Le président français Emmanuel Macron est monté lundi en première ligne, estimant «pas normal qu’à six mois d’une élection présidentielle», la France «soit dans cet état d’ébullition» et appelant à ce que les scènes de chaos du 17 octobre dans de nombreuses villes ne se reproduisent «plus jamais».
Lors d’une visite à Marseille (sud), la deuxième ville du pays, il a annoncé que les tracés des manifestations contre la vie chère samedi prochain resteraient hors des centres-villes pour protéger les commerces et le «calme» lors de cette nouvelle journée «à risque».
L’exécutif est sous le feu des critiques, dans l’opposition, mais aussi dans son propre camp, pour la gestion du maintien de l’ordre il y a neuf jours. Les images de violences et pillages, de bâtiments publics incendiés ou vandalisés, avaient fait le tour du monde et frappé l’opinion.

La candidate d’extrême droite Marine Le Pen caracole en tête des sondages pour la présidentielle d’avril 2027. Son principal concurrent, le chef du parti de gauche radicale La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, serait battu au second tour, selon les études d’opinion, en raison d’un faible report de voix de la gauche.
Cette nouvelle crise dans la deuxième économie de la zone euro intervient en pleine discussion du budget alors que le pays, très lourdement endetté et sous surveillance des marchés financiers, dispose de très peu de marges de manœuvre budgétaire.
«On continuera de tenir»
«On continuera de tenir», a dit le chef de l’État. «Si on fait bien notre travail collectivement, c’est un mouvement qui va se calmer parce qu’on répondra aux attentes légitimes et parce que l’ordre sera tenu.»
Il a d’ailleurs jugé que «l’ordre a été tenu» et le droit à manifester «préservé» lors des rassemblements du 24 octobre, plus calmes qu’attendu. Mais d’autres rassemblements sont annoncés, à commencer par samedi 31 octobre et jeudi 5 novembre.
«On reste à la fois humbles et concentrés, on sait que samedi prochain est encore un samedi à risque», a dit Emmanuel Macron, tout en glissant qu’«il n’est pas écrit qu’il y ait une chronique de chaque samedi qui doive reprendre», comme durant la contestation des gilets jaunes en 2018/19.

Emmanuel Macron a jugé que l’état d’urgence, qui permet d’accroître les pouvoirs de police, n’était pour l’heure pas nécessaire, même s’il ne constitue pas «un interdit».
Le président s’exprimait à la mairie de Marseille, vandalisée et brièvement envahie par des manifestants le 17 octobre, en marge de la mobilisation pour le pouvoir d’achat et la défense des services publics.
Le hall, qu’il a visité avec le maire de gauche Benoît Payan, en porte encore des traces, comme un «A» cerclé anarchiste tagué sur un mur, une vitre cassée, ou un buste de Marianne, symbole de la République, ébréché.
Réseaux sociaux critiqués
Ce jour-là, «on n’avait pas du tout anticipé ce qui s’est passé», à la fois la «mobilisation de l’ultragauche» et «la délinquance qui viendrait dessus», a regretté Emmanuel Macron. Il a reconnu que «les forces de police n’étaient pas dûment proportionnées».
Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez avait proposé sa démission et fait son mea culpa, en reconnaissant une «perte de contrôle» dans certaines villes, démission qu’Emmanuel Macron avait refusée.
Le président a aussi désigné les réseaux sociaux, qui «abîment nos démocraties», parmi les coupables des débordements du 17 octobre. Ils ont été utilisés «pour faire venir des jeunes ou des moins jeunes sur les lieux de délinquance, d’attaque, de pillage», a-il insisté, regrettant une «fascination pour la violence».

Mais comment sortir de la crise ?
Le président Macron a admis «à coup sûr» un problème de tempo dans la réponse du gouvernement au mouvement des lycéens, dans la rue depuis plus d’un mois, pour exiger davantage de moyens dans l’Éducation. «Mais maintenant je regarde devant, donc on avance.»
«Le président reprend la main», estimait plus tôt une ministre, qui y décèle une critique en creux de la gestion de crise par le premier ministre et son gouvernement. Contraste saisissant, Sébastien Lecornu restera relativement en retrait lundi.