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Le Pakistan dénonce des attaques afghanes contre des zones civiles

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Des habitants inspectent le site d'une frappe à Kaboul, en Afghanistan, le vendredi 13 mars 2026. AP Photo/Barackatullah Popal Des habitants inspectent le site d'une frappe à Kaboul, en Afghanistan, le vendredi 13 mars 2026. (Barackatullah Popal)/Associated Press)

Le président pakistanais a averti samedi le gouvernement taliban afghan voisin qu’il avait «franchi une ligne rouge» en lançant des attaques de drones contre des zones civiles au Pakistan. Quelques heures plus tard, le Pakistan aurait mené des frappes contre un dépôt de drones afghan.

Cette déclaration d’Asif Ali Zardari est le dernier épisode en date des affrontements les plus meurtriers à ce jour entre les deux voisins d’Asie du Sud. Les combats transfrontaliers, qui ont éclaté fin novembre, ne montrent aucun signe d’apaisement malgré les efforts de la Chine et de la Turquie pour négocier un cessez-le-feu.

Le Pakistan a affirmé que ses forces avaient intercepté les drones lancés vendredi, mais que des débris avaient blessé deux enfants à Quetta et deux autres personnes ailleurs dans le pays.

Selon les médias d’État, l’armée de l’air pakistanaise a mené des frappes samedi soir dans la province de Kandahar, dans le sud de l’Afghanistan, ciblant une installation militaire afghane qui aurait servi la veille à lancer des attaques de drones contre le Pakistan et qui serait également utilisée par les talibans pakistanais et afghans pour des «actes de terrorisme» au Pakistan.

La télévision pakistanaise, citant des responsables de la sécurité, a rapporté que les dernières frappes visaient à signifier à Kaboul que le territoire afghan ne pouvait être utilisé pour des attaques transfrontalières contre le Pakistan.

Kaboul n’a pas immédiatement réagi aux dernières frappes à Kandahar.

Vendredi, le gouvernement taliban afghan a accusé le Pakistan d’avoir mené des frappes aériennes à Kaboul, la capitale, et dans d’autres régions de l’est de l’Afghanistan, affirmant qu’au moins six civils avaient été tués et 15 autres blessés.

Quelques heures plus tard, Kaboul a affirmé que son aviation avait riposté en ciblant des installations militaires près d’Islamabad, la capitale pakistanaise, et dans le nord-ouest du Pakistan.

Le Pakistan a nié avoir ciblé des civils, soutenant que ses opérations visaient les militants talibans pakistanais et leurs réseaux de soutien. Islamabad a qualifié le conflit de «guerre ouverte», ce qui alimente les inquiétudes de la communauté internationale quant à la stabilité régionale, alors que la guerre israélo-américaine contre l’Iran a embrasé le Moyen-Orient et ailleurs.

Le porte-parole du gouvernement afghan, Zabihullah Mujahid, a déclaré que des avions pakistanais avaient également bombardé des dépôts de carburant appartenant à la compagnie aérienne privée Kam Air, près de l’aéroport dans la ville de Kandahar, dans le sud du pays. Selon lui, Kam Air approvisionne des vols civils et des vols des Nations unies.

Le Pakistan accuse le gouvernement taliban afghan d’abriter des groupes militants pakistanais, principalement les talibans pakistanais, qui franchissent la frontière poreuse et instable entre les deux pays pour mener des attaques contre les forces pakistanaises, ainsi que de s’allier avec son rival de toujours, l’Inde. Kaboul nie abriter des groupes militants.

Vendredi, une bombe artisanale a explosé au passage d’une voiture de police pakistanaise dans le district de Lakki Mawat, au nord-ouest du pays, tuant sept policiers.

Le président Zardari a vivement critiqué le gouvernement de Kaboul.

«Alors que le régime terroriste afghan cherche à négocier avec nos pays amis, il a franchi une ligne rouge en s’en prenant à nos civils», a-t-il soutenu.

Le ministère afghan de la Défense a affirmé samedi sur X que ses forces, déployées le long de la frontière dans les provinces orientales de Kunar et de Nangarhar, avaient capturé un poste pakistanais et tué 14 soldats pakistanais. À Islamabad, le ministère pakistanais de l’Information a démenti ces allégations.

Le porte-parole du premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, Mosharraf Zaidi, a dit que les «taliban afghans consacrent plus de temps à tisser des chimères» qu’à démanteler les «organisations terroristes bénéficiant de l’hospitalité du régime taliban afghan».

Il a ajouté sur X que cette propagande ne contraindrait pas le Pakistan à mettre fin à ses opérations antiterroristes. «Seule la fin du terrorisme en provenance d’Afghanistan et à destination du Pakistan y parviendra», a-t-il fait valoir.

Le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, a appelé vendredi à un règlement pacifique du conflit afghano-pakistanais, avertissant que le recours à la force aggrave les tensions et menace la stabilité régionale. Ses propos ont été rapportés samedi par l’agence de presse officielle chinoise Xinhua, qui a précisé que M. Wang s’était entretenu avec son homologue afghan, Amir Khan Muttaqi.

M. Wang a déclaré que l’envoyé spécial chinois faisait la navette entre les deux pays afin de promouvoir la retenue et d’encourager un cessez-le-feu. M. Muttaqi a indiqué que l’Afghanistan aspirait à la paix régionale et ne souhaitait pas de conflit armé, ajoutant que le dialogue demeurait la seule solution et exhortant la Chine à jouer un rôle plus important.

Un cessez-le-feu négocié par le Qatar en octobre avait brièvement apaisé les tensions, mais les pourparlers ultérieurs en Turquie n’ont pas permis de parvenir à un accord durable.