Le ministère de l’Énergie américain annonce qu’un petit réacteur nucléaire en cours de développement dans un laboratoire national a franchi une étape cruciale qui pourrait lui permettre de produire de l’électricité d’ici quelques années.
Le microréacteur développé par Antares Nuclear au Laboratoire national de l’Idaho a atteint la «criticité» jeudi, a déclaré le secrétaire à l’Énergie, Chris Wright. Cette étape est franchie lorsqu’un réacteur nucléaire parvient à une réaction en chaîne autoentretenue capable de produire un dégagement d’énergie constant.
Antares est la première entreprise privée à amener un réacteur avancé à la criticité dans le cadre d’un programme pilote lancé l’année dernière par l’administration Trump visant à dynamiser la production d’énergie nucléaire aux États-Unis. La démonstration a été menée en partenariat avec le ministère de l’Énergie et d’autres prestataires, avec le soutien de l’armée américaine.
«Nous sommes très enthousiastes à l’annonce de cette nouvelle aujourd’hui, a déclaré M. Wright vendredi lors d’une conférence téléphonique avec des journalistes. Je pense que le 4 juin sera une journée historique dans la renaissance nucléaire américaine.»
Antares et ses partenaires «ont montré que les États-Unis sont capables de réaliser des projets audacieux, a ajouté M. Wright. Les États-Unis disposent d’une technologie de pointe et d’entrepreneurs exceptionnels, prêts à mener l’innovation énergétique pour alimenter notre avenir, réduire les coûts énergétiques et rendre notre pays plus puissant.»
Cette réussite montre que les efforts de l’administration Trump pour supprimer les obstacles réglementaires contribuent à faire progresser les nouvelles technologies nucléaires, a expliqué M. Wright.
Le président Donald Trump a signé en mai 2025 des décrets visant à accélérer le développement de l’énergie nucléaire, notamment des mesures qui confèrent à M. Wright le pouvoir d’approuver certains modèles et projets de réacteurs avancés.
Les décrets de Donald Trump limitent certains pouvoirs de la Commission de réglementation nucléaire, l’agence indépendante de sûreté qui réglemente l’industrie nucléaire américaine depuis cinq décennies.
Les sceptiques mettent en garde contre les risques liés à l’énergie nucléaire et affirment que les microréacteurs pourraient ne pas être sûrs ou viables et qu’ils n’ont pas prouvé leur capacité à répondre à la demande à un prix raisonnable.
Bien que le système Antares soit encore loin d’une utilisation commerciale, l’atteinte de la criticité constitue une étape notable. La société californienne, qui vise dans un premier temps des applications militaires, a indiqué qu’elle prévoyait de commencer à produire de l’électricité d’ici fin 2027 et de voir ses systèmes déployés sur le terrain d’ici fin 2028, a précisé vendredi son PDG, Jordan Bramble.
«Le nucléaire américain a trop longtemps été marqué par des retards, par des entreprises qui promettaient des résultats sans les tenir», a dit M. Bramble dans un communiqué écrit.
Lors d’une conférence de presse vendredi, M. Bramble a énoncé que l’atteinte de la criticité «constitue la première étape d’un plan d’action visant à produire de l’électricité avant le déploiement de cette technologie sur les sites des clients».
«Les microréacteurs sont une technologie qui existe déjà, a-t-il ajouté. 2026 est l’année où les microréacteurs deviendront une réalité. Nous sommes à quelques mois, voire quelques années, de pouvoir commencer à déployer cette technologie dans des installations militaires.»
L’administration Trump s’est fixé pour objectif d’atteindre le seuil de criticité dans au moins trois réacteurs d’essai d’ici le 4 juillet — date du 250e anniversaire de la nation.
Les responsables ont sélectionné 11 projets de réacteurs avancés, dont Antares, afin de faire progresser leurs technologies vers le déploiement.
En février, le Pentagone et le ministère de l’Énergie ont pour la première fois transporté par avion un petit réacteur nucléaire de Californie vers l’Utah, démontrant ainsi ce qu’ils considèrent comme la capacité du pays à déployer rapidement l’énergie nucléaire à des fins militaires et civiles.
Ce vol de près de 1100 km a permis de transporter un microréacteur de 5 mégawatts fabriqué par Valar Atomics, dans le sud de la Californie, jusqu’à la base aérienne de Hill, dans l’Utah.
Ce réacteur — qui ne contenait pas de combustible nucléaire — sera à terme capable de produire jusqu’à 5 mégawatts d’électricité, soit suffisamment pour alimenter 5000 foyers, a rapporté Isaiah Taylor, PDG de Valar Atomics. L’entreprise espère commencer à vendre de l’électricité à titre expérimental l’année prochaine et devenir pleinement opérationnelle en 2028, a-t-il ajouté.
Edwin Lyman, directeur de la sécurité nucléaire à l’Union of Concerned Scientists, a déclaré que ce vol de transport, qui a fait l’objet d’une importante couverture médiatique, n’était guère plus qu’un coup de pub.
Il a réagi de manière similaire aux affirmations d’Antares et de M. Wright.
«Ce coup médiatique est une première étape rudimentaire qui n’a absolument aucune incidence sur la sécurité ou la viabilité commerciale du réacteur Antares», a écrit M. Lyman dans un courriel vendredi.
L’affirmation du ministère de l’Énergie selon laquelle l’essai «confirme que le réacteur peut fonctionner en toute sécurité» est fausse, a dit M. Lyman, ajoutant que des essais supplémentaires du réacteur étaient nécessaires.
