La première ministre conservatrice italienne, Giorgia Meloni, fait face à un test politique décisif lors d’un référendum de deux jours sur la réforme judiciaire qui a débuté dimanche. Ce scrutin s’est transformé en un verdict sur son leadership, à l’échelle nationale et internationale.
Initialement présentée comme une refonte technique du système judiciaire, la réforme a exacerbé les divisions politiques et unifié l’opposition de centre gauche, transformant le référendum en une confrontation symbolique sur la force de Mme Meloni à un an des élections nationales.
Les récents sondages montrent que la course reste trop serrée pour être tranchée. Le camp du «non» a pris de l’élan en fin de campagne dans un climat polarisé où le taux de participation pourrait s’avérer décisif.
Après 12 heures de vote le premier jour, le taux de participation a dépassé 38 % des électeurs inscrits, selon le ministère de l’Intérieur. Il s’agit du taux de participation le plus élevé jamais enregistré à ce stade pour un référendum de deux jours.
Lorenzo Pregliasco, analyste politique et expert en sondages chez YouTrend, a déclaré qu’un rejet de la réforme aurait un poids politique considérable.
«Une éventuelle victoire du “non” enverrait un signal politique qui affaiblirait l’aura d’invincibilité de Mme Meloni, tout en poussant l’opposition de centre-gauche à affirmer qu’il existe déjà une alternative dans le pays», a-t-il affirmé à l’Associated Press.
La barre haute
Mme Meloni a d’abord évité de lier trop étroitement son image au référendum, craignant qu’une défaite ne l’affaiblisse tant au niveau national qu’à l’étranger.
Elle est actuellement à la tête du gouvernement italien le plus stable depuis des années, après avoir gagné en crédibilité auprès de ses alliés européens en tant que dirigeante charismatique. Une victoire au référendum renforcerait encore plus son mandat au niveau national, ainsi que son rayonnement international.
C’est pourquoi, à l’approche du scrutin et alors que les sondages se resserraient, la première ministre italienne a changé de stratégie et s’est pleinement engagée dans la campagne pour le «oui».
Mme Meloni a durci son discours, accusant certains membres du pouvoir judiciaire d’entraver le travail du gouvernement en matière de migration et de sécurité, et avertissant que l’échec de la réforme renforcerait des «factions» judiciaires qui n’ont de comptes à rendre à personne et mettrait en danger la sécurité des citoyens.
«Si la réforme n’est pas adoptée, nous n’aurons probablement pas d’autre chance. Nous nous retrouverons face à des factions encore plus puissantes, à des juges encore plus négligents, à des peines encore plus surréalistes, et des immigrés, des violeurs, des pédophiles et des trafiquants de drogue seront libérés et mettront votre sécurité en danger», a-t-elle déclaré lors d’un rassemblement de campagne la semaine dernière
Ses avertissements sévères ont suscité de vives critiques de la part des magistrats et des politiciens de centre gauche, qui affirment que ces réformes porteraient atteinte à l’indépendance judiciaire et saperaient les garanties constitutionnelles.
«Évidemment, je vote non, car je pense que ce gouvernement a organisé un référendum qui ne sert aucun autre objectif que le sien», a déclaré Giovanna Antongini, âgée de 89 ans, alors qu’elle se rendait à un bureau de vote dans le centre de Rome.
Le «risque Trump»
Selon les analystes, ce référendum a également des implications internationales.
L’alignement de longue date de Giorgia Meloni sur le président américain Donald Trump, autrefois politiquement avantageux, est devenu de plus en plus problématique alors que la politique étrangère américaine — en particulier la guerre contre l’Iran — suscite une désapprobation croissante parmi les Italiens.
«Mme Meloni est confrontée à ce que j’appellerais “le risque Trump”, à savoir paraître trop servile envers le président américain, qui est un dirigeant politique extrêmement impopulaire en Italie et dans le reste de l’Europe et qui suscite beaucoup de méfiance, même parmi les électeurs de centre droit», a affirmé M. Pregliasco.
Une défaite au référendum n’obligerait pas Mme Meloni à démissionner — son mandat court jusqu’en 2027 et elle s’est engagée à plusieurs reprises à le mener à bien — mais pourrait nuire à sa crédibilité au sein de l’Union européenne, où elle est considérée comme un facteur de stabilité dans un environnement souvent politiquement instable.
Le référendum porte sur des réformes débattues depuis longtemps visant à remodeler la structure du système judiciaire italien.
«Ce vote est très important. Il vise à améliorer le système judiciaire, dont la réforme se fait attendre depuis longtemps. Je suis convaincue qu’il doit et peut être amélioré», a déclaré Francesca Serlupi Ferretti Crescenzi, 67 ans, après avoir voté à Rome.
L’une des mesures clés consiste à séparer les parcours professionnels des juges et des procureurs, afin de les empêcher de changer de fonction — une pratique actuellement autorisée, mais rarement mise en œuvre.
Un autre changement majeur concerne le Conseil supérieur de la magistrature, qui supervise la nomination des magistrats et les questions disciplinaires. La réforme propose de le scinder en trois chambres distinctes et de modifier le mode de sélection de ses membres, en remplaçant les élections internes par un tirage au sort parmi les juges et procureurs admissibles.
Le conflit entre les dirigeants de droite italiens et les magistrats a marqué la politique italienne, explosant sous les gouvernements du défunt leader conservateur Silvio Berlusconi.
Les partisans de la réforme affirment que ces changements moderniseront un système judiciaire tristement célèbre pour sa lenteur et renforceront la responsabilité. Mais les détracteurs, parmi lesquels figurent d’éminents magistrats, estiment que la réforme passe à côté des véritables priorités et menace l’indépendance du pouvoir judiciaire.
Nicola Gratteri, procureur général de Naples et magistrat antimafia de longue date, a formulé l’une des critiques les plus virulentes.
«Je ne pense pas que ce gouvernement ait mis en œuvre les réformes nécessaires pour rendre les procès plus efficaces. Au contraire, il a rendu pratiquement impossible la lutte contre les crimes contre l’administration publique et la lutte contre les abus et la corruption des cols blancs.»
Alors que les Italiens se rendent aux urnes, ce référendum constitue l’un des moments décisifs du mandat de Mme Meloni à la tête du gouvernement — un choix qui pourrait redessiner non seulement le système judiciaire, mais aussi la trajectoire de son gouvernement, quel que soit le résultat.
