Le président hongrois a promulgué samedi un amendement constitutionnel mettant fin à son mandat, clôturant ainsi un différend qui l’opposait au nouveau gouvernement du pays, lequel cherchait à le destituer dans le cadre d’une purge visant les responsables nommés sous le règne de Viktor Orbán.
Le premier ministre hongrois Péter Magyar, qui a battu Viktor Orbán, au pouvoir depuis longtemps, lors d’une élection remportée haut la main en avril, avait appelé à plusieurs reprises le président nommé par M. Orbán, Tamás Sulyok, à démissionner.
M. Magyar soutenait que M. Sulyok n’avait pas assumé son rôle de président en ne s’opposant pas aux mesures antidémocratiques prises par le gouvernement de M. Orbán.
Face au refus de M. Sulyok, les députés du parti Tisza, pro-européen et de centre droit de M. Magyar, ont adopté cette semaine un amendement constitutionnel prévoyant la fin immédiate de son mandat. M. Sulyok disposait de cinq jours pour promulguer cet amendement, ce qu’il a fait le dernier jour avant l’expiration du délai.
Dans une vidéo publiée samedi soir sur Facebook, M. Sulyok — que M. Magyar avait souvent qualifié de «marionnette» de M. Orbán — a déclaré que le fait d’avoir été contraint de signer cet amendement constituait «la preuve irréfutable que les valeurs fondamentales d’une société libre — l’État de droit, la démocratie, le principe du partage des pouvoirs — ont été bafouées au nom du pouvoir».
Le mandat de M. Sulyok prendra officiellement fine lundi à minuit, date à laquelle la présidente du Parlement, Ágnes Forsthoffer, assumera automatiquement ses fonctions jusqu’à ce que les députés élisent un nouveau président, une procédure pour laquelle un délai de 30 jours est prévu.
Depuis son entrée en fonction en mai, le gouvernement de M. Magyar s’est rapidement attelé à démanteler ce qu’il qualifie de «mafia» de M. Orbán en démettant de leurs fonctions de nombreux responsables politiques et dirigeants d’institutions considérés comme ayant facilité le gouvernement autocratique de l’ancien dirigeant.
Le nouveau gouvernement a suspendu les services d’information de la télévision et de la radio publiques hongroises — qui, selon M. Magyar, servaient de «machine à propagande» pour le précédent parti au pouvoir — et a fermé l’Office de protection de la souveraineté hongroise, une autorité considérée par les opposants de M. Orbán comme un outil destiné à intimider les détracteurs et à réduire au silence les médias indépendants.
L’amendement qui a destitué M. Sulyok a également introduit certaines réformes judiciaires, créé un bureau chargé d’enquêter sur les abus financiers commis sous le gouvernement Orbán et imposé une limite de douze ans au mandat des législateurs.
Dans un message publié samedi sur Facebook, M. Orbán a réagi à la signature de l’amendement par M. Sulyok en écrivant que «la tyrannie n’est plus une menace, mais une réalité».
«Si cela a pu arriver au président de la République, alors demain, plus personne ne sera en sécurité», a écrit M. Orbán.
Mais dans une déclaration vidéo publiée samedi sur Facebook, M. Magyar a déclaré qu’en adoptant cet amendement, «nous avons tenu plusieurs de nos engagements importants et rendu au peuple hongrois ce que le régime de M. Orbán a tenté de lui retirer pendant de nombreuses années».
Il a ajouté qu’il convoquerait son parti lundi pour discuter de la désignation de son candidat à la prochaine élection présidentielle.
