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Le président de la Chambre rêve d’un Congrès «normal», mais ce n’est pas le cas

Des sessions qui durent toute la nuit. Des heures de temps morts sans aucune activité sur le plancher. Des textes de loi rédigés à la va-vite, à huis clos. Des votes programmés à l’improviste.

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Le président de la Chambre des représentants, Mike Johnson, arrive au Capitole à Washington pour assister au discours du roi Charles III devant le Congrès, le mardi 28 avril 2026. Le président de la Chambre des représentants, Mike Johnson, arrive au Capitole à Washington pour assister au discours du roi Charles III devant le Congrès, le mardi 28 avril 2026. (Kylie Cooper)

Le président de la Chambre des représentants, Mike Johnson, dit qu’il aimerait présider un «Congrès normal», mais la chambre que dirige ce républicain de la Louisiane est tout sauf cela.

Des sessions qui durent toute la nuit. Des heures de temps morts sans aucune activité sur le plancher. Des textes de loi rédigés à la va-vite, à huis clos. Des votes programmés à l’improviste. Des échecs retentissants. Et, comme cela s’est produit cette semaine, des revirements spectaculaires au cours desquels la Chambre adopte des projets de loi.

«Parfois, c’est un processus pénible, parfois c’est un processus long», a reconnu M. Johnson après l’adoption par la Chambre d’un projet de loi bipartite visant à financer une grande partie du département de la Sécurité intérieure, mettant ainsi fin à la plus longue fermeture d’agence de l’histoire.

«Mais nous y sommes parvenus.»

Les républicains, qui font face à une tâche ardue cette année électorale pour conserver leur majorité à la Chambre, donnent parfois l’impression d’être encore en phase d’apprentissage, des années après leur retour au pouvoir en 2022, alors qu’ils s’apprêtent à demander aux électeurs de les réélire pour un nouveau mandat, en novembre.

Les rebondissements de cette semaine – par exemple, cinq heures de retard pendant lesquelles M. Johnson s’est enfermé à huis clos pour sauver son programme, puis un décompte des voix soudain vers 23 heures – auraient détonné par rapport aux pratiques politiques et procédurales habituelles. Aujourd’hui, ce n’est qu’un mercredi comme les autres.

Le roi Charles donne un discours devant le congrès américain Dans un rare discours devant le Congrès américain, Charles III a appelé mardi les États-Unis à rester fidèles à leurs alliés occidentaux historiques, au moment où la «relation spéciale» avec le Royaume-Uni est secouée par de vives tensions.

Il y a deux semaines, une audition de routine de la commission des règles de la Chambre s’est transformée en un forum de minuit pour présenter un projet de loi de 14 pages tout juste rédigé visant à réviser une loi sur la surveillance. La pièce législative a finalement été précipitée en séance plénière pour un vote à 2 h du matin, et elle a été rejetée.

«Les républicains de la Chambre ont montré une fois de plus qu’ils sont incapables de gouverner», a tonné le représentant démocrate Ted Lieu, membre de la direction du Parti démocrate.

«Ils transmettent régulièrement au Sénat des projets de loi bien trop extrêmes, et on se retrouve avec toutes ces journées de séance plénière où on ne fait absolument rien», a-t-il ajouté.

Un travail d’équilibriste

La faible majorité du Parti républicain à la Chambre rend la tâche du président difficile.

M. Johnson a succédé à Kevin McCarthy, qui a été évincé il y a plus de deux ans. Il préside l’une des majorités les plus fragiles de l’histoire moderne de la Chambre, ce qui ne lui laisse aucune marge de manœuvre s’il tente de faire adopter des lois par un vote de parti, sans les démocrates.

Le président de la Chambre jongle non seulement avec les priorités du président Donald Trump, mais aussi avec celles des différentes factions qui composent sa majorité, des conservateurs du Freedom Caucus aux élus plus pragmatiques du Parti républicain.

Et l’avenir de Mike Johnson lui-même est toujours incertain; les républicains ont par le passé poussé plusieurs présidents à quitter leur poste prématurément, dont M. McCarthy, John Boehner et Newt Gingrich.

L’année dernière, M. Johnson a mené à bien l’adoption de la grande réussite du parti, un vaste projet de loi prévoyant des allègements fiscaux et des coupes dans le filet de sécurité sociale, que M. Trump a promulgué. À l’époque, le président Johnson avait ironisé sur la difficulté de mener ce projet à bon port.

«Je souhaite tellement avoir un Congrès normal», avait déclaré le président de la Chambre en juillet.

«Mais cela n’arrive plus, a-t-il soutenu. Notre méthode consiste à foncer et à aller jusqu’au bout.»

Ce qui attend le Parti républicain

À l’approche des élections d’automne, M. Johnson et d’autres législateurs du Parti républicain discutent d’un nouveau programme budgétaire exclusivement républicain, à l’image du projet de loi sur les réductions d’impôts, qu’ils pourraient faire adopter par la Chambre et le Sénat sans les voix des démocrates.

Le président de la commission budgétaire, Jodey Arrington, un républicain du Texas, a déclaré jeudi qu’il s’attendait à ce que «la pièce maîtresse» de ce programme «soit le soutien à nos troupes», avec plus de 100 milliards $ US de financement pour la guerre contre l’Iran ainsi que des fonds pour réapprovisionner les munitions de défense et répondre à d’autres besoins liés au Pentagone.

Malgré la semaine mouvementée à la Chambre, M. Arrington a affirmé que ce qu’ils appellent la «réconciliation budgétaire 3.0» devrait être la «prochaine priorité».

Les législateurs du Parti républicain pourraient toutefois décider qu’il vaut mieux éviter le dur travail législatif, et les bouleversements spectaculaires qui l’accompagnent généralement, pour se lancer plutôt dans la campagne électorale afin de rallier les électeurs.

Le représentant républicain de la Caroline du Nord Richard Hudson, qui est président de la branche électorale du Parti républicain à la Chambre, le Comité national républicain du Congrès, a reconnu qu’essayer de faire adopter une loi avec une majorité aussi étroite «peut être difficile. C’est pénible.»

«Je serais d’accord pour que nous rentrions chez nous et fassions campagne, a-t-il indiqué. Mais nous avons encore beaucoup de travail important à accomplir.»

Certains des adversaires les plus acharnés de M. Johnson, les législateurs républicains les plus conservateurs, ont rejeté la responsabilité de ce processus chaotique non pas sur le leadership du président de la Chambre, mais sur leurs propres alliés du Parti républicain de l’autre côté du Capitole, au Sénat, qui rejettent souvent le travail de la Chambre.

«Oui, parfois, l’ambiance est un peu tendue», a avoué le représentant républicain du Texas, Chip Roy.

«Mais nous continuons à faire avancer les choses. Nous transmettons nos travaux au Sénat. Nous attendons donc avec impatience qu’ils fassent leur travail.»