Même si le pape Léon XIV se remet bien de son opération pour un cancer du poumon et qu’il prévoit de se rendre en Amérique latine la semaine prochaine, ce diagnostic «change quelque peu la donne» pour le Vatican et le pontificat encore récent de Léon, a laissé tomber mardi un haut responsable du Vatican.
Mgr Paul Richard Gallagher, ministre des Affaires étrangères du Saint-Siège, a expliqué qu’on avait pu être tenté de considérer Léon comme un «Superman, un super-pape» après son élection en 2025 et son «entrée en fonction sur les chapeaux de roue» à la suite de la longue maladie et du décès du pape François.
«Le fait qu’il soit tombé malade d’une affection qui, à bien des égards, est l’une des plus courantes de notre époque signifie qu’il est un simple mortel, comme nous tous. Et je pense que cela va changer la façon dont nous le percevons et, peut-être, la façon dont il se perçoit lui-même également», a déclaré Mgr Gallagher aux journalistes de l’Association de la presse étrangère en Italie.
«Même si l’opération s’est bien déroulée et que tout le monde [affirme] qu’il y a lieu d’être très optimiste, je pense que cela change quelque peu la donne», a ajouté M. Gallagher.
Léon, âgé de 71 ans, a subi une ablation du lobe inférieur de son poumon droit le 13 octobre après que les médecins ont découvert une tumeur, diagnostiquée par la suite comme un adénocarcinome, la forme la plus courante de cancer du poumon. Les examens ultérieurs ont montré qu’aucun autre traitement n’était nécessaire, et Léon a progressivement repris ses activités quotidiennes.
Le Vatican a confirmé cette semaine que le pape maintiendrait son voyage prévu du 6 au 17 novembre en Uruguay, en Argentine et au Pérou, sans aucune modification du programme. L’itinéraire publié est exigeant, même pour un pape en bonne santé, avec une douzaine de vols et deux trajets en hélicoptère couvrant 31 000 kilomètres, le plus long de son pontificat.
Interrogé sur les raisons pour lesquelles Léon n’avait pas reporté ce voyage afin de pouvoir se rétablir davantage, M. Gallagher a répondu que le pape souhaitait tout simplement y aller. Léon a passé deux décennies comme prêtre missionnaire au Pérou, dont il possède la nationalité, et a clairement exprimé son attachement profond à ce peuple et à son ancien diocèse de Chiclayo.
«Tous les avis médicaux sont très positifs, d’un point de vue clinique, il estime donc pouvoir partir», a-t-il déclaré.
Un voyage aux États-Unis se profile à l’horizon
M. Gallagher, un diplomate britannique chevronné au service du Vatican, a également prédit que Léon, né à Chicago, se rendrait dans son pays natal, les États-Unis, dans un «avenir pas trop lointain». Il a toutefois précisé que le résultat des élections de mi-mandat du mois prochain pourrait influencer la date de ce voyage : 2027 ou plus tard.
Le Vatican s’efforce généralement d’éviter les voyages papaux dans des pays en pleine campagne électorale nationale afin d’empêcher les pouvoirs en place d’utiliser le pape à des fins politiques. Les élections présidentielles américaines sont prévues pour novembre 2028.
Les discussions préliminaires concernant un éventuel voyage aux États-Unis ont notamment porté sur la possibilité de le faire coïncider avec la session d’automne de l’Assemblée générale des Nations unies, ou de l’associer à une éventuelle escale au Mexique, bien que M. Gallagher ait souligné qu’aucun projet définitif n’était encore arrêté.
«Je pense qu’il a très envie de se rendre au sanctuaire de Notre-Dame de Guadalupe à un moment donné», a avancé M. Gallagher, faisant référence à ce lieu de pèlerinage extrêmement populaire où se sont rendus les papes précédents.
M. Gallagher a également déclaré qu’il était «très probable» que Léon se rende en Australie en 2028 pour clôturer un grand rassemblement ecclésiastique à Sydney, le Congrès eucharistique international. Parmi les autres grands voyages attendus figure celui en Corée du Sud en août 2027 pour les Journées mondiales de la jeunesse.
Un pape réfléchi qui ne dévoile pas son jeu
M. Gallagher, qui a également occupé le poste de ministre des Affaires étrangères sous le pape François, a partagé quelques réflexions sur sa collaboration avec Léon après le pontificat parfois tumultueux de François, caractérisé par la spontanéité du pape argentin, ses grands gestes et ses gaffes diplomatiques occasionnelles.
Léon, a-t-il évalué, est pensif, réfléchit mûrement et n’est «pas impétueux». Ce pape, diplômé en mathématiques, sait lire un tableur et est extrêmement bien informé ; il pose des questions complémentaires, à tel point que lorsque Gallagher le rencontre chaque mercredi soir pour le brief sur les questions urgentes de politique étrangère, «il sait déjà presque tout ce que je lui dis».
En même temps, Léon est discret et ne dévoile pas son jeu. Gallagher a révélé qu’il n’était pas au courant de l’opération prévue de Léon jusqu’à ce que le pape l’annonce au monde entier le 11 octobre lors de sa bénédiction dominicale hebdomadaire. Il a ajouté qu’il ne savait toujours pas vraiment ce que le pape avait en tête pour l’avenir.
«Je pense qu’il s’en tiendra à son plan. Et il s’en tiendra à ne révéler que ce qu’il prévoit de faire, car ce n’est pas le genre de personnalité à partager beaucoup ce qu’il envisage de faire dans trois ou quatre ans», a-t-il avancé.
M. Gallagher a indiqué que ce qui l’avait le plus frappé dans sa collaboration avec Léon, c’était sa sérénité, son engagement à prêcher l’Évangile et sa capacité à gérer les problèmes au fur et à mesure qu’ils se présentaient. Il a par ailleurs rejeté les spéculations selon lesquelles la bureaucratie vaticane, dominée par les Italiens, finirait par imposer sa volonté et contrecarrer son programme.
«Je ne pense pas que la Curie va le dévorer. Je pense que s’il y a le moindre signe que cela pourrait arriver, il montrera qu’il a lui aussi de l’appétit», a conclu M. Gallagher, provoquant des rires.
