«La ville portera longtemps les cicatrices laissées par ce fou»: sur l’immense esplanade du National Mall, au cœur de Washington, Sammy ne mâche pas ses mots contre le projet de Donald Trump de repeindre le bassin de ce lieu emblématique de la capitale américaine.
Le président américain «met son nez partout où il peut», s’emporte cette jeune femme de l’État voisin de Virginie, qui a refusé de donner son nom de famille. «Il est tellement narcissique.»
Pour le 250e anniversaire, le 4 juillet prochain, de la signature de la Déclaration d’indépendance des États-Unis, le républicain a ordonné de repeindre en «bleu du drapeau américain» ce bassin construit au début des années 1920 entre l’obélisque du Washington Monument et la célèbre statue de Lincoln.
Le chantier, qui a déjà débuté, a transformé ce symbole d’unité nationale en nouveau sujet de fracture dans l’Amérique de Trump.
Tandis que les détracteurs du président dénoncent corruption et mégalomanie, ses partisans saluent un dirigeant qui «remet de l’ordre» en Amérique.
L’ancien promoteur immobilier de 79 ans semble obsédé par ce nouveau projet, qui s’ajoute à une série de rénovations controversées dans la capitale américaine.
Depuis son retour au pouvoir, il y a un an, il a notamment fait détruire au bulldozer une aile entière de la Maison Blanche pour construire une salle de bal.
La Maison-Blanche a également dévoilé un projet monumental d’«arc de triomphe des États-Unis», qui devrait s’élever à plus de 76 m, plus haut que l’arc de triomphe de Paris (50 m de haut).
Bâtisseur
Le président, qui s’est rendu personnellement sur le site la semaine dernière, affirme qu’il était grand temps de rénover le bassin.
«C’était sale, dégoûtant, et il fuyait de partout depuis des années», a-t-il ainsi affirmé dans une vidéo de la Maison-Blanche.
Ses partisans assurent faire confiance à son expérience de bâtisseur, une image soigneusement entretenue pour promouvoir sa volonté de remodeler aussi bien les édifices publics que l’économie et la vie politique américaines.
«Il sait ce qu’il fait avec tous les bâtiments qu’il a construits», assure Elizabeth Miller, de Pennsylvanie, en visitant le Lincoln Memorial.
«Il rend l’Amérique fière en remettant tout en ordre», ajoute-t-elle.
Trump a affirmé avoir rejeté un projet de 300 millions de dollars sur trois ans, préférant faire appel à un pisciniste qu’il connaissait, pour un coût de 1,8 million de dollars.
«Si c’est moins cher, plus rapide et tout aussi efficace, pourquoi gaspiller l’argent du contribuable?», interroge Russ, un touriste de l’Arizona, qui n’a donné que son prénom.
«Approche dictatoriale»
Mais, selon le New York Times, la facture atteindrait déjà 13 millions de dollars.
Le quotidien rapporte aussi que le gouvernement a attribué le contrat sans appel d’offres, contrairement à la procédure habituelle, invoquant l’urgence de terminer les travaux avant le 4 juillet, date du 250e anniversaire des États-Unis.
Réagissant à ces informations, Trump a affirmé ne pas connaître le contractant, semblant ainsi contredire ses déclarations précédentes.
De quoi inquiéter Margaret Herro, venue du Wisconsin.
«Je pensais qu’il existait une procédure pour restaurer nos monuments nationaux, et je n’ai pas l’impression qu’il l’ait respectée», dit-elle. «Cela ressemble un peu à une approche dictatoriale.»
Une organisation de défense des paysages culturels a intenté une action en justice pour interrompre le projet, qualifié de «profanation».
Mais cela n’a pas arrêté les travaux.
Au-delà des controverses politiques et symboliques, des doutes émergent aussi quant à la capacité du projet à remettre le bassin en état.
«Ce n’est pas la bonne solution», estime Obe, un ingénieur venu du Maryland, qui n’a donné que son prénom.
«Il fallait réparer le drainage, pas simplement le peindre en bleu pour lui donner un aspect plus éclatant.»
Au milieu des touristes rassemblés mercredi au Lincoln Memorial, Gregory Scott, venu d’Atlanta, résume une question posée par tous: «Qu’est-ce qu’il va encore faire ensuite?».
