son cercueil, après son rapatriement, le mardi 29 juin 2010. (Lefteris Pitarakis)

Le président américain Donald Trump a provoqué l’indignation et le désarroi de nombreux Britanniques, vendredi, en suggérant que les troupes des pays membres de l’OTAN — autres que les Américains — étaient restées à l’écart du front pendant la guerre en Afghanistan.

Dans une entrevue accordée à Fox News depuis Davos, en Suisse, jeudi, M. Trump a dit ne pas être certain que l’OTAN serait présente pour soutenir les États-Unis si l’occasion se présentait.

«J’ai toujours dit: seront-ils là si nous avons besoin d’eux ? C’est le test ultime et je n’en suis pas sûr», a soutenu M. Trump.

«Nous n’avons jamais eu besoin d’eux, nous ne leur avons jamais rien demandé. Ils diront qu’ils ont envoyé des troupes en Afghanistan, ou ceci ou cela, et c’est vrai, mais elles sont restées un peu en retrait, à l’écart du front», a-t-il souligné.

Au Royaume-Uni, qui, avec les autres pays de l’OTAN, a soutenu les États-Unis en Afghanistan après les attentats du 11 septembre 2001, et de façon plus controversée en Irak deux ans plus tard, la réaction fut vive.

Après le 11 septembre, le premier ministre de l’époque, Tony Blair, avait déclaré que le Royaume-Uni serait «solidaire» des États-Unis face aux attaques d’al-Qaïda.

Le Canada au «Conseil de paix» de Trump avec Poutine et Néthanyahou, ça aurait été un «freak show» «Ça aurait été presque gênant» que le premier ministre du Canada, Mark Carney, assiste au «Conseil de paix» de Donald Trump, a souligné François Lambert jeudi sur les ondes de Noovo Info.

Plus de 150 000 soldats britanniques ont servi en Afghanistan dans les années qui ont suivi l’invasion menée par les États-Unis en 2001, soit le contingent le plus important après le contingent américain.

Le ministre britannique de la Défense, John Healey, a plaidé que le Royaume-Uni et ses alliés de l’OTAN avaient «répondu à l’appel des États-Unis» et que plus de 450 Britanniques avaient perdu la vie en Afghanistan.

«Ces soldats britanniques doivent être honorés pour ce qu’ils étaient: des héros qui ont donné leur vie au service de notre nation», a-t-il affirmé.

Ben Obese-Jecty, un parlementaire qui a servi en Afghanistan comme capitaine au sein du régiment Royal Yorkshire, a déclaré qu’il était «triste de voir le sacrifice de notre nation et celui de nos partenaires de l’OTAN si facilement dénigrés par le président des États-Unis».

«Il est particulièrement ironique que quelqu’un qui aurait échappé au service militaire pour la guerre du Vietnam tienne des propos aussi honteux», a relevé Stephen Stewart, auteur de «The Accidental Soldier», récit de son expérience au sein des troupes britanniques en Afghanistan.

Donald Trump a bénéficié d’un sursis lui permettant d’être exempté de service militaire au Vietnam en raison d’excroissances osseuses, mais il n’avait pas su se souvenir du pied concerné, ce qui a alimenté les accusations d’insoumission.

Attaques répétées de Trump contre l’OTAN

Ce n’était pas la première fois que Donald Trump minimisait l’engagement des pays de l’OTAN ces derniers jours. Il s’agit de l’un de ses principaux axes d’attaque, alors qu’il intensifie ses menaces d’annexion du Groenland, territoire semi-autonome appartenant au Danemark. L’allégation de M. Trump selon laquelle les pays membres de l’OTAN ne répondraient pas présents lorsqu’on leur demanderait de l’aide contraste fortement avec la réalité.

L’article 5 du traité fondateur de l’OTAN n’a été utilisé qu’une seule fois, en réponse aux attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis. Cet article constitue la clause fondamentale de défense mutuelle, obligeant tous les pays membres à venir en aide à un autre membre dont la souveraineté ou l’intégrité territoriale pourrait être menacée.

«Après le 11 septembre, lorsque l’Amérique a eu besoin de nous, nous étions là», a soutenu Martin Tamm Andersen, ancien commandant de section danois.

Groenland: les menaces de Donald Trump posent un défi Les menaces du président américain Donald Trump d’annexer le Groenland constituent un défi au niveau de la sécurité.

Le Danemark est un allié indéfectible des États-Unis en Afghanistan, où 44 soldats danois ont perdu la vie – le taux de mortalité le plus élevé par habitant parmi les forces de la coalition. Huit autres sont morts en Irak.

Cette nouvelle polémique autour de Donald Trump survient à la fin d’une semaine marquée par les critiques et les réactions suscitées par ses menaces envers le Groenland.

M. Trump a également menacé d’imposer des droits de douane aux pays européens opposés à son projet d’annexion du Groenland, ce qui a soulevé des questions quant à l’avenir de l’OTAN. Bien que M. Trump ait fait marche arrière après une rencontre avec le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, au cours de laquelle il a déclaré avoir établi le «cadre» d’un accord sur la sécurité arctique, les relations transatlantiques en ont pâti.

Ses dernières déclarations ont peu de chances d’améliorer la situation.

Diane Dernie, dont le fils, Ben Parkinson, a été grièvement blessé lorsqu’un Land Rover de l’armée britannique a heurté une mine en Afghanistan en 2006, a qualifié les derniers propos de M. Trump d’«insulte suprême» et a exhorté le premier ministre britannique, Keir Starmer, à prendre position contre lui.

«Interpellez-le, a-t-elle lancé. Qu’il prenne position pour ceux qui ont combattu pour ce pays et pour notre drapeau, car c’est tout simplement inadmissible.»