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Le virus Ebola crée de nouveaux foyers en République démocratique du Congo

«Il y a tellement d’autres personnes qui tombent malades, qui ne sont ni testées, ni traitées, ni recensées», a dit le Dr Jean Kaseya.

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Des professionnels de la santé s'apprêtent à placer dans un cercueil la dépouille d'Abineno Justine, une femme de 38 ans décédée du virus Ebola, en vue de son inhumation à Bunia, en République démocratique du Congo, le vendredi 4 septembre 2026. (Pho... Des professionnels de la santé s'apprêtent à placer dans un cercueil la dépouille d'Abineno Justine, une femme de 38 ans décédée du virus Ebola, en vue de son inhumation à Bunia, en République démocratique du Congo, le vendredi 4 septembre 2026. (Photo AP/Dieudonné Dirole) (Dieudonne Dirole)

L’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo (RDC) engendre de nouveaux foyers où les patients ne bénéficient que de peu, voire d’aucun soutien, selon les intervenants et les responsables. Les professionnels de la santé affirment qu’il reste encore un long chemin à parcourir dans la lutte contre cette maladie, qui a déjà fait plus de 4000 victimes.

Plus de 70% des nouveaux cas proviennent toujours de personnes n’ayant pas été en contact avec des cas connus, et au moins 60 % des décès surviennent en dehors des centres de traitement, a déclaré à l’Associated Press le docteur Jean Kaseya, directeur général des Centres africains de contrôle et de prévention des maladies.

«Il y a tellement d’autres personnes qui tombent malades, qui ne sont ni testées, ni traitées, ni recensées», a ajouté le Dr Kaseya, mardi.

La province du Nord-Kivu, isolée et ravagée par les conflits, qui est devenue le nouvel épicentre, représente désormais environ 40 % de l’ensemble des nouveaux cas confirmés en RDC, contre 24 % à la fin août. Mais la réponse sur le terrain est «chaotique», selon Stéphanie Hoffmann, coordonnatrice chez Médecins Sans Frontières (MSF).

«Il y a un manque de coordination et d’organisation, mais il y a surtout un manque d’acteurs présents sur le terrain», a confié Mme Hoffmann à l’AP.

L’épidémie d’Ebola la plus meurtrière que la RDC ait connue – causée par le virus Bundibugyo, pour lequel il n’existe ni vaccin ni traitement approuvé – a été déclarée en mai dans des conditions particulièrement difficiles. Les mouvements de population massifs, la violence des rebelles, la méfiance et les mauvaises conditions de vie des soignants en première ligne ont aggravé la situation.

Selon les données du gouvernement, la RDC a enregistré plus de 8500 cas depuis le début, ce qui en fait l’épidémie d’Ebola à la croissance la plus rapide jamais enregistrée et la plus meurtrière que le pays ait connue. Mardi, le Kenya a signalé son premier cas d’Ebola, un homme arrivé de la RDC qui est décédé alors qu’il recevait un traitement.

La recherche des contacts pose problème

Le plus grand défi à ce jour réside dans la recherche des contacts, a expliqué le Dr Kayesa. Seuls 23 % des contacts potentiels des patients atteints d’Ebola ont été retrouvés jusqu’à présent. La maladie se propage dans une région du pays marquée par d’intenses mouvements de population liés aux activités économiques, aux conflits et à l’exploitation minière, et où circule une profonde méfiance envers le gouvernement ainsi que des informations erronées sur le virus.

«Je ne suis pas en mesure de vous dire quand nous pourrons mettre fin à cette épidémie à moins de mettre en œuvre une approche centrée sur les villages», a déclaré le directeur des CDC africains, appelant à l’implication directe des villages et des dirigeants locaux dans la recherche des contacts, l’inhumation des patients décédés et l’isolement des cas.

De nombreux centres de traitement d’Ebola au Nord-Kivu sont confrontés à une pénurie de personnel de la santé et de matériel, ce qui contribue à augmenter le nombre de décès parmi les patients, a indiqué l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

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Le taux de létalité de 58 % enregistré au Nord-Kivu est le plus élevé parmi les sept provinces touchées. La maladie s’est propagée dans la moitié de ses 34 zones sanitaires. Dans neuf de ces 17 zones touchées, plus de la moitié des patients dont l’infection a été confirmée sont décédés, selon les données du ministère de la Santé.

Désespérés de recevoir des soins, les patients de certaines régions du Nord-Kivu se sont tournés vers les établissements de santé généraux, a indiqué MSF.

«Ce sont les professionnels de santé locaux qui en souffrent le plus, car ils doivent choisir entre renvoyer les membres de leur communauté chez eux, où ils risquent de mourir seuls, ou se mettre eux-mêmes en danger pour les soigner dans leur centre de santé», a déclaré Mme Hoffmann, coordonnatrice du centre de traitement d’Ebola de MSF à Butembo, dans le Nord-Kivu.

Certaines familles hésitent à signaler un décès

Près de cinq mois après la déclaration de l’épidémie, il est devenu plus difficile d’en suivre l’évolution dans certaines parties du Nord-Kivu, où les habitants ont encore «du mal à croire que la maladie existe», a indiqué Michel Ngimba, de l’Institut national de recherche biomédicale de Butembo.

Il a décrit des cas où les familles hésitaient à signaler un décès ou à autoriser le prélèvement d’un échantillon sur une personne décédée présentant des symptômes d’Ebola. Dans d’autres cas, les familles «souhaitent organiser les funérailles rapidement», a expliqué M. Ngimba, ce qui risque de créer de nouvelles chaînes de transmission, car les corps des personnes décédées d’Ebola sont hautement contagieux.

«La situation est devenue plus difficile à suivre et la surveillance doit faire face à des situations très changeantes et parfois difficiles à documenter», a-t-il déclaré.