Donald Trump s’est offert une percée diplomatique bienvenue avec l’annonce inattendue d’un accord sur le désarmement du Hamas mais il reste empêtré dans la guerre avec l’Iran, à la recherche d’une voie de sortie qui, pour l’instant, lui échappe.
Après cinq mois de guerre avec l’Iran, la marge de manœuvre du président américain semble des plus réduites et il donne l’impression de naviguer de plus en plus à vue.
«On va les frapper très fort, parce que c’est à notre tour», déclarait-il mercredi à l’aune de nouvelles frappes contre l’Iran cette nuit-là, en riposte à des tirs de Téhéran visant des bases américaines en Jordanie.
Le dirigeant républicain affichait ainsi clairement les limites d’une stratégie consistant à tenter de contraindre l’Iran à capituler à coup de missiles, sans succès jusqu’à présent.
Alors que le conflit au Moyen-Orient s’étend de manière fragmentée de l’Irak à l’Arabie saoudite et même à l’Égypte, le président américain est dans une impasse.
Il a réuni vendredi les membres de son gouvernement dans la résidence présidentielle de Camp David mais n’a donné aucune indication laissant entrevoir un changement de stratégie.

Citant des responsables américains anonymes, la chaîne NBC News avait rapporté jeudi qu’il était même «exaspéré» et avait exprimé sa colère lors d’une récente réunion à la Maison Blanche, mécontent du peu d’options qui s’offrent à lui pour mettre fin à la guerre.
C’est que cela dépend en grande partie de Téhéran.
Après avoir déclenché aux côtés d’Israël le 28 février des frappes contre l’Iran, décimant dès le premier jour de nombreux responsables dont l’ayatollah Ali Khamenei, rien ne se passe comme prévu pour le président américain, lui qui avait parlé d’un calendrier de «quatre à six semaines» pour s’assurer que l’Iran n’ait jamais l’arme nucléaire.
Les responsables américains assurent certes qu’ils ont atteint leurs objectifs militaires après plusieurs mois de frappes ayant détruit la marine iranienne et affaibli ses capacités balistiques mais le conflit a pris un autre tournant autour du contrôle du détroit d’Ormuz, sèmant au passage le désordre dans le commerce mondial et prenant l’administration Trump au dépourvu.

Et l’accord-cadre avec l’Iran du 17 juin, déjà très critiqué car jugé favorable à Téhéran, a fait long feu.
L’armée américaine frappe des sites militaires et les Gardiens de la révolution, l’armée idéologique de l’Iran, répondent en visant des bases américaines et des pays alliés de Washington au Moyen-Orient... œil pour œil.
«On a du mal à comprendre pourquoi cette approche fonctionnerait aujourd’hui alors qu’elle n’a pas fonctionné au cours des cinq derniers mois», écrit vendredi Richard Haass, ancien président du Council on Foreign Relations, dans une note d’information.
Guerre impopulaire
«Ce conflit en est encore à ses débuts. Nous devons nous préparer à des perturbations prolongées», affirme de son côté Karen Young du Middle East Institute (MEI) à Washington, citant notamment la sécurisation de l’approvisionnement en pétrole.
«Il s’agit d’un conflit pour lequel il n’existe pas vraiment de solution rapide, même dans l’hypothèse d’une transition politique (en Iran) qui pourrait entraîner davantage d’instabilité dans la région plutôt que de la réduire», a-t-elle ajouté lors d’un échange cette semaine avec des journalistes.
D’autant que les attaques répétées essuyées par l’Arabie saoudite et ses voisins du Golfe ont fragilisé durablement ces riches monarchies pétrolières.
Aux États-Unis, la guerre elle reste largement impopulaire du fait notamment des prix à la pompe.
Une moyenne de sondages réalisée par l’expert politique Nate Silver et mise à jour jeudi, montre que 58,3% des Américains s’opposent à la guerre, en constante hausse depuis mars, contre 37,4% qui disent la soutenir.
Or, le dossier est politiquement explosif à moins de quatre mois des élections législatives de mi-mandat en novembre, scrutin historiquement difficile pour le parti au pouvoir, et où Donald Trump pourrait perdre sa majorité au Congrès.
Résumant la situation, Alex Vatanka, également expert au MEI, parle d’une «équation perdant-perdant» où ni les États-Unis ni l’Iran ne tirent bénéfice d’une guerre qui perdure.
