Les Européens et Kyiv ont mis en garde vendredi contre toute idée d’«architecture de sécurité», qui se dessinerait dans leur dos, après l’évocation par Donald Trump d’un «grand accord» sur l’Ukraine, qui pourrait concerner «toute l’Europe» .
«Nous disposons déjà d’une architecture de sécurité européenne», a déclaré à Varsovie la cheffe de la diplomatie de l’Union européenne Kaja Kallas, citant l’UE et l’OTAN dans leurs «rôles respectifs».
«Nous devons veiller à ce que l’Ukraine soit intégrée à cette architecture», a-t-elle souligné devant la presse, aux côtés des ministres des Affaires étrangères polonais Radoslaw Sikorski et ukrainien Andriï Sybiga.
Et quoi qu’il arrive, à quelques jours de pourparlers de paix entre Moscou et Kyiv à Abou Dhabi, sous l’égide de Washington, l’Europe devra être associée à tout règlement du conflit, a-t-elle insisté.
«Tout accord, pour pouvoir être mis en œuvre, exigera que l’Union européenne en fasse partie», a martelé Mme Kallas.
Et, avant tout règlement du conflit, il reste encore «beaucoup de travail» à accomplir, a assuré l’une de ses porte-paroles à Bruxelles.
Des pourparlers entre Russes et Ukrainiens doivent se dérouler les 10 et 11 novembre à Abou Dhabi sous médiation américaine, pour tenter de trouver une issue au conflit, plus de quatre ans après l’invasion russe de l’Ukraine.
Le président américain Donald Trump a promis à cette occasion un prochain «très grand» accord avec la Russie sur l’Ukraine, ajoutant qu’il «pourrait englober toute l’Europe».
Il faut surtout faire les choses dans le bon ordre, a expliqué vendredi M. Sikorski.
«D’abord un cessez-le-feu, puis des négociations sur une paix durable, et seulement ensuite d’éventuelles discussions sur la manière de rétablir le fonctionnement de l’architecture européenne de sécurité», a affirmé le responsable polonais.
«La Russie n’est pas et ne peut pas être le garant de la sécurité de l’Europe», a affirmé de son côté le chef de la diplomatie ukrainienne. «Nous devons parler de nous protéger contre la Russie, et non de discuter avec les Russes de zones d’influence en Europe», a-t-il souligné vendredi.
Kyiv et plusieurs pays européens redoutent que Washington soit tenté de faire pression pour obtenir un accord faisant la part belle aux revendications russes.
«Paix durable»
L’un des négociateurs américains, Jared Kushner, gendre de Donald Trump, a précisé les propos du président américain en assurant qu’il s’agissait de parvenir à «une architecture de sécurité européenne plus large, susceptible de contribuer à créer les conditions d’une paix durable».
Or, l’expression «architecture européenne de sécurité» est un des éléments de langage clé du Kremlin, depuis des années.
Le président russe Vladimir Poutine l’a encore rappelé le 22 octobre lors d’une interview à la télévision d’État. «Le but de ces discussions sera de traiter la question des garanties de sécurité à la fois pour l’Ukraine et pour la Russie (…) dans le cadre d’un accord final» pour la sécurité européenne, a-t-il déclaré.
Les pays européens redoutent de leur côté que cette nouvelle «architecture européenne de sécurité» passe par un affaiblissement de l’OTAN.
Jared Kushner, qui a participé jeudi en visioconférence à une réunion des alliés de l’Ukraine à Bruxelles, a toutefois affirmé que l’Alliance atlantique resterait «au cœur de la défense collective européenne».
«Notre objectif est de mettre en place des dispositions concrètes qui répondent aux préoccupations de toutes les parties en matière de sécurité, réduisent le risque de conflits futurs et créent un environnement sécuritaire plus stable et plus prévisible», a-t-il encore résumé.
Certes, mais pas au prix d’un accord «conclu par-dessus nos têtes», qui serait «injuste» et «imprudent», a mis en garde le ministre polonais.
«Pour mettre fin à la guerre, la pression doit être exercée sur l’agresseur. Et de plus, pour garantir la sécurité de l’Europe, nous devons nous assurer que la Russie ne puisse plus attaquer», a expliqué de son côté Mme Kallas.
