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Le pape Léon XIV crée un groupe de travail sur l'intelligence artificielle

Cette annonce est intervenue au lendemain de la signature de l’encyclique par le pape.

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Le pape Léon XIV arrive pour son audience générale hebdomadaire sur la place Saint-Pierre, au Vatican, le mercredi 13 mai 2026. Photo AP/Alessandra Tarantino Le pape Léon XIV arrive pour son audience générale hebdomadaire sur la place Saint-Pierre, au Vatican, le mercredi 13 mai 2026. Photo AP (Alessandra Tarantino)

Le pape Léon XIV a créé un groupe de travail sur l’intelligence artificielle, a annoncé samedi le Vatican, alors qu’il s’apprête à publier sa première encyclique, qui devrait mettre l’accent sur la nécessité d’une approche éthique de cette technologie, privilégiant la dignité humaine et la paix.

Le Vatican a indiqué que Léon XIV avait décidé de créer ce groupe d’étude interne en raison de l’accélération de l’utilisation de l’IA, de «ses effets potentiels sur l’être humain et sur l’humanité dans son ensemble (et du) souci de l’Église pour la dignité de chaque être humain».

Cette annonce est intervenue au lendemain de la signature de l’encyclique par Léon XIV, 135 ans jour pour jour après que son homonyme, le pape Léon XIII, eut daté sa plus importante encyclique, «Rerum Novarum», ou «Des choses nouvelles».

Ce document traitait des droits des travailleurs, des limites du capitalisme et des obligations des États et des employeurs envers les travailleurs alors que la révolution industrielle battait son plein.

Elle est devenue le fondement de la pensée sociale catholique moderne, et le pape actuel l’a déjà citée en relation avec la révolution de l’IA, qui, selon lui, pose les mêmes questions existentielles que celles soulevées par la révolution industrielle il y a plus d’un siècle.

La nouvelle encyclique devrait replacer la question de l’IA dans le contexte de l’enseignement social de l’Église, qui couvre également des thèmes, tels que le travail, la justice et la paix.

«L’Église catholique va, à bien des égards, jouer le rôle de la voix de la raison dans certains de ces débats sur la manière dont nous allons intégrer l’IA au reste de notre société, a mentionné Meghan Sullivan, professeure de philosophie à l’université de Notre-Dame. Il ne fait aucun doute que le pape sera l’un des défenseurs les plus fervents de la dignité humaine dans ces discussions.»

La publication de l’encyclique, attendue dans les semaines à venir, risque de devenir un nouveau point de friction entre Léon XIV, originaire de Chicago, et l’administration Trump, qui a fait du développement rapide de l’IA une question vitale de stratégie économique et de sécurité nationale.

Les États-Unis ont fermement rejeté les efforts réglementaires internationaux visant à encadrer l’IA et l’administration Trump a supprimé les obstacles bureaucratiques qui ralentissaient son développement au niveau national.

Le Vatican veut faire entendre sa voix

Depuis que le boom de l’IA a démarré avec le lancement de ChatGPT, les capacités époustouflantes de cette technologie ont émerveillé le monde. Les entreprises technologiques se sont lancées dans une course effrénée pour développer de meilleurs systèmes d’IA, alors même que les experts mettent en garde contre ses risques.

Le Vatican a cherché à faire entendre sa voix dans ce débat, en proposant des lignes directrices éthiques pour l’application de l’IA dans des secteurs allant de la guerre à l’éducation et aux soins de santé.

Le message sous-jacent est que cette technologie doit être utilisée comme un outil venant compléter, et non remplacer, l’intelligence humaine.

Le Vatican a également mis en garde contre l’impact environnemental de la course à l’IA, soulignant les «quantités considérables d’énergie et d’eau» requises par les centres de données et la puissance de calcul de l’IA.

«Il y a près d’un milliard et demi de catholiques dans le monde, ce qui constitue à lui seul une raison de prêter attention», a avancé Thomas Harmon, professeur de théologie à l’université de St Thomas à Houston.

«Mais au-delà des chiffres, l’Église catholique possède une tradition profonde et sophistiquée de réflexion sur ce que signifie être humain», a-t-il ajouté.

En 2020, le Vatican a invité des entreprises technologiques à signer un engagement sur l’IA, connu sous le nom d’Appel de Rome pour une éthique de l’IA, qui, entre autres, énonçait les principes fondamentaux de la réglementation de l’IA, notamment l’inclusivité, la responsabilité, l’impartialité et la confidentialité.

Microsoft, IBM et Cisco figuraient parmi les entreprises du secteur privé qui ont signé cet engagement.

En interne, Léon XIV a mis en garde les prêtres contre l’utilisation de l’IA pour rédiger leurs homélies. Mais le pape, diplômé en mathématiques, s’est également exprimé sur les implications plus larges de l’IA sur la paix mondiale, le travail et le sens même de la réalité.

Pour le pape augustinien, la capacité de l’IA générative à désinformer et à tromper par le biais d’images hypertruquées est particulièrement inquiétante, étant donné que la recherche de la vérité est un élément fondamental de la spiritualité de son ordre religieux.

Léon XIV, qui n’a cessé de lancer des appels à la paix, a également appelé à surveiller la manière dont l’IA est utilisée et développée dans les conflits au Moyen-Orient et en Ukraine, où les systèmes d’armes automatisés recourent à tout, des drones aériens aux plateformes maritimes et terrestres.