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Le roi Charles III entamera une visite délicate aux États-Unis lundi

Tensions entre Trump et Starmer, affaire Epstein....

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Le président américain Donald Trump et la première dame Melania Trump, à droite, aux côtés du roi Charles III et de la reine Camilla au château de Windsor, à Windsor, en Angleterre, le jeudi 18 septembre 2025. (Kevin Lamarque/Pool Photo via AP) Le président américain Donald Trump et la première dame Melania Trump, à droite, aux côtés du roi Charles III et de la reine Camilla au château de Windsor, à Windsor, en Angleterre, le jeudi 18 septembre 2025. (Kevin Lamarque/Pool Photo via AP)

Le roi Charles III part lundi aux États-Unis pour un exercice de haute voltige diplomatique, avec l’espoir d’apaiser les tensions entre Donald Trump et Keir Starmer, et de rester à distance de l’affaire Epstein, épine dans le pied de la famille royale.

Officiellement, Buckingham Palace présente cette visite d’État de quatre jours, organisée à la demande du gouvernement britannique, comme l’occasion de «célébrer les liens historiques» des deux pays à l’occasion du 250e anniversaire de l’indépendance américaine.

Mais rarement déplacement royal aura suscité autant de controverses. Car même si Donald Trump, fils d’une Écossaise et grand admirateur de la famille royale, a qualifié le roi d’«homme fantastique» jeudi sur la BBC, il a multiplié les attaques contre ses alliés britanniques depuis fin février, lorsque Londres a émis de premières réserves sur les frappes israélo-américaines contre l’Iran.

«Ce n’est pas à Winston Churchill que nous avons affaire», cinglait le président américain début mars à l’adresse du premier ministre travailliste, Keir Starmer. Il s’est aussi moqué de l’armée britannique, et a minimisé sa contribution à la coalition internationale ayant combattu les talibans en Afghanistan.

Ces attaques ont poussé certains parlementaires, comme le chef des libéraux-démocrates (centristes) Ed Davey, à appeler au report de ce voyage. En phase avec 48% des Britanniques, selon un sondage Yougov début avril.

Le détroit d’Ormuz toujours sous pression Il n’y a aucun signe d’apaisement dans la guerre en Iran, alors qu’une trêve fragile est toujours en vigueur.

Discours «codé» au Congrès

Dans ce contexte, M. Trump semblait jeudi d’humeur conciliante, affirmant à la BBC que la visite pourrait «tout à fait» réparer la «relation spéciale» entre les deux pays.

Et le roi, qui avait déjà montré ses talents de «soft power» lors de la visite d’État de Donald Trump au Royaume-Uni en septembre 2025, devrait utiliser l’anniversaire de l’indépendance pour aborder en douceur les tensions actuelles.

Lors d’un discours mardi devant les deux chambres du Congrès américain — le premier pour un monarque britannique depuis celui d’Elizabeth II en 1991 — Charles III devrait replacer ces tensions dans le contexte de «250 ans de relations» bilatérales qui ont inévitablement connu «des hauts et des bas», pronostique Craig Prescott, spécialiste du rôle politique de la monarchie à l’université londonienne Royal Holloway.

«Il est obligé de les mentionner (…) mais j’imagine qu’il le fera de façon assez codée», dit-il.

Même s’il n’a accédé au trône qu’en 2022, le roi de 77 ans, toujours soigné pour un cancer, est rôdé à ces exercices diplomatiques et s’est avéré «meilleur orateur» que sa mère Elizabeth II, selon ce spécialiste.

Lors de son voyage au Canada en mai 2025, alors que Donald Trump inquiétait ses voisins en affirmant que ce pays devrait être le 51e État américain, le monarque britannique, également chef d’État du Canada, avait été très applaudi en évoquant un Canada «fort et libre».

Epstein, sujet tabou

Un autre nuage plane sur ce déplacement qui, après un dîner d’État à Washington mardi, emmènera Charles III et la reine Camilla à New York mercredi pour visiter le Mémorial des attentats du 11— Septembre: l’affaire Epstein et l’amitié qu’entretenait le frère du roi, Andrew, avec le défunt pédocriminel.

Ce scandale, qui éclabousse la famille royale depuis plus de 15 ans, a connu des rebondissements ces derniers mois, avec la publication de photos et courriels compromettants pour Andrew.

Charles III est récemment monté au créneau en lui retirant tous ses titres royaux, notamment celui de prince. Il s’est engagé à laisser «la justice suivre son cours» après la spectaculaire arrestation d’Andrew en février, soupçonné d’avoir transmis des documents confidentiels à Jeffrey Epstein.

Affaire Epstein: fin de la garde à vue de l’ex-prince Andrew, l’enquête se poursuit L’ex-prince Andrew, arrêté jeudi suite à des allégations de «faute dans l’exercice de fonctions officielles», puis ensuite «relâché».

Si l’ex-prince n’a pas été inculpé jusqu’ici et a toujours nié tout comportement répréhensible, il reste sous enquête judiciaire.

Plusieurs parlementaires américains ont appelé, en vain, Andrew à témoigner au Congrès.

L’élu démocrate Ro Khanna, très actif sur ce dossier, a écrit à Charles III pour lui demander de rencontrer «en privé» des victimes d’Epstein. La famille de Virginia Giuffre, principale accusatrice du financier décédée en avril 2025, a fait une demande similaire.

Buckingham Palace a décliné, au motif qu’une telle rencontre pourrait «nuire aux enquêtes en cours ou au bon déroulement de la justice».

Un motif «ridicule», a répliqué M. Khanna dans une interview au Times, estimant que le roi «devrait au minimum mentionner (les victimes d’Epstein) dans son discours» au Congrès et «reconnaître le traumatisme subi par ces jeunes femmes».

Tout a néanmoins été prévu pour éviter d’embarrasser le roi sur ce sujet, selon lui.

Le programme officiel ne laisse aucune place aux surprises. Seuls des photographes seront autorisés à immortaliser mardi la rencontre entre Trump et Charles III dans le bureau ovale.