Des Forces armées canadiennes à la Croix-Rouge canadienne, en passant par les techniciens en électricité de tout le pays, le Canada a joué un rôle essentiel dans les efforts de secours en Jamaïque après le passage de l’ouragan Melissa.
Dans un discours prononcé devant le Parlement après le passage de l’ouragan de catégorie 5 en octobre dernier, le premier ministre jamaïcain Andrew Holness l’a qualifié de «l’une des catastrophes naturelles les plus dévastatrices de notre histoire moderne».
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News. Maya Johnson s’est rendue en Jamaïque pour constater l’étendue des dégâts et documenter les efforts de secours et de reconstruction.
JPS, le fournisseur d’électricité jamaïcain, a engagé Greystone, une entreprise privée basée au Nouveau-Brunswick et ayant des bureaux au Québec et en Ontario, pour l’aider dans l’opération massive de rétablissement de l’électricité pour tous les habitants de l’île.
«J’ai parlé à des gens de tout le pays qui ont une grande expérience, et nous n’avons jamais rien vu de tel. C’est historique. Cela a dû être terrifiant d’être ici lorsque la tempête a frappé», a expliqué Steve Gorman, responsable des tempêtes chez Greystone. «Je n’ai jamais vu une telle dévastation dans la région de Black River. On se croirait presque dans une zone de guerre.»
«Les gens ont non seulement perdu leur maison, mais aussi leur emploi, car leurs entreprises ont disparu. Ils n’ont plus d’activité à laquelle se consacrer, plus de travail, plus de revenus pour subvenir à leurs besoins. C’est difficile quand on parle aux gens. Vraiment. Ils sont émus, et c’est vraiment dur», a-t-il ajouté.
Lorsque l’ouragan a frappé, plus des trois quarts des clients de JPS ont été privés d’électricité.
Trois mois plus tard, certains Jamaïcains vivant dans les zones rurales n’ont toujours pas d’électricité. Au 28 janvier, 6% des clients attendaient toujours le rétablissement du courant, contre 77% en octobre dernier.
Le 2 janvier, alors que plus de 100 camions Greystone supplémentaires arrivaient au port de Kingston, les autorités jamaïcaines ont exprimé leur gratitude.
«C’est merveilleux de voir les camions et les équipes s’organiser pour quitter cet endroit et se rendre dans l’ouest de la Jamaïque afin de renforcer les efforts déployés là-bas», a soutenu le premier ministre jamaïcain, entouré de responsables de la JPS et des ministres Fayval Williams et Daryl Vaz.
«Je ne dirai pas bonne année, mais plutôt nouvelle année pleine d’espoir, compte tenu de ce que nous voyons ce matin», a précisé M. Vaz, ministre de l’Énergie, des Transports et des Télécommunications.
Outre Greystone, Holland Power Services, basée au Nouveau-Brunswick, et Entreprises électriques Angers (EEA), une PME basée au Québec, ont toutes deux contribué à la reconstruction du réseau électrique jamaïcain.
«C’est un moment de fierté pour le Canada», a lancé Louis Leger, membre de l’équipe de direction de Greystone. «Plus de 300 Canadiens sont ici pour aider à reconstruire le réseau électrique, et nous avons la chance que le Canada possède une expertise dans ce domaine. Nous avons des monteurs de lignes provenant de toutes les provinces du Canada.»
M. Leger a fait visiter à CTV News le siège social de Greystone, installé sur la côte sud de la Jamaïque.
Il comprend une cuisine mobile, qui permet à l’entreprise de fournir trois repas par jour aux travailleurs.
Le menu comprend même un classique québécois : la poutine.
«Même si nous sommes Acadiens, nous savons que nos amis québécois adorent la poutine», a confié M. Leger en riant.
De Repentigny à Montego Bay
Marie Imbault, née au Québec et francophone ayant grandi à Repentigny, fait partie des nombreux habitants de la Jamaïque qui ont dû faire face au quotidien à la difficulté de vivre sans électricité.
«Au début, aucun magasin n’était ouvert, car il n’y avait ni électricité ni générateurs», a expliqué Mme Imbault, qui a été privée d’électricité pendant 48 jours. «Nous ne pouvions même pas faire le plein d’essence à la station-service. Il fallait attendre cinq ou six heures pour obtenir un peu d’essence.»
Mme Imbault vit à Montego Bay depuis 15 ans et gagne sa vie en tant que guide touristique bilingue.
Elle loue également des chambres dans sa propriété et propose des ateliers de fabrication de bijoux dans son jardin.
Elle a décidé d’utiliser le patois jamaïcain pour le nom de son entreprise: A Mi Mek It.
«Cela signifie “je l’ai fait” ou en québécois “c’est moi qui l’ai fait”», a indiqué Mme Imbault.
Mme Imbault raconte que sa maison et son entreprise ont été durement touchées par l’ouragan Melissa, un peu plus d’un an après avoir dû faire face aux conséquences de l’ouragan Beryl.
Après Melissa, elle a pris la décision difficile d’envoyer ses trois enfants, âgés de 11, 14 et 18 ans, chez des proches au Québec.
«Il pleut toujours dans la maison», a dit Mme Imbault, luttant contre ses larmes. «Ce n’était pas vraiment sûr pour eux de rester, et j’ai pensé qu’il valait mieux pour eux d’être dans un environnement – même s’il fait très froid – où ils pourraient continuer à aller à l’école et avoir une routine sûre et au sec.»
Rétablissement et résilience
Alors que les techniciens des lignes électriques continuent de travailler jusqu’à 16 heures par jour sous une chaleur étouffante pour aider des familles comme celle de Mme Imbault, la direction de Greystone se dit impressionnée par ce qu’elle a vu.
«Vous savez, ils [les Jamaïcains] se lèvent et font ce qu’ils ont à faire, et ils reconstruisent. Cela vous donne un sentiment de communauté et de culture que je n’appréciais pas pleinement avant de venir ici», a mentionné M. Leger. «On peut voir la souffrance, mais en même temps, on voit que les gens ne s’apitoient pas sur leur sort. Ici, les gens utilisent beaucoup le mot “résilience”».
M. Gorman partage l’avis de son collègue.
«Ce sont des gens très résilients. Ils disent que la Jamaïque se relèvera, et je n’en doute pas», a ajouté M. Gorman. «C’est leur état d’esprit, ils se relèveront, et cela se voit dans leurs yeux. Ils nous voient ici maintenant, ils savent que nous les aidons.»
