Le cabinet de sécurité israélien a approuvé dimanche des mesures visant à renforcer le contrôle israélien sur la Cisjordanie occupée et à affaiblir les pouvoirs déjà limités de l’Autorité palestinienne.
Le bureau du ministre des Finances, Bezalel Smotrich, a annoncé dans un communiqué les décisions qui permettraient aux colons juifs de contraindre plus facilement les Palestiniens à céder leurs terres, ajoutant que «nous continuerons à enterrer l’idée d’un État palestinien».
Yonatan Mizrachi, chercheur au sein du groupe israélien de surveillance anti-colonisation Peace Now, a qualifié cette décision de «très importante».
Il a précisé que celle-ci devait encore être approuvée par le commandant en chef israélien pour la Cisjordanie.
Dans un communiqué, le président palestinien, Mahmoud Abbas, a soutenu que cette décision était «dangereuse» et était une «tentative ouverte d’Israël de légaliser l’expansion des colonies» et la confiscation de terres.
Il a appelé les États-Unis et le Conseil de sécurité des Nations unies à intervenir immédiatement.
Le ministère jordanien des Affaires étrangères a condamné cette décision, affirmant qu’elle «visait à imposer la souveraineté illégale d’Israël» et à consolider les colonies.
Les mesures comprennent la levée de l’interdiction de vendre des terres de Cisjordanie à des Juifs israéliens, la déclassification des registres fonciers de Cisjordanie afin de faciliter l’acquisition de terres, le transfert aux autorités israéliennes de la planification de la construction sur les sites religieux et autres sites sensibles de la ville instable d’Hébron, et l’autorisation pour Israël d’appliquer les réglementations environnementales et archéologiques dans les zones administrées par les Palestiniens.
Ces mesures permettraient également de réactiver un comité qui autoriserait l’État d’Israël à procéder à des achats «proactifs» de terres dans le territoire, «une mesure destinée à garantir des réserves foncières pour les colonies pour les générations à venir».
Dans un communiqué publié dimanche, Peace Now a indiqué que cette décision vise «à lever tous les obstacles possibles à une appropriation massive de terres en Cisjordanie».
Il a notamment précisé que les autorités israéliennes pourraient démolir des constructions dans les zones contrôlées par les Palestiniens si elles les jugeaient nuisibles au patrimoine ou à l’environnement.
La Cisjordanie est divisée entre une partie contrôlée par Israël, où se trouvent les colonies, et des parties représentant 40 % du territoire, où l’Autorité palestinienne dispose d’une autonomie.
Les Palestiniens ne sont pas autorisés à vendre des terres à des Israéliens à titre privé. Les colons peuvent acheter des maisons sur des terres contrôlées par le gouvernement israélien.
Interrogé sur les affirmations des colons selon lesquelles le système actuel est discriminatoire à l’égard des Juifs, M. Mizrachi a répondu que l’ensemble du système en Cisjordanie est discriminatoire à l’égard des Palestiniens, qui ne sont pas autorisés à voter aux élections israéliennes et sont confrontés à la répression militaire israélienne et à des restrictions de déplacement.
Plus de 700 000 Israéliens vivent en Cisjordanie occupée et à Jérusalem-Est, territoires conquis par Israël en 1967 et revendiqués par les Palestiniens pour y établir un futur État.
La communauté internationale considère très majoritairement que la construction de colonies israéliennes dans ces zones est illégale et constitue un obstacle à la paix.
M. Smotrich, ancien leader radical des colons et désormais ministre des Finances, s’est vu accorder une autorité au niveau du cabinet sur les politiques de colonisation et s’est engagé à doubler la population des colons en Cisjordanie.
Le groupe de colons Regavim a salué dans un communiqué la décision prise dimanche, affirmant qu’elle permettrait de protéger les sites patrimoniaux en Cisjordanie et de rendre «enfin» le registre foncier accessible et transparent.
En décembre, le cabinet israélien avait approuvé une proposition visant à créer 19 nouvelles colonies juives en Cisjordanie, alors que le gouvernement poursuit une frénésie de construction qui menace encore davantage la possibilité d’un État palestinien.
Israël a franchi le dernier obstacle avant de commencer la construction d’un projet de colonie controversé près de Jérusalem qui diviserait effectivement la Cisjordanie en deux, selon un appel d’offres du gouvernement publié en janvier.
