La tentative du président américain Donald Trump de redécouper les circonscriptions électorales en vue des élections de novembre a essuyé un double revers, mardi, puisque les sénateurs de Caroline du Sud ont refusé de se plier à cette initiative et un tribunal fédéral a bloqué une carte électorale soutenue par les républicains en Alabama.
Alors que le vote anticipé en personne a commencé mardi dans le cadre des primaires en Caroline du Sud, le Sénat de l’État a rejeté un projet républicain visant à annuler ces élections et à organiser à la place une nouvelle primaire, selon une nouvelle carte électorale conçue pour aider le Parti républicain à évincer un démocrate de longue date.
Certains sénateurs ont indiqué qu’il était tout simplement trop tard pour apporter un changement.
«Les citoyens de Caroline du Sud se rendent aux urnes mardi. Et ni ma conscience ni mon bon sens ne me permettront d’arrêter une élection qui est déjà en cours», a souligné le sénateur républicain Richard Cash.
Le drame politique en Caroline du Sud s’inscrit dans une stratégie républicaine, portée par M. Trump, visant à redessiner les circonscriptions électorales à l’avantage du Parti républicain afin de tenter de conserver une faible majorité à la Chambre des représentants lors des élections de mi-mandat.
Les républicains ont agi rapidement pour tenter de tirer parti d’une récente décision de la Cour suprême des États-Unis qui a affaibli les protections accordées aux minorités en vertu de la loi fédérale sur les droits de vote.
En Alabama, un panel fédéral composé de trois juges a délivré une injonction préliminaire empêchant l’État d’utiliser une carte électorale du Congrès dessinée par les républicains qui aurait pu aider le Parti républicain à remporter un siège supplémentaire.
La cour a déclaré que ce plan «constituait une discrimination intentionnelle fondée sur la race» en n’incluant qu’une seule circonscription à majorité noire. Elle a ordonné le maintien de la carte imposée par la justice, qui comprend deux circonscriptions comptant une proportion significative de résidents noirs.
Le procureur général de l’Alabama, Steve Marshall, un républicain, a promis de faire rapidement appel devant la Cour suprême des États-Unis.
Les républicains restent en tête dans la bataille nationale sur le redécoupage électoral à mi-mandat. Mais les démocrates, qui ont eux aussi essuyé leur lot de revers, ont salué le revirement de situation en Alabama.
«La lutte pour la justice est loin d’être terminée dans les États du pays où les politiciens multiplient les manipulations électorales pour effacer la représentation équitable des communautés de couleur», a mentionné Marina Jenkins, directrice générale de la National Redistricting Foundation, une organisation à but non lucratif affiliée au National Democratic Redistricting Committee.
Une bataille qui dure depuis des mois
Les circonscriptions électorales sont généralement redécoupées après un recensement au début de la décennie.
M. Trump a toutefois exhorté les États dirigés par les républicains à procéder à un redécoupage avant les élections de novembre afin de tenter de contrer les vents contraires politiques, qui se traduisent généralement par une perte de sièges au Congrès pour le parti du président lors des élections de mi-mandat.
Depuis que le président a pour la première fois exhorté le Texas à redessiner ses circonscriptions électorales l’été dernier, les républicains ont également mis en place de nouvelles circonscriptions à la Chambre des représentants dans le Missouri, en Caroline du Nord, en Ohio, en Floride et au Tennessee.
Les républicains estiment qu’ils pourraient gagner jusqu’à 14 sièges grâce à ces efforts, et peut-être 15 s’ils parviennent finalement à obtenir le droit d’utiliser une carte différente en Alabama.
De leur côté, les démocrates estiment pouvoir remporter cinq sièges supplémentaires grâce aux nouvelles circonscriptions approuvées par les électeurs en Californie, plus un autre grâce à une nouvelle carte imposée par la justice dans l’Utah.
Les démocrates ont essuyé un revers au début du mois en Virginie, où la Cour suprême de l’État a invalidé un plan de redécoupage électoral approuvé par les électeurs qui aurait pu les aider à remporter des sièges supplémentaires.
Les discussions sur le redécoupage électoral se poursuivent en Louisiane à la suite d’une décision rendue en avril par la Cour suprême, qui a invalidé une circonscription à majorité noire.
La Chambre de la Louisiane pourrait voter plus tard cette semaine sur une nouvelle carte susceptible de supprimer un siège détenu par la représentante démocrate Cleo Fields et d’améliorer les chances des républicains de remporter six des sept sièges de l’État.
Plus de 32 000 votes avaient été exprimés en Caroline du Sud mardi à 13 h, heure locale, lors du premier jour du vote par anticipation pour la primaire du 9 juin, après que les démocrates eurent appelé les personnes opposées à la nouvelle carte électorale proposée à se rendre massivement aux urnes.
En 2022, environ 125 000 votes anticipés avaient été exprimés sur l’ensemble des deux semaines.
Parmi les premiers à voter par anticipation dans la petite ville d’Orangeburg figurait le représentant américain Jim Clyburn, le démocrate dont les républicains tentaient de redessiner la circonscription dans leur quête d’un balayage complet des sept sièges du Congrès de Caroline du Sud.
Défiant, M. Clyburn a insisté sur le fait qu’il se présenterait à sa réélection, quelle que soit la configuration de la circonscription.
La Chambre des représentants, à majorité républicaine, avait déjà adopté un projet visant à redécouper la circonscription de M. Clyburn, à invalider les résultats des primaires législatives en cours et à organiser de nouvelles primaires pour la Chambre des représentants en août.
