L’Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies (ONU) a décidé mercredi, à une écrasante majorité, de condamner l’embargo économique américain contre Cuba pour la 34e année consécutive.
Le vote s’est soldé par 130 voix pour, dont celle du Canada, 17 voix contre et 25 abstentions. L’année dernière, le résultat était de 165 voix pour, 7 voix contre et 12 abstentions.
Le Canada continue de s’opposer à l’embargo américain contre Cuba, mais des pays occidentaux comme l’Allemagne, l’Italie et la Lettonie figurent parmi ceux qui se sont abstenus pour la première fois en 34 ans.
En effet, la campagne menée par Washington pour influencer le résultat a conduit plusieurs pays à voter contre la résolution ou à s’abstenir pour la première fois.
La Havane a accusé les États-Unis de menacer les pays qui s’opposent à l’embargo de leur retirer leur aide et leur accès au marché, une affirmation que Washington n’a pas démentie.
Bien que ces résolutions ne soient pas juridiquement contraignantes, elles reflètent l’opinion mondiale.
Cuba est confrontée à une urgence humanitaire due au blocus américain sur les importations de carburant vers l’île et à une crise économique que Washington impute au gouvernement communiste.
L’ambassade de Cuba à Ottawa affirme que les États-Unis recourent à des sanctions collectives pour forcer un changement de régime et a appelé le Canada à maintenir son soutien, un appel auquel le Bloc québécois s’est rallié cette semaine.
Tandis que les États-Unis intensifient leur campagne économique déjà très répressive, le président américain, Donald Trump, a une nouvelle fois agité la semaine dernière le spectre d’une intervention militaire américaine. Il a affirmé que des navires de guerre américains pourraient faire escale à Cuba lors de leur retour d’une guerre en Iran.
Les tensions entre Washington et La Havane se sont répercutées dans les instances publiques des Nations unies.
Mardi, l’ambassadeur américain auprès de l’ONU, Mike Waltz, et le ministre cubain des Affaires étrangères, Bruno Rodríguez, se sont livrés à une joute verbale dans l’hémicycle de l’Assemblée générale lors du débat sur la résolution relative à l’embargo.
Peu après que Mike Waltz eut commencé à critiquer le gouvernement socialiste, Bruno Rodríguez s’est dirigé vers la tribune où l’envoyé américain s’adressait à l’assemblée et l’a traité de menteur, tout en tentant d’obtenir une motion d’ordre auprès du président de séance.
«Cet individu doit s’éloigner de cette tribune. Il ne va pas m’intimider aux États-Unis d’Amérique», a clamé M. Waltz tandis que les agents de sécurité et le personnel de l’ONU tentaient d’intervenir. «Vous comprenez à qui vous avez affaire? Nous sommes en Amérique. Reculez.»
Dans un message publié sur X, M. Rodríguez a rappelé à M. Waltz où il tenait ces propos, lui faisant remarquer qu’il se trouvait à l’ONU et non lors d’une réunion sur la sécurité nationale à la Maison-Blanche.
«Avec ses mensonges grossiers à l’Assemblée générale des Nations unies, le gouvernement américain a lancé une nouvelle tentative désespérée pour justifier son agression économique contre Cuba et son blocus énergétique criminel», a-t-il poursuivi.
Une semaine plus tôt, un échange similaire entre Mike Waltz et son homologue cubain, Ernesto Soberón Guzmán, avait eu lieu à la sortie d’une table ronde organisée par les États-Unis avec des dissidents cubains et d’anciens prisonniers. La table ronde visait à mettre en avant des allégations de comportement oppressif de la part du gouvernement de l’île.
Tout cela reflète une rupture manifeste avec les règles de bienséance diplomatique habituellement observées à l’ONU et marque une nouvelle phase de tensions entre les États-Unis et Cuba.
L’embargo américain contre Cuba a été imposé pour la première fois en 1960, après que Fidel Castro a mené une révolution qui a renversé le dictateur Fulgencio Batista et a nationalisé les biens appartenant à des entreprises et des citoyens américains.
Ce pays des Caraïbes subit depuis des décennies les conséquences désastreuses de difficultés économiques et financières de longue date et est aujourd’hui poussé à bout après que Donald Trump a annoncé fin janvier qu’il imposerait des droits de douane à tout pays vendant ou fournissant du pétrole à Cuba.
Cet avertissement a, de fait, coupé l’approvisionnement en carburant de l’île, entraînant des coupures d’électricité généralisées qui affectent des activités essentielles, telles que la cuisine, l’approvisionnement en eau ainsi que les services Internet et téléphoniques.
Avec des informations de La Presse Canadienne

